"Pour moi, le paysage, c’est hyper important."

JNSPUF! est tombé amoureux de l’accent québécois avant le concert des We Are Wolves à l’Inrocks Indie Club (qui featuré nos chouchous énervés les Russian Sextoys et les mystiques et mystifiantes californiennes WarPaint). Du coup, on a renommé la catégorie “entrevue”, en leur honneur.
(Les peaux de bête, c’est la vie.)
JNSPUF! : Salut les We Are Wolves, alors dites nous, comment se passe le début de la tournée Inrocks Indie Club avec Surfer Blood & Warpaint ?

Vincent (synthé, voix) : Ca se passe très bien, ca tourne pas mal, hier il y avait Surfer Blood avec nous, et le soir d’avant The Drums en plus !

JNSPUF! : Et ce soir, il y a les Russian Sextoys qui ouvrent, c’est un jeune groupe super chouette !

Vincent : C’est le groupe qui est jeune ou c’est les membres qui sont jeunes ?

JNSPUF! : Un peu des deux en fait. Et sinon qu’est ce que vous pensez du public français en particulier ?

Alexander (voix, guitare, basse) : Il y a clairement une différence, mais j’arrive pas à savoir exactement comment la décrire. En général, j’ai l’impression que quand on fait un spectacle, on se pose la question : tu donnes ton show et tu sais pas trop comment ça se passe. Mais une fois que c’est terminé, c’est là que les gens sont vraiment dingues, il te le font savoir. J’ai pas l’impression qu’en France, le public soit particulièrement démonstratif pendant les chansons, comparativement à Montréal, la ville d’où on vient, où les gens nous connaissent bien. Là bas, ils sont fous dès qu’ils reconnaissent la chanson qu’on commence à jouer. J’ai quand même l’impression que ca se passe très bien avec la public français jusqu’à maintenant.

JNSPUF! : On a lu que le nom du groupe vous était venu grâce à un chandail qu’avait tricoté Alexander. Est-ce que tu continues à tricoter des chandails à inscriptions philosophiques ?

Vincent : On s’est mal fait comprendre je pense, parce qu’un chandail pour nous, c’est juste un t shirt.

Alexander : Ouais, non c’est pas le vrai chandail pour aller faire du ski avec capuche, manches longues, tout ca. Ca aurait été vachement bien, mais non là c’était juste un t-shirt peint à la bombe de peinture.

Vincent : Ceci dit, Alexander serait vachement bon en tricot.

Alexander : J’aimerais bien apprendre.

JNSPUF! : Vous avez aussi beaucoup joué dans des lieux improbables genre galerie d’art, qu’est ce que vous attendez de lieux comme ça, par rapport à des salles de concert traditionnelles ?

Vincent : Rien de très spécial, le truc à l’origine c’était que le groupe était une forme d’exutoire à l’école, comme une façon de faire quelque chose d’un peu plus énergique, par rapport à nos études qui étaient très intellectuelles. Et puis bon c’est complètement notre milieu, on se sentait à l’aise dans ces endroits, avec un public d’artistes.

JNSPUF! : Vous étiez tous les trois en études d’arts plastiques ?

Vincent : Non, seulement Alexander et moi, Antonin (batteur) faisait une fac de cinéma.

Alexander : Notre tout premier spectacle, c’était d’ailleurs à l’université d’arts plastiques, mais depuis, on a joué dans pleins de lieux différents, le musée d’art contemporain de Montréal, etc.

JNSPUF! : Et ca se passe comment dans ces cas là ? Enfin, vu la musique que vous faites, on a du mal à vous imaginer dans un musée, on verrait plus un quatuor de violons, ou ce genre de choses.

Alexander : Ca se passe très bien en général, c’est à dire que les institutions sont de plus en plus ouvertes à accueillir ce genre de choses, à diversifier leur activités.

JNSPUF! : En France ou au Québec ? Parce que on a l’impression que ca reste plus marginal ici, où tout est plus normé, quand même.

Vincent : Ouais c’est vrai, chaque chose a l’air d’avoir sa place ici.

