It could be anyone.

Baden Baden font partie d’un patrimoine national musical dont on peut largement se vanter. Ils ne vont pas tarder d’ailleurs à sortir un EP très chouette intitulé 78. Du coup, quand on les a vu à la programmation de l’Ubu, on est allé leur poser quelques questions histoire de tâter de la station balnéaire (ainsi que les suédois Shout Out Louds fort sympathiques par la même occasion). En vrai, Baden Baden sont gentils, et disent des choses très intelligentes et aussi très très bêtes. Un peu comme nous en fait.






JNSPUF! : Salut Baden Baden, vous voulez bien vous présenter pour commencer ?


Guillaume : Bassiste & chanteur de Baden Baden.

Eric : Guitare & chant également.

Julien : Guitare & choeurs.

Gabriel : Batterie.

JNSPUF! : Vous aviez pas des pseudonymes à la base ?

Gabriel : On a abandonné. On voulait tous s’appeller John D., John W., John G. C’était une blague entre nous, mais finalement on s’est dit que ca pouvait être pas mal que les gens mettent un vrai prénom sur nos têtes.

JNSPUF! : Et c’est bien normal. Et sinon ça se passe bien le début de la tournée avec Shout Out Louds ?

Gabriel : Ouais, c’était la première date hier soir à la Maroquinerie, c’était très sympa.

Le barman de l’Ubu (qui s’incruste un peu pendant l’entrevue mais qui offre du cidre donc on l’aime bien quand même) : Vous êtes d’où vous ? 

Guillaume : On s’est installé sur Paris, mais on vient d’ailleurs, comme quoi, ça peut arriver à des gens bien.

Gabriel : Moi par exemple je viens du Havre.

Guillaume : Du coup vous êtes un peu cousins non ? Normands, bretons ?

Le barman de l’Ubu : Moyen quand même.

JNSPUF! : Ouais bon bref, sinon dans une interview, vous aviez dit que Baden Baden c’était pour être bien placé dans les classements de disques, à côté des Beatles particulièrement ?

Gabriel : Non, ça c’était une blague aussi.

Guillaume : Si on voulait être bien placé, on se serait appelé Aaron plutôt. (rires)

Gabriel : Trop bien, tu vas pouvoir mettre des LOL et MDR entre parenthèses.

JNSPUF! : Ouais, c’est cool ça.

Guillaume : En vrai, on cherchait un nom qui sonnait bien, avec une imagerie assez forte, où on pouvait imaginer pleins de choses, sans pouvoir vraiment cerner tout l’univers.

Eric : La sonorité du nom nous plaisait, c’était quelque chose d’assez simple à retenir. Mon père a habité là bas, et j’en avais souvent entendu parlé, mais on connaît pas du tout, et on est pas du tout allemand.

JNSPUF! : C’est la question qu’on vous pose trop, c’est ça ?

Gabriel : Oui, c’est une question qui revient à chaque fois.

Eric : C’est normal qu’on nous demande à chaque fois, mais à l’origine on a choisi le nom instinctivement, du coup on est surpris, et on est obligé de trouver des raisons.
JNSPUF! : Et votre mascotte, la double photo ? C’est en écho au nom du groupe ?

Gabriel : Ouais, ça peut.

Eric : Ca nous évoque pleins de trucs, on trouve ça classe, chacun peut l’interpréter comme il veut.

Guillaume : On a beaucoup développé le côté retro et nostalgique.

Eric : Une certaine nostalgie de l’enfance.

JNSPUF! : Oui, ça se ressent beaucoup dans votre musique.

Eric : On a pris un vieux photomaton des années 60 en fait, on aimait bien l’idée de faire appel aux souvenirs de chacun, parce qu’on a tous des vieilles photos de nos parents jeunes et c’est toujours quelque chose d’un peu étrange.

Guillaume : Tout le monde peut s’y retrouver du coup.
JNSPUF! : Vous chantez à la fois en français et en anglais ? Ce serait quoi les avantages de chaque langue ?
Eric : Prendre du plaisir dans l’écriture des textes et dans l’interprétation. J’écris les paroles, et vu que l’anglais, c’est pas ma langue maternelle, j’ai plus de vocabulaire en français. En anglais, c’est plus les sonorités qu’on aime, et en français, on joue plus avec le sens des mots. On aime bien l’idée de ne pas se priver des deux.
JNSPUF! : Vous avez le sentiment que quelque chose se crée dans la musique français aujourd’hui, une sorte de mouvement qui joue sur les deux univers anglophones et francophones ? Genre les Young Michelin ?

Gabriel : Young Michelin ? Ils chantent seulement en français je crois.

Eric : C’est à dire qu’avant c’était plutôt chanson française, maintenant c’est plus de la pop décomplexée. Le groupe qu’on aime beaucoup c’est Karkwa, ils sont québécois. Leurs morceaux sont super bien produits, ils chantent en français et ça marche très bien, du coup on se dit qu’il n’y a pas de raisons de pas essayer.

Guillaume : On aime bien les sonorités indé anglo-saxonnes, et on respecte vraiment les groupes qui arrivent à conserver ça tout en le liant à des textes en français. C’est une subtile alliance, qui est peut être plus facile à réaliser lorsqu’on a une culture québécoise, par essence liée à la culture anglaise.

JNSPUF! : C’est sûr que les québécois sont plus décomplexés qu’en France, où les groupes ont peur de chanter en français. Et du coup vos influences  au delà de ça ?

