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Ca faisait assez longtemps qu’on avait envie de voir qui se cachait derrière la musique folle d’Is Tropical située quelque part entre le dance-punk lo-fi, la pop shoegaze et l’electro qui tabasse. Quand on débarque dans les loges du Cargö pour leur poser nos questions, on les rencontre en pleine séance de coiffure. Joggings dragons, amulettes de toutes sortes, et t-shirt home made, on les imagine déjà drôles et fous. Gagné.

JNSPUF! : Pour commencer, est ce que vous pourriez présenter chacun un membre du groupe et nous expliquer pourquoi c’est bien qu’il fasse partie d’Is Tropical ?


Dom (Batterie) : Classe la question !


Simon (Guitare, voix, synthé) : Dom c’est le batteur et l’électronicien du groupe, il gère les samples et la programmation en général et c’est bien qu’il fasse partie du groupe parce qu’il me fait sourire.


Dom (Batterie) : Gary aime jouer de la guitare et il chante bien, et c’est bien qu’il soit dans le groupe parce qu’il arrive toujours à me faire rire.
Gary (Guitare, basse, synthé, voix) : Et le dernier c’est Simon, il joue pas vraiment d’instrument mais c’est le gars le plus cool du groupe.


JNSPUF! : Vous semblez influencé par beaucoup de choses différentes, ce qui est une tendance assez récurrente dans la musique aujourd’hui, du coup est-ce que vous considérez que l’idée de genres est quelque chose de dépassé ou cela reste pertinent pour décrire votre musique et la musique en général ?


Simon : Je pense que l’idée de rock moderne est quelque chose qui est vraiment en train de disparaître, les fans de rock sont de plus en plus ouverts à beaucoup de nouvelles choses maintenant.


Dom : Et du coup ça rend l’idée de genres beaucoup plus important, parce que plus les goûts de gens deviennent larges en matière de musique et plus ils ont besoin de définir exactement ce qu’ils aiment. Je pense aussi qu’écouter beaucoup de choses différentes permet vraiment de savoir ce qui te plaît le plus au final.


JNSPUF! : Vous concernant, est-ce que vous travaillez véritablement ce mélange de genres en essayant d’éviter un style spécifique ?


Simon : Oui vraiment.
Dom : On essaye d’éviter le style «opéra». Celui là ne nous attire pas vraiment.

Gary : Disons qu’on a pas envie d’être catégorisé «indie» juste à cause de notre look et de nos guitares, du coup on se retrouve parfois à changer d’instrument un riff ou un pont qui sonne vraiment indie, pour éviter cet écueil là justement.


Simon : Ca sonne tout de suite beaucoup moins indie quand tu joues une partie de guitare au synthé.


JNSPUF! : C’est pour cette raison que vous utilisez beaucoup de sons un peu lo-fi notamment au niveau des guitares et des voix ? C’est quelque chose par quoi vous avez commencé et que vous avez gardé ensuite ?

Gary : C’est juste notre façon d’enregistrer, on utilise pas de logiciels chers pour obtenir un son impeccable, on se contente du micro basique et de nos ordinateurs en général.

Dom : Ca nous intéresse beaucoup ce genre d’enregistrement parce que ca te permet de capter les sons qu’il y a autour de toi quand tu enregistres. Par exemple, ca nous arrive d’enregistrer un morceau lorsque la télé est allumée, et dès que tu t’arrêtes de jouer, c’est là que le meilleur moment de l’enregistrement survient, ce petit moment de blanc où soudainemenent le son de la télé comble le vide, c’est quelque chose de très intéressant.


Simon : En écoutant bien, on entend distinctement le son de la télé sur certaines de nos chansons.


JNSPUF! : Lesquelles ?


Simon : Sur l’album qui va paraître, il y a une chanson qui s’appelle «Zombie», et tu peux entendre une présentatrice qui donne les informations du jour de l’enregistrement ! C’est cool non ?
Gary : La vérité c’est qu’on adore regarder la télé, c’est très difficile d’arrêter de la regarder tout le temps.


JNSPUF! : J’ai lu que vous étiez des gros fans de X-Factor.

Gary : Ouais c’est vrai, on adore X-Factor, CSI, ou Love Joy aussi.



Dom : Love Joy c’est génial, et ça aussi c’est un vrai truc qui mélange tous les genres. C’est un mix entre du policier, du mélodrame et il y a même un petit côté antique dedans !


JNSPUF! : Ca vous inspire pour écrire des paroles peut être du coup ?


Dom : Non, pas Love Joy.


Simon : Mais CSI oui pas mal, il y a de bonnes musiques dedans.



Dom : La dernière fois, ils ont passé Ratatat, c’était cool, vous connaissez Ratatat ?



JNSPUF! : Oui c’est génial !
Gary : C’est notre objectif ultime dès que notre album sort, faire passer un des titres dans CSI.


JNSPUF! : Vous avez l’air de faire beaucoup d’efforts pour développer une identité visuelle assez forte autour du groupe, est-ce le cas ?

Gary : Oui, on fait tous nos artworks nous même.



