Time To Be Born Again.

Et puisqu’on va finir par croire que 2011 c’est vraiment pas la crise du disque, à la longue liste des sorties de l’année s’ajoute le retour des californiens de The Dodos.

Petit rappel: les Américains avaient sorti en 2008 un excellent et inclassable premier album, Visiter, un petit chef d’oeuvre de folk psyché bancale, avec guitares mal accordées qui grincent, percussions qui s’emballent sur des rythmes inventifs et chant lumineux. Le deuxième album était plus homogène mais sans doute un peu moins réussi, la faute d’une production trop lisse et méticuleuse qui avait troqué les Dodos brut de décoffrage contre un modèle plus sage, façon Fleet Foxes. Et si le songwriting était toujours impeccable, le lissage faisait indéniablement perdre du charme à ce très bon groupe.
Les voici donc de retour avec leur premier producteur (oui!) pour l’album No Color. Non seulement on est satisfaits de ré-entendre les guitares buzzer de partout, mais on est également soulagés de constater que ce nouvel album marque malgré tout une véritable évolution du groupe. Black Night ouvre à ce titre l’album de la meilleure manière qui soit puisqu’on peut déjà se dire que la chanson fera indéniablement partie d’un classement futur qui répertorie les meilleures chansons de l’année (au pif comme ça sans rien révéler du tout). On retrouve sur cette ouverture tout ce qui nous avait séduit à la base, l’esprit néo-psyché fait de guitares et de percussions qui réveillent les voisins.
Les Dodos innovent néanmoins sur ce nouvel album par un changement tout simple mais qui peux bien souvent faire la différence : la distorsion. Oui, les Dodos nous refont le coup de Bob Dylan en 1965 et électrisent leur folk sur ce troisième album, ce qui est bien plus surprenant que cela en a l’air pour les habitués de la rugosité très accoustique de l’ex-duo (une rugosité qui leur permet de faire tout un tas de merveilleux concerts à emporter notamment). Ex-duo car, autre innovation intéressante, une voix féminine et une deuxième guitare viennent s’immiscer dans le duo et ajoute de la complexité au moulin autrefois un tantinet binaire des Californiens. Dernières innovations notoires, l’utilisation de cordes subtiles et d’un marimba qui se fait sa place sur l’excellente Hunting Season.
Si l’album perd donc de son côté brut et rugueux, il le perd d’une bien meilleure manière que le deuxième opus. Il y a quelque chose d’extrêmement fascinant chez les Dodos à les observer créer du beau avec du moche. Pour expliquer la chose, on peut se référer à Compagnions, qui commence comme du bon Visiter, puis mue en quelque chose de supérieur, une vraie chanson pop déglinguée qui possède des mélodies d’une richesse incomparable et une grâce quasi-mystique très rarement atteinte par les Dodos auparavant (The Season présente sur le premier opus peut malgré tout rivaliser)
Et si toutes les chansons ne s’en sortent pas aussi bien que les sus-mentionnées, on ne peut que saluer ce retour qui augure de très bonnes choses pour la suite de leur discographie.