Alexander : Tu peux quand même avoir des problèmes avec la police au Québec, mais dans l’ensemble, tu es quand même plus libre de jouer où tu veux, effectivement.

JNSPUF! : Bien, c’est l’heure de la question sponsorisée par le cours de philo : Dans le groupe c’est plutôt guerre de tous contre tous, ou il y en a un qui joue le rôle de Léviathan officiel ? (rapport à Hobbes, l’homme est un loup pour l’homme)

Vincent : Chacun mène un peu le groupe à sa façon, mais c’est pas la guerre non plus.

Alexander : Il n’y a clairement pas de dictateur.

Vincent : Dans la plupart des groupes, le chanteur parle tout seul, et dirige. Pour ça, We Are Wolves est assez spécial, parce qu’il a été créé par des gens qui ne jouaient pas de musique à la base, et qui avaient des intérêts ailleurs. C’est un groupe qui était plutôt un lieu de rassemblement pour nous trois, avec pour but de créer quelque chose de différent. Une démarche plutôt qu’un groupe vraiment.

JNSPUF! : Et alors est ce que vous considérez que c’est un moyen d’expérimenter des choses, ou plutôt de faire danser les gens ? Quelle priorité vous vous donnez ?

Alexander : C’est un peu facile de répondre ça, mais je crois qu’on essaye vraiment de cultiver l’ambivalence, la contradiction. Parfois on veut faire quelque chose qui fasse danser les gens, un gros succès, total pop. Et l’instant d’après, c’est complètement l’inverse, on décide de se lancer dans l’expérimentation la plus poussée, avec des sons ultra abrasifs.

Vincent : Oui, quelque chose de complètement inaccessible, un morceau pour oreilles musclées.

Alexander : On est très souvent à l’écoute des groupes qu’on découvre, on se donne souvent  une direction comme point de départ, du genre : “Tiens, si on essayait de partir vers ce style-là”, mais au final, c’est toujours très libre.

Vincent : On aime quand même vraiment faire danser les gens, parce que c’est super quand les gens bougent sur ta musique.

JNSPUF! : Vous définissez votre musique comme “un paysage post-punk avec des arbres analogues” mais on imagine qu’il y a des groupes qui vont influencent au delà de ça ?

Alexander : On écoute tellement de trucs différents, c’est difficile de savoir. J’ai quand même l’impression qu’un groupe qu’on revient constamment à écouter, c’est le Velvet Underground, je me demande à quel point ca transparaît dans notre musique.

JNSPUF! : Ca transparait pas forcément dans votre musique, mais ca peut transparaître aussi dans votre état d’esprit.

Antonin : Totalement.

JNSPUF! : Et du coup, vous avez tous les mêmes goûts ?

Vincent : Oui, généralement quand il y en a un qui adore un truc, on se donne la peine de l’écouter.

Alexander : Ca se contamine comme ça, quand on voit dans le visage de l’autre qui aime vraiment un groupe, on cherche tout simplement à comprendre pourquoi.

JNSPUF! : Est ce que il y a un 4e en route ?

Alexander : Un quatrième membre ?
JNSPUF! : Plutôt album, en fait.
Vincent : Ah oui, ça il y en aura un. On a commencé à écrire des chansons, mais ce qui est plutôt drôle, c’est qu’au début on était un groupe complètement live, on composait tout sur scène. Plus ça va, plus on apprivoise le studio. Ca n’a vraiment rien à voir, jouer de la musique et enregistrer de la musique.

JNSPUF! : Vous avez une préférence pour le live ?

Alexander : Comme on vient de dire, au début surtout, on préférait le live, c’est beaucoup plus simple, tu te ramènes dans une salle, tu joues, et c’est terminé.

Vincent : Alors qu’en studio, le langage est pas du tout le même. Quand t’entend des trucs dans ta tête, ca prend un temps fou avant d’arriver à faire sonner l’enregistrement de la même manière, surtout qu’on aime bien tout faire nous même. Il faudrait trouver un moyen comme ça, genre une clé usb, tu la branches, et ca te download directement ta musique, ca serait vachement bien.

JNSPUF! : Ce serait l’évolution majeure sur le 4e album ?

