Un album raté réussi.

Enfin remis de deux semaines dantesques où j’ai été dans l’impossibilité chronométrique d’écrire une ligne, je reviens dans la place beaucoup plus apaisé et ayant échangé les enjeux géopolitiques contre des préoccupations tennistiques propres à tout mois de mai qui se respecte. Ce n’est cependant pas une excuse satisfaisante au regard de l’effort (surhumain ?) fourni pas Cassius pour approvisionner et rafraîchir notre inestimable outil de publication (avec en plus une page facebook à son nom pour couronner le tout !).
Bref, après avoir chanté les louages de mon collègue je tiens à rappeler que dans des temps immémoriaux il avait entrepris à juste titre de lancer une série d’articles sur les deuxièmes albums “ratés“. J’avais à l’époque décidé d’évoquer le cas de Guillemots et du pour le moins surprenant Red, rattrapons donc le temps perdu.

Mais c’est là que le bât blesse, en effet ces deux semaines de “repos forcé“ m’ont permis de réviser ma première impression sur cet album. Il faut rappeler que la bande de Fyfe Dangerfield avait précédemment réalisé l’inoubliable et peut-être inégalable Through The Window Pane, un de mes albums préférés (d’ailleurs si cet article doit avoir une utilité, elle sera de vous donner envie d’écouter le chef d’oeuvre que représente le premier album de Guillemots). Effrayé par les critiques de ce Red, je n’avais jamais cherché à l’écouter, jusqu’à ce que l’idée naisse de faire cette fameuse série d’articles.

Il s’avère qu’à la première écoute on se demande si on parle vraiment du même groupe, de ces mêmes envolées lyrique à couper le souffle, de ces cuivres, de cette grâce. Essayent-ils de devenir grand public ? On se demande s’ils ne nous ont pas fait les Muse en accéléré : une dégringolade subite vers le mauvais goût en mêlant tout et n’importe quoi : de la pop au R’n’b en arrosant le tout de cordes orientales, de chorales et autres bruits insolites. Il semble que Dangerfield ait essayé d’enrichir (de rentabiliser !) au maximum chaque mesure de chaque piste.

Le Kriss Kross inaugural donne le ton, on se demande assez vite où on est arrivé, au milieu d’une fanfare de guitares FM et de sirènes de pompier… Suit un mélange hétéroclite : le mauvais Keane (Big Dog) côtoie le rock pompier (Last Kiss et ses bruits de perceuse est à oublier) et des sonorités orientales omniprésentes (de Cockateel, à Clarion qui après une intro avec R2D2 en guest star se termine par un solo déchaîné d’un IANI – instrument asiatique non identifié – ). Quand on retrouve la grâce (Falling out of reach) ou la fougue (Get over it au demeurant très réussi) du premier album, Dangerfield croit bon d’ajouter des chorales et des chœurs à n’en plus finir.

Les quatre dernières chansons gagnent en simplicité comme si le groupe avait déjà tout donné. On retrouve ce qui a fait la force de Guillemots : ses cuivres (Words), ses structures “crescendo decrescendo” (Don’t look down), la voix cristalline de Dangerfield (Standing on the last star) sur ces trois chansons. Le très dépouillé Take me home (percussion-voix) vient conclure cet album bigarré en s’opposant sur tous les points au premier morceau Kriss Kross.

Ces drôles d’oiseaux (Guillemot est le nom d’un oiseau de mer) nous ont donc pondu un drôle d’oeuf… Dieu sait que j’ai tendance à aimer le pompeux et le dégoulinant des Killers par exemple mais là, trop c’est trop.

Il s’avère cependant qu’au bout de quatre ou cinq écoutes, on arrive à apprécier la plupart des morceaux, mêmes les plus surchargés (même Kriss Kross, je vous l’assure). C’est la force des Guillemots et c’est pourquoi on peut tout de même qualifier Red d’album raté réussi…

À la revoyure…