2010 en musique – Cassius. (Partie 4)

Contrairement à ce cher Greenwood qui a choisi de faire un classement en bonne et due forme, je préfère opter pour la formule sans numéro. Pas que je sois particulièrement réfractaire aux nombres en eux même, c’est plutôt que je me trouve dans l’incapacité de décider concrètement si oui ou non, X disque est objectivement meilleur que Y disque. Alors je fais juste une liste de 20 disques que j’ai particulièrement apprécié cette année, avec bien sûr des mentions spéciales pour les excellents disques qui mériterait une place sur un podium fictif si j’en avais fait un (je met un petit P comme Podium à côté du coup). Et sinon ça va être un peu plus clair le reste de mon article.

J’ai écouté, et j’ai bien aimé :
Foals Total Life Forever P
Clairement l’album de l’année pour moi. Il y a tout ce qu’on attend de Foals, et même au delà. Ils ont travaillé leur défaut majeur (leur agressivité abstraite et la voix de Yannis) et le résultat est incroyablement bon. C’est l’album que j’ai le plus écouté cette année, me disent Lastfm, iTunes, mon mp3 et surtout mon cerveau. Et l’ensemble des chansons forment un tout varié, mais cohérent, avec des ébauches de nouvelles pistes, des véritables trouvailles sonores (2 Trees notamment) et des ambiances absolument transcendantes. Beaucoup moins dansant et immédiat que le prédécesseur, je le reconnais, mais tellement plus abouti. Spanish Sahara est une chanson qui restera à coup sûr pour les prochaines années. Et le mieux dans tout ça, c’est que l’on sent encore derrière ce disque tout le potentiel futur des cinq Anglais.

Arcade Fire The Suburbs P
Bon OK, je m’en voudrais de pas le mettre sur le podium, alors il va se serrer un petit peu avec Foals, et comme ça, ça ira tout seul. Comme l’a dit Greenwood, on a déjà longuement développé le pourquoi du comment on adoré cet album, comment il était fantastique, comment on pouvait l’écouter en boucle sans jamais s’en lasser, comment il marquait un vrai tournant dans la carrière d’Arcade Fire, en les confirmant comme un grand groupe sur lequel il faut compter pour la prochaine décennie (eh oui 2011 les copains !).

 

Kate Nash My Best Friend Is You P
On imagine assez mal le disque de Kate Nash faire partie d’un autre top 2010 que le mien, mais peu importe. C’est vrai, elle a beau être assez indie de sa personne, elle est beaucoup trop poney et cupcakes pour la plupart des gens. Personnellement, j’ai adoré cet album, je l’ai écouté toute l’année, je trouve le personnage de Kate Nash absolument fascinant, riche et curieux. Une chanteuse taillée pour faire des tubes mais capable de passer du punk rigolard à la ballade façon PJ Harvey, il y a de quoi être surpris. D’ailleurs, je pense pas que ça existe souvent, les pochettes où il y a à la fois une fille qui fait un coeur avec ses mains, et “parental advisory explicit content” en bas à gauche.

 

Local Natives Gorilla Manor
Là je vous vois venir avec vos grosses moustaches “eh mais il est sorti en 2009 l’album vas-y l’autre”. Oui, mais moi je l’ai acheté en 2010, je l’ai découvert en 2010, j’ai vu les Californiens live trois fois en 2010, alors 2010 c’est aussi beaucoup les Local Natives pour moi. Un premier album superbe, rythmé, harmonieux, bigarré et porté par des tubes imparables tel Sun Hands, Wide Eyes, Warning Sign ou Camera Talk. Ils ont apparemment du mal à composer rapidement, mais s’ils sortent des albums de cette trempe à chaque fois, ils peuvent mettre autant de temps qu’ils veulent, on peut toujours réécouter Gorilla Manor en attendant.

 

Beach House Teen Dream
Comme beaucoup de gens, j’ai énormément apprécié ce disque, ainsi que leur concert superbe à la Route du Rock hiver. Toutes les chansons sont des variations autour de claviers éthérées, d’une batterie minimaliste et délicate, de quelques arrangements en guitare clean et bien évidemment de la voix suave de Victoria Legrand. Toutes les chansons sont du même esprit, mais avec des atmosphères différentes à chaque fois. Le plus intéressant ici, ce n’est pas le fait qu’il soit dans le classement, c’est même un choix plutôt consensuel vis-à-vis des autres, mais c’est surtout le fait qu’il n’arrive jamais en première place de ceci, ou disons dans les premiers. Sans doute en raison de son ambiance dream-pop qui ne laisse finalement aucune place à l’esbrouffe, on a tendance à naturellement le compter comme un album important, mais jamais vraiment comme l’album de l’année. C’est dommage quand même.

