"I’m the master of my own bladder."

Le raz-de-marée évoqué par Greenwood dans sa chronique de Yeasayer des groupes de ces dernières années de pop psychédélique, majoritairement américaine, majoritairement de la côté Est, majoritairement de Brooklyn, m’a beaucoup interrogé sur la définition actuelle de critères du «cool». Simple inversion peut être : les geeks deviennent cools, et les rockers ringards ? C’est possible. Qui se revendique «rock» aujourd’hui, sans être franchement ringard ?

Le summum du cool actuel serait si on suit cette logique le math-rock, l’alliance parfaite des termes contradictoires, qui rendrait la calculette fashion, et la face blafarde (due à un excès de WoW) la tronche ultime à exposer en couverture du NME. 
Le style math-rock, on s’en souvient, a été popularisé par Foals, en raison d’une certaine adéquation du terme avec les guitares angulaires et les rythmiques désaxées qui sont fréquentes, si ce n’est quasiment systématiques chez nos Anglais préférés.

Mais le math-rock est en réalité beaucoup plus varié dans la signature rythmique et beaucoup plus complexe dans l’utilisation des synthétiseurs et des guitares que la musique de Foals, déjà pourtant bien tordue.
 

L’exemple le plus significatif est Battles, dont l’excellent Mirrorred sorti en 2007 n’a jamais vraiment réussi à percer médiatiquement, en dehors du single Atlas, la chanson de loin la plus accessible de l’album. Pourquoi, alors que le geek, qui n’a jamais eu sa cote de popularité aussi haute ces jours-ci, ne parvient-il pas à imposer le math-rock comme genre important ?
Bon, je vais pas me la jouer Hipster Runoff non plus, mais le math-rock est juste (si je ne me trompe pas et si Wiki mon ami non plus) une simple blague étymologique qui s’est diffusée et est venue se coller comme une étiquette sur la musique de Don Caballero, considérés comme les pionniers du genre. Ca n’aide pas à la reconnaissance du style.
 Le caractère hybride, à la fois mi-humain, mi-machine (très Bioman en fait) de la musique de Battles dérange également, parce qu’il ôte en partie le côté spontané de la musique, en le substituant à un schéma musical a priori, qui interdit le moindre écart un tant soit peu improvisé. L’idée de ressenti semble également malmené, pour les mêmes raisons. Une musique entièrement cérébrale qui fascine mais qui inquiète à la fois.

A ce titre, Battles est pour moi l’archétype de la musique de geek : expérimentale, ultra-pointue, cérébrale donc et surtout avec une inspiration comics et jeux vidéos évidente. Et ça, ça reste pas cool, mais bizarre voire ringard («Eh mais c’est la chanson des Umpah-Lumpah dans Atlas!»). Ce qui est réellement geek reste à l’écart, parce qu’il y a bien longtemps déjà que Hot Chip & co ne sont plus synonymes de geeks. Le vrai geek enregistre lui des albums expérimentaux, sans concessions, explore le plus étrange qui soit et ne se complaît nullement à faire triompher une esthétique pop résumée par des synthés, des lunettes et des barbes. Le geek ne sera jamais cool, c’est sa définition même, mais au moins, il peut continuer à créer des petits chefs d’oeuvre d’inventivité musicale.
Pour conclure en musique ca se passe là :
Battles – Ddiamondd_
Battles – Tonto_