Yeasayer – Odd Blood

Post-psychédélico-sidérale pop

On voit ressortir, depuis quelques années, les claviers du placard où on les avait enfermés. Et oui c’est comme ça, les “synthétiseurs”, sont à la mode et on entend de nouveau sonner les vieux coucous/joujoux/bijoux/hiboux des années 70-80. Le rock a tracé la voie avec par exemple des Kaiser Chiefs ou des Killers qui s’en sont donné à cœur joie… C’est parfois un peu pompier mais c’est assumé, pas toujours très délicat diront certains… Eh bien laissons les dire !

La pop s’est empressée de les suivre et d’élargir la voie jusqu’à la transformer en autoroute, en (re)créant quelque chose de difficile à classifier, certains parlent de pop psychédélique ? Je trouve que ça fait un peu hippie – sans aller jusqu’à penser comme Éric Cartman, je pense qu’il faut tout de même savoir tourner la page, j’opte donc pour le terme beaucoup plus minimaliste de post-psychédélico-sidérale pop pour moderniser un peu l’affaire et donner le ton : on fait pas dans l’acoustique ici Monsieur !

Alors que range-t-on la dedans ? Brassons large : de Animal Collective à Empire of the Sun, en passant par MGMT, Late of the Pier sans oublier bien entendu les merveilleux Passion Pit (et leurs innombrables claviers sur scène).

À côté de cela, un autre courant est en vogue, bourré de percussions sortis tout droit de la savane et n’ayant pas peur d’allier pop et african-beat avec les figures phares que l’on connait : Foals et Vampire Weekend.

Tout ça pour introduire le deuxième album de Yeasayer qui est sorti few days ago : Odd Blood, disque à la croisée des deux univers, et un album de geeks : ça en deviendrait presque lassant… Deuxième album donc pour les New-yorkais, après un All Hour Cymbals en 2007, il est comme son prédécesseur salué voir encensé par la critique : les Inrocks parlent d’ “Une oeuvre d’art contemporain : à la fois mille-feuille et conceptuel.” Rien que ça… A-t-il vraiment sa place parmi les noms cités au-dessus, dans le Panthéon de la post-psychédélico-sidérale pop et de l’afro-pop ?

Une fois n’est pas coutume regardons chaque chanson :

The Children :

Sorte de prélude un peu tordu, voix synthético-vocodée , rythme saccadé genre “pop industrielle“, on en sort un peu circonspect et on attend la suite avec prudence…

Ambling Alp :

Le single de l’album est vraiment agréable, on commence à voir pointer le style : des coeurs avec des relents de Bee Gees, des cuivres ; après le prélude, l’amuse-bouche dirons-nous.

Madder Red :

Une balade pop, on se laisse assez facilement prendre au jeu des Houhouhouhou, on va même jusqu’à fredonner, certains crieront “ c’est de la soupe “ j’opte pour le lait fraise… mais il est vrai qu’on est pas si loin que ça d’un Robbie Williams en forme.

I Remember :

Explosion florale à la Animal Collective, des flûtes, ça commence à vraiment donner quelque chose de bien, MAIS ça ne se lâche pas encore complètement, on voudrait un grand crescendo à la In the Flowers (du groupe précédemment cité), on reste un peu sur sa faim.

ONE :

Alors là j’arrête toute critique, c’est parfait, tubesquissime, les refrains amènent parfaitement un couplet dévastateur, et quand commencent les rythme genre boîte de nuit synthétiques c’est encore mieux (écoutez vous comprendrez), on a qu’une envie c’est de se lever et de danser en tournant sur soi-même, enfin un crescendo avant le final en feu d’artifice : 5min26 de bonheur. LA MEILLEURE CHANSON DE LOIN.

Love Me Girl :

Un titre très électro, l’album manquerait-il d’unité ? Le patchwork c’est pas trop mon truc… Les claviers sont là pendant une super intro de 2 bonnes minutes puis une minute un peu space et ça repart comme l’intro et ainsi de suite… Un peu complexe : un 2 en 1. Personnellement j’aurais préféré plus court, un instrumental sur le thème de l’intro.

Rome

“ OhOh It’s gonna be mad “ comment ils disent, efficace petite bombe pop, toujours le clavier derrière qui donne tout son charme au genre, ça avance comme un train un peu fou vers l’Italie et ça disparaît à l’horizon, Tchou Tchou…

Strange Reunions

Chanson la plus courte de l’album, pas de grand intérêt à vrai dire, un peu japonisant ( et je suis pas trop fan sauf avec Air… ).

Mondegreen

Ça balance du lourd, nerveux, les cuivres super, les coeurs super, c’est carré, c’est efficace, des nappes, des claviers, un final en decrescendo alambiqué : on se rapproche de Late of the Pier.

Grizelda

En guise de conclusion, assez aérien, balade Animalcollectivesque, apaisant, on se réconcilie avec le disque si on a pas trop accroché, c’est joli, un bon point pour finir en espérant que le prochain album sera plus sur ce ton là…

En conclusion, assez inégal à mon avis, avec de bonnes choses mais aussi des chansons qu’on oubliera vite (malheureusement ?), attention au syndrome “album à trois-quatre tubes”… La suite devrait faire oublier cet album encore à la recherche de ses références… en attendant le troisième… Il faut dire qu’entre Passion Pit et Vampire Weekend, la concurrence est rude…

NB : Il faut dire que l’album a pâti de l’écoute simultanée du premier Hot Chip et de Beach House…

NB’ : Enfin le plus important : je ne peux m’empêcher de signaler à ceux qui ne le sauraient pas encore que B. Biolay a triomphé samedi aux victoires : “ le monde entier l’a acclamé “ !

Je laisse Cassius publier sa chronique sur TTDC car il trépigne depuis quelques jours…

A la revoyure…