 

So So Modern Crude Futures
Un concert loupé au Jardin Moderne suffit parfois à se rendre compte de la puissance d’un disque comme celui des néo-zélandais de So So Modern. Le croisement explosif de deux genres pas forcément évident à allier : le math-rock pour les signatures rythmiques tordues et les chansons à tiroir et le post-punk pour les guitares tranchantes et la précision millimétrée des motifs. Tout cela paraît bien abstrait à première vue, mais il n’en est rien, Crude Futures est un disque accessible, et très varié. Berlin, Dusk & Children et Dendrons sont les exemples parfaits pour montrer qu’il est possible de faire beaucoup de choses différentes sans perdre en cohérence et en richesse mélodique.

 

Egyptian Hip Hop Some Reptiles Grew Wings [EP]
Je suis sans doute mauvaise langue, mais vu la qualité de cet EP, les quatre mancuniens risquent de nous pondre un album assez décevant, alors c’est le moment où jamais de se risquer à écouter la new-new-wave déroutante d’Egyptian Hip Hop. Moon Crooner et ses claviers 80s est absolument fantastique, Middle Name Period réinvente une new-rave toujours plus genrovore, et Native croise habilement le lo-fi et le psychédélique. Rad Pitt quand à elle est une chanson qui me fait penser que les mancuniens en ont encore gros derrière eux, et pourrait bien faire mentir l’effet Two Door Cinema Club.

 

Two Door Cinema Club Tourist History
Tiens Two Door Cinema Club d’ailleurs ! Qu’est ce que vous faites là les gars ? Il est pas mauvais votre album finalement ? Ben si, un peu, sur la distance il tient pas très bien en fait. Très addictif dès les premières écoutes, peut être un peu trop sans doute. On s’en lasse rapidement, mais sans jamais vraiment parvenir à détester nos amours electro-pop d’un temps qui se nommaient Undercover Martyn ou Do You Want It All. I Can Talk reste par contre une excellente chanson.

 

Blood Red Shoes Fire Like This
Il y a les groupes qui poussent l’expérimentation toujours plus loin, qui se creusent les méninges pendant des années pour trouver le moyen de se démarquer, de faire mieux que les autres et plus original. Et il y a Blood Red Shoes, qui branchent leur guitares et qui jouent fort, et bien. Aucune chanson à jeter, toujours la même énergie, mais chaque fois des harmonies et des constructions différentes, aucun moment d’errance. Du revival 90s parfait en somme.

Deerhunter Halcyon Digest
C’est pas toujours vérifié, mais en général, j’aime pas trop les gens qui aiment Deerhunter. C’est souvent les papas un peu casse-pieds qui se plaignent que Halcyon Digest soit pas reconnu à sa juste valeur. Bah oui, mais c’est-à-dire qu’il est beaucoup plus compliqué qu’il en a l’air ce disque, il est fourbe, il refuse de se laisser facilement apprivoiser, il ne te balance pas la mélodie comme ça d’une traite, il faut prendre le temps de l’apprécier. La mélancolie lascive, le bruitisme psychédélique et le mélange de sonorités IDM et electro-acoustique, c’est pas franchement FM, il faut se l’avouer. Et puis de toute manière, je suis sur que ça lui plaît très bien au papa de 40 ans, quand les gens disent qu’il est pas génial l’album de Deerhunter.

Wildlife Strike Hard, Young Diamond
Une très bonne surprise que ce debut album des Canadiens, comme quoi JNSPUF! peut permettre de faire de très belles rencontres musicales. Un album d’adolescents impétueux qui tentent de tempérer leur fougue (sur l’excellente Stand In The Water notamment), mais qui échoue assez joyeusement et qui laisse heureusement libre cours à leur folie sur le reste d’un album qui ne s’est pas retrouvé par hasard mélangé avec Arcade Fire. Une ferveur et une grâce exceptionnelle font de Strike Hard, Young Diamond (au titre évocateur) une petite pépite pop de 2010. Ils ont frappé bien forts, ces jeunes prodiges.

She & Him Volume Two
Vous allez commencer à penser que je tend le bâton pour me faire battre par mes collègues, mais la vérité, c’est simplement que j’ai énormément apprécié et écouté ce disque pendant l’année. Le folk d’inspiration 60s aussi pur et aussi beau est suffisamment rare pour être mentionné ici. Les harmonies sont parfaites, l’instrumental aussi, je ne dirais rien de plus, j’aime.

