Nous ne sommes pas très étroits.

On poursuit la suite des aventures beauregardesques avec le day 2, dont la programmation vend quand même un peu moins de rêve que le day 1. Déjà, le day 2 traîne quand même quelques boulets de très mauvais goût (Saez pour ne citer que lui), et en plus, il n’y avait même pas de to-do list super amusante à faire pour s’occuper pendant que les mauvais chanteurs vomissent des mauvaises paroles sur de la mauvaise musique. Mais bon ça c’est quand même un peu de notre faute. Mea culpa, donc.

Beauregard Day 2

Toujours est-il que le démarrage de ce deuxième jour bien sec et bien chaud chez John se fit en grande pompe avec les Friendly Fires. Déchaînés du feu de dieu (mon dieu quel déhanché sexuel!), ils nous ont balancé leur mélange musical des plus surprenants, à la croisée de l’electro, du funk, de la pop et des Talkings Heads. Bon, certes il y avait beaucoup de parties pré-programmées, c’était dommage, mais ça ne gâchait en rien l’enthousiasme débordant que cette musique d’ouverture a généré chez les membres de JNSPUF!. Cela tombait à pic, car Long Time To Lay A Track et  Nouvelle Vague dont la réputation n’est pourtant plus à faire en matière de reprise bossa-nova nous avaient échappés.

Pour suivre, il y avait I Arkle qui avait l’air très sympa vu de loin, mais un peu moins que la verte pelouse qui attire inexorablement les fesses du festivalier telles les sirènes odysséennes les plus tentatrices. Les fesses loupant par là peut être l’occasion de découvrir un groupe décrit comme très prometteur. Grosse flemme 1-Saint-Lô capitale du rock 0.

L’objectif majeur de cette pause détente restait de pouvoir bien se placer pour voir Editors, à la musique froide, immédiate et urgente, et aux fans nombreux et assez agressifs. Leur concert présente un parallèle assez flagrant avec le concert de Ghinzu de la veille : une excellente ambiance, des compositions ultra-rodées, un jeu de scène très cold-wave, et deux trois fautes de parcours (“noooon, pas la ballade au piano!”). Le troisième album n’est pas aussi creux qu’il m’avait semblé lors de son écoute rapide, mais le premier reste indétrônable (mention spéciale à Munich et Bullets, of course grosses tueries).

Après, il y avait comme un énorme trou dans la programmation pour qui n’est pas branché chanson française. Un trou qui nous a laissé le temps de nous délecter de nourriture assez surprenante (un genre de hot-dog merguez avec du fromage et des tomates dedans pour les uns, et des pâtes à la sauce non identifiée pour d’autres). Je suis quand même aller voir Brigitte Fontaine, pour le lol, mais c’était pas tout à fait aussi drôle que je l’imaginais. Sa voix est à peu près aussi agréable qu’une paille de fer qui frotte contre un couteau, et elle a eu besoin de s’asseoir à la deuxième chanson. Moi j’ai eu besoin de partir à ce moment.

Ensuite vint le moment attendu par tous les pré-pubères et par les enfants aux parents irresponsables (4 ans, est-ce un âge raisonnable pour un concert à plus de 100dB ? Nous en avons conclu que non.), soit le concert de Mika. La performance de cet anglo-libanais ayant déjà coûté l’indie-cred de l’excellent Tea-Zine, il nous semblait important d’aller constater l’ampleur du phénomène. Et il faut bien l’avouer, même quand on veut détester, on a beaucoup de mal. On connaît la plupart de ses mégatubes aux refrains dévastateurs et qui collent au cerveau une journée durant sans même avoir eu besoin d’écouter le CD, on peut passer des heures à détailler chaque morceau du décor, et on ne peut que s’amuser devant une telle démonstration d’euphorie et d’exagération (chaussure géante, etc.). Comme on y pouvait s’y attendre donc, l’ambiance était très bonne, le jeu de scène au delà du souhaitable, et la performance du groupe sans aucun défaut. Je m’interroge juste sur l’univers régressif du monsieur : jusqu’à quand est-il possible et souhaitable de faire jouer l’innocence de l’enfance en guise d’inspiration ? Ca doit être mon côté vieux con, mais je me suis posé la question quand même.

Par la suite j’ai profité du fait que la moitié du festival parte faire dodo (eh oui, il était déjà minuit passé, attention les enfants!), pour m’avancer jusqu’au deuxième rang et profiter du concert de La Roux (mon mètre 92 laisse généralement le premier rang aux fans hardcore, question de principe et de survie personnelle). Un show ultra-hype avec un décor ultra-stylisé, des looks à la pointe de la mode (l’amulette argentée et le jogging à paillette ne se porte qu’au 48e degré, il faut le savoir), pour des compositions ultra-glamour 80s sur fond de sentimentalisme androgyne : j’aurais du détester ce concert. Mais non. Je ne trouve rien à redire, tellement les morceaux étaient puissants, novateurs, imparables, et personnels. Et ce qui pouvait être perçu comme une overdose de mauvais goût (cf. les mimiques affectées d’Elly pendant les chansons) ont donné concert qui m’a indéniablement marqué sur ces deux jours de festival. Ou comment finir en beauté.