Vincent : Oui, essayer de développer un état d’esprit studio, parce que plus ca va, plus on a de moyens techniques et plus nos capacités de musicien augmentent.

JNSPUF! : C’est quoi votre pire souvenir de concert ?

Alexander : On essaye de l’oublier. Et je crois que j’ai réussi.

Vincent : Tout devient pitorresque avec le recul, au final.

Alexander : Ah si, ca me revient maintenant ! C’était quand on avait joué avec Aids Wolf, on avait joué une chanson et demi, c’était n’importe quoi, tout le monde était soûl comme pas possible, le son était dégueulasse. On avait joué genre à deux heures du matin, c’était le bordel total, je me souviens être en train de jouer de la basse, puis m’être tourné vers eux, genre “C’est de la maaarde !”.

Antonin : Mais c’était il y a très longtemps, genre en 2004-2003.

JNSPUF! : Et à l’opposé, le concert le plus marquant ?

Vincent : A chaque fois qu’on franchit une étape supplémentaire, c’est toujours très marquant. La première fois qu’on a joué en dehors de Montréal, par exemple, c’était hyper important, pour un groupe qui ne se considérait même pas comme tel.

Alexander : On a ouvert pour Death From Above à Toronto, c’était génial, il y avait plus de 1000 personnes, on avait jamais vu ça.

Vincent : Il y a aussi la fois où on a joué au Fillmore à San Francisco, c’était assez mythique. En même temps, on avait pas joué super bien, mais c’est juste de jouer dans cette salle là, quand tu sais tout les artistes de légendes qui y ont joué, genre Jimi Hendrix, c’est dingue.

Alexander : Les concerts c’est toujours super marrant, des fois, tu peux donner un concert incroyable, un truc de malade, mais il y a 8 personnes dans la salle et tu es dans un trou paumé.  Et des fois c’est l’inverse, tu donnes un show médiocre, dans une salle complètement bondée, au bord de mer, et tu en gardes un souvenir impérissable.

Vincent : Ca fait réfléchir sur l’expérience du live et ce que tu as comme priorité : si c’est le monde, la performance ou le paysage. Pour moi le paysage, c’est hyper important.

JNSPUF! : Pour finir, est-ce que vous pourriez vous poser une question et y répondre ?

Vincent : Une bonne question j’imagine ?

JNSPUF! : Oui, plutôt.

Vincent : On est un peu pris au dépourvu là. C’est hyper intéressant ce genre de truc, mais là du coup, il faut trouver un truc qui fasse genre on réfléchit vachement. J’aurais envie de me poser : “Comment ça va ?” et me répondre “Oui, ca va bien.” mais c’est pas forcément très profond.

Alexander : Moi, j’aurais envie de me poser la question : “Est ce que vous avez élaboré un concept particulier pour composer votre prochain album ? Une vision, une thématique, un leit-motiv pour donner une vision particulière ?” Et nous de répondre : “Non, pas encore.”

JNSPUF! : Vous trouvez que vos trois albums ont chacun une vision conceptuelle différente ?

Vincent : Faut peut être pas exagérer, c’est pas des albums conceptuels non plus, des trucs super classes et tout.

Alexander : Ben pour moi, Invisible Violence est le prolongement conceptuel de Total Magique, ca reste dans la même lignée mais à un degré supérieur.

Alexander : Mais sinon pour répondre à la question qu’on s’est posée, j’aurais envie de répondre que pour le prochain album je vois bien un truc qui serait quand même plus new age, plus spirituel.

Vincent : Moi je vois plus de couleurs.

Alexander : Visuellement, j’ai envie de décrocher de notre base hyper graphique, hyper léchée, pour mettre une photo à la place, une photo de gitan avec une dent en or, par exemple.

Vincent : Voilà vous venez d’assister au premier brainstorming ever pour la pochette du prochain album.

JNSPUF! : Cool.

Et si vous avez lu tout bien comme il faut jusque là, alors vous avez le droit à toute notre sympathie, et à ce clip totalement magique. Mais si vous êtes hyper malin et que vous avez fait défiler la barre sur le côté comme un pro, vous y avez droit aussi du coup.