Grands Breton.

Il est enfin là. Depuis le temps qu’on vous casse les c parle du collectif multimédia Breton, on a enfin leur premier album, Other People’s Problems, entre les mains. Etait-ce alors vraiment la peine de faire autant chier d’articles pour vous en parler ?

La réponse est: oui. Déjà parce que Other People’s Problems pourrait déjà figurer dans mon top de fin d’année. Si vite, parce qu’il y avait assez peu de chances d’être déçu à l’écoute du disque, et parce que Breton est un groupe talentueux, inventif et différent. Les trois morceaux qu’il nous avait été donné d’entendre (The Commission déjà présent sur l’EP Sharing Notes et les deux singles parus précédemment Edward The Confessor et Interference) laissait déjà présager d’excellentes choses.

Posons d’emblée les choses telles qu’elles sont, peu de personnes décident de former un groupe pour accompagner des vidéos, d’ordinaire c’est plutôt l’inverse. Si peu de gens le font, c’est sans doute que cela est une idée a) risquée ou b) pauvre musicalement. Pour Breton, comme dirait Depeche Mode, WRONG.

Breton ressemble à Foals dans la façon de s’affranchir intelligemment des genres musicaux, mais le collectif lorgne bien moins du côté du post-punk nerveux que du hip-hop rêche et revêche, soulignant parfois par ailleurs d’étranges accointances avec les types chelou de These New Puritans (Oxides). L’utilisation fréquente de samples distordus ou plus classiques (harpes et violons) donne un caractère unique à la musique des Londoniens et fait de Pacemaker, Governing Correctly ou Interference des représentants parfaits et géniaux de tout ce qu’il y a de bien à écouter Breton.

Mais lorsque leur musique adopte des pulsations plus binaires et un style plus énervé, Breton livre tout simplement leurs meilleurs morceaux à mon humble avis. Les détours par un style qui m’est moins familier (oui le hip-hop j’avoue je suis pas très gangsta comme mec) ne font que renforcer la force et l’originalité des deux morceaux que j’écoute en boucle sans parvenir à m’en lasser, Wood and Plastic et Jostle.

Si le premier est relativement direct, il n’en reste pas moins extrêmement subtil et incroyable de complexité. Un clavier samplé trituré, des violons légers et tourbillonnants, ainsi qu’une guitare afro-pop entourent un chorus parfait. Quand au deuxième, il use d’une petite mélodie simpliste au synthé pour multiplier constructions à tiroirs (deux parties deux sous parties) et emmener la chanson vers un refrain épique. Jostle pourrait être la fin triomphale de cet excellent album s’il n’y avait pas ce point d’interrogation pour clore le tout, le titre The Commission. Un titre qui revient  paradoxalement sur le passé de Breton mais ouvre sur leur futur. En dénotant par rapport au reste de l’album avec ce morceau d’abstract hip-hop à l’ambiance très cinématographique, le message est clair : sortir un premier album ambitieux et très, très bon, c’est bien mais Breton est loin de se contenter de si peu.