D’Alsace, le rennes vous chasse.

En 2008 sortait le très sympathique album solo d’Atlas Sound, Let The Blind Lead Who Can See But Cannot Feel et constituait un point de départ pour moi à l’univers très particulier des américains de Deerhunter. Et ce n’est seulement cette semaine que sort leur dernier LP, Halcyon Digest. N’ayant pas encore eu l’occasion d’écouter leurs albums précédents (mis à part la chanson Twilight At Carbonlake que je recommande chaudement au passage), je ne pourrais pas comparer le dernier venu aux précédents. Si je me permet de procéder ainsi, c’est simplement parce que la chronique de Pitchfork m’a très intrigué, en décrivant cet album comme un album célébrant la joie de la découverte brute. Allons y pour la découverte brute.

Dès les premières notes, des sonorités IDM sont couplées audacieusement à une guitare accoustique qui arpège et harmonise sur la voix lascive de Bradford Cox et l’on pense aux plus belles balades qu’avait à nous offrir Atlas Sound il y a deux ans. Les boucles s’enchaînent, le bruitisme d’Aphex Twin prend le dessus dans un très beau crescendo avant de retomber et de dévoiler la simplicité des arrangements.
Don’t Cry et Revival gardent la même voix lascive et saturée mais accélèrent le tempo et mettent en avant les guitares, et dès lors les fréquentes comparaisons du groupe avec Sonic Youth s’avèrent bien plus flagrantes. Deux chansons plus ensoleillées dans un format pop.
Et c’est en écoutant Sailing que l’on s’aperçoit que l’album joue sur deux atmosphères contradictoires. Une forme de pop solaire psyché un peu 60s d’une part (les cuivres de Coronado vous convainqueront bien mieux que moi) et une mélancolie distordue et bruitiste d’autre part. La réussite de ce disque étant de parvenir avec brio à coupler les deux sur la quasi-totalité du disque, sans impression de formule répétitive (à l’exception de l’ennuyeuse Sailing). 
Basement Scene illustre la forme plus lente de cette combinaison tandis que l’excellent Desire Lines nous les montrent sous la forme plus rock US. Et quand les deux atmosphères sont parfaitement équilibrées comme sur le très beau Helicopter, on tombe de manière presque étonnante sur des morceaux aquatiques qui n’auraient pas dépareillés sur Merriweather Post Pavillion d’Animal Collective.
En définitive, il existe beaucoup d’albums d’apparence classique qui cache une grande complexité mélodique, mais il existe peu d’albums d’apparence complexe qui cache des mélodies déjà classiques et universelles. On ne compare pas Deerhunter à Radiohead par hasard.