 

Klaxons Surfing The Void
Oui OK là je joue un peu la provoc’ par contre. Je n’ai pas été entièrement convaincu par l’entreprise Surfing The Void. Quel fan de Klaxons pourrait l’être pleinement lorsqu’on nous annonce que le disque qui va sortir n’est qu’un compromis entre le groupe et la maison de disques ? Alors bien sur, il y a quelques ratés sur le disque (les inaudibles Venusia, Extra-Astronomical et Cypherspeed) mais les autres morceaux qui parviennent à naviguer entre faire du psychédélisme extrême et faire de la pop fadasse s’en sortent avec une classe et une énergie qui fait véritablement plaisir à entendre. On croise des influences MGMT que l’on n’aurait pas franchement soupçonné au début (The Same Space), de la folie psychédélique très bien maîtrisé (Surfing The Void), des réminescences de Myths of The Near Future (Future Memories), d’excellentes nouveautés (Valley Of The Calm Trees) et bien sur trois singles absolument imparables : Echoes, Twin Flames et Flashover, la réussite de l’album.

Vampire Weekend Contra
Sorti en janvier, on peut concevoir qu’il soit absent des tops, surtout que nos quatre américains aux pantalons bien repassés ne sont pas franchement du genre à avoir dégainé un album-choc dont on se souviendra toujours mais plutôt quelque chose de pop, de futé et d’inventif. On avait bien aimé à la sortie, et c’est vrai entre temps il s’est passé pas mal de choses et on les a un peu délaissé, mais cet album reste une vraie réussite.

 

Everything Everything Man Alive
Si on veut être très méchant, on peut estimer qu’Everything Everything nous a sorti un disque qui est l’équivalent musical d’un milkshake viande-banane. Et c’est vrai qu’à la première écoute on a un peu l’impression d’entendre quatre musicologues composer en s’imaginant la réaction de son public au fur et à mesure qu’ils accumulent les détails musicaux improbables. C’est original, mais c’est parfois beaucoup tout ces changements rythmiques, toutes ces harmonies à l’hélium, tout ce maelström de claviers, de guitares et des pads. Et en même temps, plus on écoute l’album et plus on se rend compte que  l’indigestion musicale ne survient jamais, car les morceaux sont extrêmement biens construits, et que ce qui semble être des fioritures à la première écoute est en vérité un habillage musical personnel et très réussi. 

 

Sleigh Bells Treats
C’est drôle parce qu’au final, ce disque est l’exact opposé du précédent. Une voix brute, des guitares énervées, des motifs sursaturés répétés en boucle, et des beats qui essayent à chaque fois de faire sauter les hauts-parleurs de l’ordinateur, voilà Sleigh Bells qui débarque sans se poser beaucoup de questions. Ca donne pas envie de s’en poser beaucoup non plus, tellement c’est efficace, malin et destructeur. Infinity Guitars est incroyable pour ça. Attention il y a quand même deux trois chansons dans l’album (Rill Rill notamment) qui laisserait penser que Sleigh Bells est vraiment un groupe qui aime les clochettes. C’est une feinte.

 

Gorillaz Plastic Beach
Damon Albarn poursuit (en s’entourant de très bons guests) son entreprise maintenant extrêmement claire : donner ses lettres de noblesse au hip-pop. Et c’est avec grand plaisir qu’on le soutient dans cette tâche. L’album brasse très large, du rap pur et dur au funk le plus cool et passant par le down-tempo irrésistible, parfois le tout dans la même chanson, et toujours avec une aisance remarquable. Gorillaz s’échoue tranquillement sur la plage la plus intéressante de l’année.

 

The Tallest Man On Earth The Wild Hunt
Pitchfork a parfaitement résumé mon sentiment vis-à-vis de ce disque : c’est du Bob Dylan à 100%, mais qui n’aime pas Bob Dylan ? Pas moi en tout cas.

 

The Bewitched Hands Birds & Drums
La pop lumineuse des Rémois permet de tenir bon quand il fait nuit à 16h, et accessoirement, décomplexe le rock hexagonal pour de bon. Comme quoi, on peut avoir un accent anglais très mauvais et être quand même comparé à Arcade Fire. 

 

Los Campesinos! Romance Is Boring
La musique complètement hyperactive voire épileptique des Gallois me fait toujours autant plaisir à écouter, et même si on ne peut que regretter une petite baisse de régime et une légère dispersion sur le dernier album, leur pop-punk reste inimitable.

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