Guillaume : Karkwa du coup, Girls In Hawaii, Death Cab For Cutie et Grizzly Bear qui sont incroyables en live.

Gabriel : Radiohead, car même si c’est fréquent, il faut le dire quand même.

Julien : Après ça c’est des groupes qu’on aime bien, mais chaque membre du groupe est marqué par des choses plutôts différentes. Par exemple, moi j’aime bien les grosses guitares, du genre Sonic Youth, Pixies et je pense que les autres pas autant.

Guillaume : On développe quand même une culture assez post-rock sur certains morceaux.

Julien : Comme beaucoup de groupes, on a un univers commun où chacun apporte sa touche.

Eric : Guillaume et moi, on apporte plutôt le côté mélodique, et Julien c’est un autre côté qu’on aime beaucoup, mais qui est moins proche de notre culture, c’est tout ce qui est post-rock un peu psyché.

Guillaume : Julien, il apporte plutôt le son qui va gonfler, et une ambiance qui va prendre le temps de se développer.

Julien : En fait, moi j’aime bien avoir un seul accord. Je suis pas un grand guitariste, alors un accord, ça va, ça me suffit.

Guillaume : Après, on évolue aussi beaucoup et on s’ouvre de plus en plus à pleins de choses différentes.
Julien : J’aime de plus en plus de choses très mélodiques. On a dit souvent qu’Eric avait un côté Alain Souchon dans ses textes, et personnellement la chanson française, c’est pas du tout mon truc, mais là je viens de passer deux semaines à écouter Alain Souchon, et je me dis : “Putain les mélodies sont jolies, les textes sont simples, c’est beau.”. Il y a des choses biens partout, même dans la variété.

JNSPUF! : Vos deux univers c’est un peu la vision studio/live, c’est l’énergie du concert qui permet de compenser la perte d’une richesse mélodique du studio non?

Eric : On compose très peu de chansons live, il y a toujours une base un peu produite, mais c’est vrai qu’on développe certains morceaux en les jouant. Pour The Last Song, on a eu beaucoup de mal à l’enregistrer, on préférait nettement la version live. L’idée c’est aussi de se faire plaisir sur Cubase, à superposer les pistes sans se poser la question du live. Je vois assez ça comme un aller-retour entre les deux.

Gabriel : On a pas les trompettes de Anyone sur scène, mais c’est pas grave, c’est juste un peu plus brut, et direct. C’est bien aussi.

Guillaume : On retrouvera jamais la production aussi léchée de nos morceaux studios en concert.

Gabriel : On s’attend pas à retrouver le CD quand on va voir un groupe en concert.

Guillaume : On aime reconnaître, mais on aime pas trop que ce soit identique.

Gabriel : J’ai pas le sentiment que ce soit ce que le public attend de toute manière.

JNSPUF! : C’est intéressant ce que vous dites, je trouve que c’est un peu le problème de Two Door Cinema Club en concert en fait.


Eric : Peut être que leurs morceaux bougent peu du studio au live parce que justement, ils les composent sur une base live. Mais nous, quand on joue en live, nos morceaux évoluent naturellement.

Julien : Le truc c’est qu’Eric produit beaucoup nos morceaux, et ça permet de se discipliner dans la façon de jouer, d’avoir le sentiment de maîtriser quelque chose. Par exemple, je pense que les samplers guident vraiment Gabriel dans sa manière de jouer. C’est l’espèce de perfection à la Phoenix qu’on essaye de retrouver. C’est absolument incroyable et en même temps très étrange la manière dont leur batterie sonne exactement identique en live et en studio.
JNSPUF! : Qu’est ce que ce serait la question qu’on vous pose pas assez ?

Eric : C’est la question qu’on nous pose pas assez.

Guillaume : On y a pas pensé parce qu’on nous l’a jamais posé en fait. Je sais pas, à quoi vous pensez quand vous jouez les morceaux ?

Gabriel : On sait pas en fait, c’est aux journalistes de nous surprendre.

Eric : Il faudrait attaquer le groupe, leur demander de faire part de leurs engueulades ?

JNSPUF! : Vous vous tapez dessus en vrai ?

Julien : Non mais on est des grands gamins, on a tous l’impression d’avoir 24 ans dans la tête, on a nos petits ego, si quelqu’un a une idée, il est capable de rester bloqué dessus pendant des heures. C’est souvent très ridicule, mais ca reste drôle au final.

Eric : Aucun de nous n’a envie de jouer un morceau qui ne nous plaît pas, et du coup c’est difficile que quatre personnes trippent sur la même chose.

Guillaume : Chacun a une perspective différente, mais au final le point de fuite est le même je pense. 
JNSPUF! : Le mot de la fin ?

Guillaume : Faim. Clap. Noir. Coupez.

Eric : Rien ne s’arrête. 

Guillaume : Le meilleur reste à venir. Et sinon, pourquoi Je ne suis pas une fille ?

JNSPUF! : C’est à dire que je fais partie d’un groupe d’amies, et à un moment j’en ai eu marre qu’on me dise : “On y va les filles !”. Marion a repris l’idée de “Je ne suis pas une fille !” et voilà.


Julien : Je dis tout le temps “On y va les meufs !” à mes potes. 

JNSPUF! : Méfie toi, ils risquent de te dire : “Je ne suis pas une meuf !” un jour.

(Merci beaucoup à iVox sans qui cette entrevue n’aurait jamais eu lieu.)