Simon : C’est important pour nous de garder le contrôle sur tout ce qu’on peut faire, on veut que tout ce qui nous concerne nous plaise à 100%. Souvent sur scène, on projette des vidéos qu’on trouve proches de notre musique, et on s’amuse à synchroniser le tout avec la musique, une explosion pour un break de batterie, etc.



Dom : On aime beaucoup utiliser des vieux films, come Adam Curtis de la BBC, qui utilise toujours des vieilles images d’archives pour faire ses montages c’est super. On a jamais testé encore mais je pense qu’on tentera un jour de reprendre des images d’archives comme lui.


JNSPUF! : C’est aussi par soucis d’esthétisme que vous portez des masques sur scène ?
Gary : Disons que c’est plus pour prendre vraiment conscience de ce que faire un concert signifie, pour nous c’est vraiment une performance, un spectacle.


Simon : Et puis on aime l’idée des masques, c’est quelque chose d’universel et de très ancien à la fois, ça a un côté mystique qui nous plaît beaucoup, mais en même temps toutes les cultures ont utilisés les masques à un moment ou un autre, avec des significations différentes à chaque fois.


Dom : Dans des temps anciens, les vieilles civilisations avaient des tonnes de rituels autour de ça, et c’est quelque chose qu’on aimerait retrouver, l’idée de jouer pour un dieu païen ancien, c’est cool non ? C’est vraiment différent quand tu joues avec un masque, tu prend conscience de tout un tas de choses.


JNSPUF! : C’est vrai que vous jouez beaucoup aussi avec les symboles, vous arborez souvent des croix, des étoiles, des peace and love, et autres. Est-ce aussi pour développer ce côté mystique ?


Dom : On porte tous ces trucs parce qu’on est un peu superstitieux.


JNSPUF! : C’est quelque chose que vous partagez avec les Klaxons non ?


Dom : Oui, mais eux sont vraiment très spirituels. Avec Jamie, on fait 33 tours sur nous même avant un concert.


Simon : Ca sert à quoi ?


Dom : C’est censé te donner une forme d’énergie très ancienne, quelque chose comme ça. La dernière fois qu’on a essayé ça, le concert était très bien, donc je continue de le faire juste au cas où. Si tu es très fort, tu peux devenir le Grand Maître du Tour sur Toi Même et là tu dois tourner 99 fois, mais ça donne franchement le tournis.


JNSPUF! : En parlant de ça, qu’est ce que vous considérez être un bon concert ?
Gary : Je pense que tout est lié au public, tu peux donner le meilleur concert du monde, si le public te regarde juste sans rien comprendre, il se passe rien d’intéressant.


Simon : C’est difficile quand le public ne te connaît pas encore, mais ça fait partie du jeu, du défi à relever. C’est sans doute plus intéressant comme ça.


JNSPUF! : Comment est-ce que vous vous êtes retrouvé à travailler avec Kitsuné ?


Gary : Ils nous ont contacté et ils faisaient partie de notre liste de labels avec qui on avait songé travailler.


JNSPUF! : Vous avez vraiment une liste ? Il y avait qui d’autres comme labels ?


Gary : C’est plus une liste qu’on a faite oralement et… (Regard insistant de Simon) Non, il y a seulement Kitsuné sur la liste.


Dom : C’est les meilleurs.


Simon : C’était eux ou rien. Non, plus sérieusement, on est très content de travailler avec eux, on a le sentiment que notre univers artistique peut s’intégrer au leur sans avoir à changer quoi que ce soit du notre, et c’était la priorité quand nous étions à la recherche d’un label : ne pas avoir à faire de compromis !


JNSPUF! : Pourquoi est-ce que vous ne jouez jamais la première partie acoustique de When O’ When sur scène ?


Gary : Parce que cette partie est beaucoup trop lente, Simon n’arrive pas à jouer aussi lentement. Pour l’enregistrement, on a juste utilisé le logiciel pour ralentir la piste.


Dom : Le truc, c’est qu’on est pas Radiohead, il faut qu’on fasse bouger notre public, et faire plus de deux minutes calmes, c’est encore un peu risqué. Mais on finira par la jouer cette partie.


JNSPUF! : Ca serait bien parce que la progression est intéressante dans cette chanson je trouve.


Dom : Notre manager est d’accord avec toi, alors que je crois qu’on va devoir acheter un métronome pour aider Simon.


JNSPUF! : Vous pouvez nous parler un peu de cette chanson d’ailleurs ?


Gary : En gros, c’est à propos d’un cours d’histoire raconté dans le désordre.


Simon : Si tu te sers des paroles de la chanson pour réviser, tu te tapes un F, c’est sur.


JNSPUF! : Comment est-ce que vous choisissez les chansons pour lesquelles vous écrivez des paroles ?


Simon : Ca dépend vraiment mais dans l’ensemble c’est tout simplement quand on juge que c’est nécessaire d’ajouter des paroles.


Gary : A l’origine Tan Man avait des paroles, mais on les a retiré, on trouvait que ça changeait trop le sens de la chanson, c’était plus du tout la même chose avec.


JNSPUF! : Comment est-ce que vous composez vos chansons ?


