Le cap du troisième album.

Comment James Murphy allait-il assurer la relève de l’excellent Sound of Silver ? C’est la question qui me taraudait au moment d’entamer l’écoute du troisième (et dernier ?) album de LCD Soundsystem : This is Happening. Murphy est en effet plus qu’évasif quant à la suite de l’aventure LCD, crise de la quarantaine ou retraite anticipée : le gros nounours est las.

Plus qu’une rupture, cet album est avant tout un retour aux sources et au premier album. Alors que Sound of Silver révélait des influences plutôt new wave, This is Happening revient (au galop) vers des rythmes beaucoup plus électroniques que le groupe avait explorés précédemment.

On reconnaît dès le premier morceau (Dance Yrself Clean) la LCD touch, une voix, des percussions, deux trois notes de clavier et pis c’est tout ! D’aucuns diront que ce n’est pas assez “riche”, que ça manque de… de quoi d’ailleurs ? À mon avis de rien. De temps en temps, il est bon de quitter les claviers rutilants à la Passion Pit ou les refrains foufous à la Two Door Cinema Club pour quelque chose de plus cru, de moins spontané. James Murphy n’hésite pas à faire durer ses morceaux (est-ce vraiment des chansons ?) sept ou huit minutes, mais jamais pour rien. Il prend le temps de poser chaque son, de l’exploiter au maximum, il enrichit ses compositions progressivement, couche par couche pour en faire un mille-feuilles qu’il sait rendre digeste (Home).

La force de Murphy, c’est de réussir à déconstruire les morceaux, à les distendre : il fait durer une introduction au clavier trois minutes (You Wanted a Hit), il fait évoluer une chanson sans toucher à la boite à rythme, uniquement grâce à sa voix (I Can Change), il nous hypnotise à coup de sons électroniques, répétitifs, lancinants (One Touch). En concert, il doit déclencher à n’en pas douter une transe collective à la National Anthem : vivement Rock en Seine ! Parfois c’est un peu extrême, à la limite du slam (Pow Pow), parfois c’est plus court, plus efficace comme sur Drunk Girls entre punk, rap et électro, mais toujours avec ce côté hypnotisant (on se surprend à répéter ♬ drunk girls, drunk boys ♪♫ toute la journée…).

La seule chose que l’on pourrait reprocher à cet album, c’est son manque de bon gros tubes, surtout au regard du précédent où ils se bousculaient (North American Scum, Someone Great, All my Friends), seule la petite perle pop qu’est All I Want, plus accessible, semble avoir le format adéquat (elle dure tout de même six minutes !). C’est ce qu’on peut regretter, c’est pourquoi ce disque est moins marquant que le précédent, à défaut d’être un excellent disque, This is Happening est un très bon disque. S’il doit s’avérer être le dernier, James Murphy peut considérer son devoir comme accompli, la boucle est bouclée…

À la revoyure je vous laisse en bonne compagnie… ( cette chanson est une @#§%$£ de tuerie ).