"Will you marry me?" vs. Cocker larmoyant

C’est un peu le sujet qui fâche depuis quelques mois, le point Godwin musical de l’année: Lana Del Rey. On l’aime, on l’aime pas, on l’adoube ou on la jette aux orties, en tout cas elle ne laisse personne indifférent. À JNSPUF! comme on est jamais d’accord sur rien, on a bien évidemment trouvé en Lizzie Grant un nouveau sujet de querelle courtoise. Alors pour ou contre?
POUR – Greenwood

On ne peut pas foncièrement être contre le principe Lana Del Rey (conf la photo)… Au-delà de la musique, Lana Del Rey c’est un personnage imaginaire que s’est créé Lizzy Grant. Avec Born to Die, Lizzy a tracé un trait sur son passé en adoptant définitivement le pseudonyme qui avait donné son nom au premier album. Au final, la transformation est plus que réussie (je ne parle pas des lèvres, je laisse chacun juger…).

L’album de Lizzy Grant est sorti discrètement en 2010, quand à l’automne 2011, Lana Del Rey rendait fou la moitié de la planète internet avec une seule chanson vue des millions de fois sur YouTube. Video Games c’est le premier pas vers la lumière, la chanson au demeurant pas franchement extraordinaire a eu le mérite d’intriguer et surtout de nous faire découvrir cette voix. Car en plus d’un personnage, Lana Del Rey c’est une voix… wouhaou. On la devinait sur son premier album, la production impeccable de Born to Die la révèle au grand jour, suave, soupirante, grave, ensorcelante.

Après Video Games sont sorties Blue Jeans et Born to Die qui sont par contre deux très bonnes chansons. C’est le moment où je suis passé de sceptique à sous le charme. Savamment entretenu, le phénomène ne nous laissait que ces trois titres à écouter en boucle en attentant la sortie du supposé Saint-Graal. En attendant, elle se plantait royalement au SNL… et tout le monde commençait à lui tomber dessus: elle devenait de moins en moins hype… C’est sûrement à ce moment là que le “syndrome Coldplay” (celui qui me fait défendre le mainstream) s’est emparé de moi et m’a transformé en ardent partisan de Lana.

Et puis l’album est arrivé en janvier, déjà désigné comme le phénomène de l’année avant sa sortie, on pouvait enfin découvrir la suite. Au final et malgré toute l’attente qu’il a suscité, Born to Die tient plutôt bien la route. Il est surtout très bien produit, propre, tout est fait (et bien fait) pour mettre la voix de Lana Del Rey en avant. Difficile pour autant de définir un genre tant les mélodies pop sont brillamment arrangées à la sauce HipHop, dans tous les cas “ça sonne Lana Del Rey”. Aux déjà célèbres Born to Die et Blue Jeans viennent s’ajouter quelques perles comme Summertime Sadness ou la très dramatique Dark Paradise. L’album regorge de mélodies charmantes ou ensorcelantes, de sorte qu’il n’y a pas vraiment de chanson faible, ni pour autant d’énorme surprise. Ce n’est pas l’album de l’année, mais on en retiendra de jolis morceaux et mieux on n’en sortira pas frustré après cette attente interminable… Alors est-ce un feu de paille? Lizzy affirme qu’elle a déjà le matériel pour faire plusieurs albums. Restera-t-elle Lana Del Rey ou créera-t-elle un nouveau personnage tout aussi intriguant?

CONTRE – Cassius
Je pense qu’on a plus ou moins tous commencé un peu sceptique à l’écoute de Lana Del Rey. Il faut dire qu’on te vend d’emblée le truc comme un joli coup marketing puis comme une artiste fragile voire faiblarde en live. Les vétérans du buzz Youtube en savent quelque chose : il faut assurer au delà d’un joli clip un peu retro, sinon tu retombes bien vite dans les limbes de l’Internet ou tu finis par devenir ridicule (OK Go a touché le fond à ce niveau là). Alors bien sûr quand Lana Del Rey sort un album de 15 morceaux, mon sourcil interrogateur et moi, on reprend du service.

Au contraire de Greenwood, je trouve pour commencer que la production de ce disque est sacrément lourdingue, et même complètement kitsch. C’est voulu, assumé, revendiqué, l’idéal pour faire du ‘hollywood sadcore’. Le léger problème, c’est que ça devient complètement indigeste au bout d’un moment, et par la même occasion, il devient difficile de juger de la qualité des chansons qui sont présentées.

Ce n’est finalement pas très surprenant que cet album ne me plaise pas. Une gosse de riche aussi larmoyante qu’un cocker (le side-effect d’une trop longue exposition à des violons synthétisés) qui me parle de paillettes et de rêve américain, ça me fait d’habitude moins rêver que les promotions à Lidl. Alors oui certaines chansons sont bien écrites et la voix est très plaisante (même si Anna Calvi a fait bien mieux l’an dernier) mais un truc comme This Is What Makes Us Girls ne peut pas décemment trouver sa place dans mon univers musical.

En vérité, le truc vraiment intéressant dans l’histoire, c’est comment j’ai pu croire qu’un disque comme celui-ci allait me plaire. Ne suis-je qu’un être faible et influençable qui pense pouvoir aimer tout ce qui fait le buzz? Car peu importe le style, la production, le message véhiculé ou l’univers de l’artiste, il s’avère que Born To Die et Summertime Sadness restent des chansons que j’aime écouter. Ca m’inquiète un peu, mais c’est comme ça. Peut être est-ce cette confusion entre icône indie et chanteuse mainstream qui m’a fait hésiter quelque temps, confusion qui serait la source des nombreuses déceptions autour de l’album. Lana Del Rey suivrait alors le schéma classique de progression en trois temps: 1. indie: inconnue ou adulée 2. mindie: plus connu ou décevant 3. mainstream: adulé ou détesté.

Mais peut être aussi que Lana Del Rey énerve car elle préfigure tout simplement la fin de cette distinction mainstream/indie, un peu comme pourrait le faire à sa manière le français Woodkid. Et si j’ai tendance à penser que pour plaire à tout le monde, il faut faire des compromis, peut être que pour une fois ce n’est pas le cas et peut être que dans 10 ans, on en aura plus rien à foutre de ce genre de trahison de l’indie-cred.


Le désastre au Saturday Night Live…