Simon : C’est un processus qui varie vraiment beaucoup. Des fois, on se pose avec la guitare acoustique et on écrit toutes les paroles d’une traite, et parfois on compose spontanément en répétant tous les trois.


Gary : La dernière fois qu’on a composé des chansons tous ensembles, quelque chose de complètement stupide nous est arrivé, on avait composé environ 5 ou 6 chansons tous ensembles, et d’un coup on s’est rendu compte que tous ces morceaux étaient écrits dans la même tonalité, c’était la même progression d’accords, etc. Du coup on a pris les meilleures parties de chaque et on a recomposé un morceau qui compilait toutes ces idées différentes qu’on avait eu ensemble.


Dom : Des fois c’est encore plus étrange parce que la composition se fait d’abord sur l’ordinateur, et c’est souvent la personne qui ne connaît rien de l’instrument qui compose un riff pour cet instrument. Je me suis retrouvé à devoir apprendre des parties de batterie composées par Gary qui étaient absolument injouables par un vrai batteur.


Gary : Et à l’inverse, il faut voir les riffs de basse que Dom me compose parfois, c’est absolument dingue !


JNSPUF! : Ca explique pourquoi vos parties de batterie sont toujours aussi étranges !


Dom : Oui voilà !


JNSPUF! : C’est quoi la question qu’on vous pose trop souvent ?


Simon : Pourquoi est-ce qu’on porte des masques. Tout le temps.


Dom : On doit être genre à 9 fois les questions sur les masques contre 1 fois pour toutes les autres questions.


Gary : Après c’est vrai que c’est normal que les gens nous posent la question, c’est quelque chose d’assez inhabituel pour un groupe de porter des masques.


Simon : Mais les gens finiront par se lasser de nous poser la question une fois que la vraie réponse aura circulé un peu.


Dom : La dernière fois que quelqu’un a posé la question, je lui ai répondu que c’était parce qu’on voulait se déguiser en Storm Trooper mais qu’on avait écrit à George Lucas qui n’était pas d’accord. Et donc on avait eu seulement le droit de porter ces masques là.

JNSPUF! : A l’inverse, c’est quoi la question qu’on ne vous pose pas assez ?


Simon : Les journalistes nous posent parfois des bonnes questions, ca arrive ! La dernière fois on avait eu quelle musique écoutez vous quand vous faites l’amour, c’était assez drôle !


JNSPUF! : Et alors ?


Gary : Des pop-songs majoritairement.


Dom : Moi c’était les 30 secondes les plus expérimentales d’une chanson.


Simon : On a une amie qui est journaliste aussi et qui tape toujours dans Google : «Meilleure question à poser à un groupe». C’est difficile de trouver des bonnes questions à poser, même pour nous. A partir du moment où les questions montrent un minimum que le journaliste s’intéresse au groupe, ça nous va. On a souvent des journalistes qui montrent clairement qu’ils n’en ont rien à foutre de parler avec nous et c’est un peu dommage.


Gary : Une fois, un journaliste est venu nous interviewer en pensant qu’on était les Mystery Jets, donc il a commencé à nous demander nos prénoms, a réalisé son erreur, et s’est barré sans autre forme de procès. C’était moyen quand même.


Dom : Il s’est même pas excusé.



(Ils nous montrent tout fiers la maquette d’OVNI qu’ils ont acheté en cadeau aux Klaxons et qui a une voiture-télécommande)



JNSPUF! : Pour finir, est-ce que vous pensez qu’il y a une forme de nouvelle scène qui se développe en ce moment à Londres ou en tout cas des nouveaux groupes que vous aimeriez partager ?


Dom : Il y a énormément de groupes qui sont en train de monter en ce moment à Londres un peu tous au même moment, et comme on peut plus vraiment faire de distinction de genres, j’imagine que c’est ce qu’on appelle maintenant une scène, tous ces nouveaux groupes. 


Simon : On fait pas la même chose qu’eux, mais on connaît bien New Young Pony Club, Good Shoes et Mystery Jets notamment. On les aime beaucoup, mais c’est vrai que leur public et le nôtre sont un peu différents. Récemment on a fait une tournée avec Egyptian Hip Hop et c’était vraiment génial, parce que leur musique a l’air d’être assez proche de ce qui plaît à notre public et vice versa.


JNSPUF! : On dit pourtant que le public de Londres et celui de Manchester ont un peu de mal à se mélanger.


Simon : Les journalistes disent beaucoup de choses, ils aimeraient bien séparer le Nord du Sud, nous faire nous détester.


Gary : Les journalistes aiment penser que tous les groupes d’une ville détestent ceux qui ne sont pas de la même ville qu’eux. Ils trouvent ça peut être plus intéressant.


Simon : Ca marchait bien à l’époque de la britpop, le combat Blur/Oasis, c’était très vendeur, mais la vérité c’est qu’on fait pas de la musique genre (imitation intranscriptible de l’accent londonien) et eux (imitation intranscriptible de l’accent mancunien). On fait pas de la musique instrinsèquement londonienne et eux ne font pas de musique intrinsèquement mancunienne.

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