La tête et les jambes.

On dit souvent qu’une tendance musicale poussée à l’extrême annonce toujours la tendance inverse.Les années 90 ont amené leur lot de grosses guitares distordues et rageuses, et les années 2000 ont vu se développer un sous-genre au départ ironique : le math-rock. Oui je sais, je vous en ai déjà parlé à l’occasion de l’album de Battles, mais en vrai c’est juste que j’écoute l’EP des parisiens de Sarah W. Papsun en boucle en ce moment. Et déjà qu’à l’écoute de Furs j’avais eu envie d’écrire cet article, cet EP m’a véritablement donné envie de vous parler un peu de l’influence de Foals aujourd’hui.

Assez sous-estimé dans son ensemble (aux Etats-Unis notamment), car à mi-chemin entre le post-punk et le math-rock plus radical, Foals représente pourtant une nouvelle idée du rock indépendant. La question de base est simple : comment faire du rock aujourd’hui quand on trouve des musées du rock, des Guitar Hero à la pelle et quand les guitares saturées sont monnaies courantes, y compris dans les pubs les plus dégueulasses ?L’origine du succès de Foals me semble être tout simplement d’avoir pu répondre à cette question et combler ce vide. Sans doute un peu involontairement, mais avec un brio certain, le groupe est parvenu de cette manière à influencer toute une poignée de groupes français, autant séduit par le son particulier que par l’univers quasi-surréaliste des petits chevaux, alternative sans doute assez crédible au branleur-rockeur-poseur, difficilement tenable aujourd’hui. Comme le disait je sais plus très bien qui, «C’est plus du tout cool aujourd’hui d’être rock et de faire des conneries, ce qui est cool c’est d’être vraiment bon.»

J’accorde sans doute beaucoup d’importance, peut être même trop, à un groupe comme Foals, mais il me semble que je ne suis pas le seul lorsque j’entend les premières notes de Bye Bye Teacher. De Quadricolor aux Popopopops, il est clair qu’Oxford fait rêver depuis Antidotes (et peut être même depuis The Edmund Fitzgerald, le groupe pré-Foals).

Le truc c’est aussi que Foals est un groupe tellement identifiable qu’il suffit de caler des notes de guitares aiguës jouées staccato sur un rythme une croche deux croches et hop ça ne manque pas : «Ca fait penser à Foals». Oui ça fait penser à Foals, mais est-ce que d’autres groupes peuvent réutiliser ces éléments en parvenant à s’en détacher ? En écoutant l’EP entier des parisiens, on se dit que oui. Dans un sens, le fait d’être en présence d’autant d’éléments connus force l’oreille à écouter les différences : constructions d’avantage fragmentées, utilisation de samples vocaux, voix  sans doute plus apaisée. Apparemment taillé pour le live, où ils ne jouent qu’un seul [long] morceau, les parisiens gagnent à être connus, autant pour danser que pour apprécier la beauté mathématique de leurs morceaux. La tête et les jambes tout ça, tout ça.