Spirits Danced around Indian Campfire & Sung their Feels about Strawberry Pavillion.

Légèrement impatient à l’idée d’entendre enfin le successeur de Merriweather Post Pavillion, j’ai eu l’idée de me replonger plus activement que je n’avais pu le faire par le passé dans la discographie d’Animal Collective. Car les New-Yorkais ont certes eu la chance de rencontrer un succès plus large avec leur dernier album mais le reste de leur discographie vaut également largement de figurer sur ce blog.

 

Un petit point statistique tout d’abord: Animal Collective -sous ses diverses configurations- a sorti 9 albums, 4 EP et 20 side-projects liés de près ou de loin au groupe. Tâchons donc déjà de faire le tour des albums studio et on verra un autre jour pour les quelques giga de musique qu’il me reste à découvrir.

1/ Spirit They’re Gone, Spirit They Vanished


Le 1er janvier 2000, alors que la majorité des gens se demandent si la Terre a survécu au fameux bug (la plus vaste blague du dernier millénaire), Animal Collective alors constitué d’Avey Tare & Panda Bear publient Spirit They’re Gone, Spirit They Vanished. On loue à l’époque les deux ados qui parviennent à retrouver une insouciance enfantine et l’inscrire dans une démarche artistique relativement glauque (disons les choses telles qu’elles sont). On compare même ce premier disque au Grateful Dead et aux Pink Floyd. Soit. Mais ce que j’estime le plus dans ce disque, c’est qu’il pose clairement les bases du projet Animal Collective à savoir tenter d’accéder cet état primitif où la frontière entre ce qui est beau et ce qui est moche est floue. Un état irrationnel où seul compte l’euphorie du moment. Spirit They’ve Vanished annonce d’emblée cette idée force et associe agressivité et harmonie. La vraie réussite de cet album reste cependant l’excellente Chocolate Girl qui traduit parfaitement l’atmosphère à la fois enfantine et menaçante du disque, mais April and The Phantom ou Penn Dreadfuls sont également impressionnantes de maîtrise et de complexité.

2/ Danse Manatee

Car il faut noter qu’Animal Collective est un groupe extrêmement talentueux qui met ce talent au service de son projet de départ. Et c’est parce que ce groupe est talentueux que Danse Manatee est à mon sens un ratage, une ‘régression’ vers du bruitisme pur, bien moins intéressant que leur premier album. On pourrait citer Essplode qui sauve un peu le tout, mais Danse Manatee est l’album qui pourrait donner raison aux détracteurs du groupe, en ce sens qu’il s’agit là d’une expérimentation abstraite et en aucun cas un disque à écouter d’un bout à l’autre.

3/ Hollinndagain

Mais il me semble qu’en vérité, Danse Manatee est essentiel dans la construction du groupe qui ne commence à se bâtir qu’à partir de cet album (le premier étant l’oeuvre d’Avey Tare et Panda Bear seulement). Du complètement étrange et inaudible, les New-Yorkais évolueront un peu plus à chaque disque vers un format plus équilibré pour parvenir à Merriweather Post Pavillion, grand disque à la fois pop et intransigeant. L’étape 2 de la construction, c’est Hollinndagain, un live si je ne m’abuse, qui contient des chansons de plus de 10 minutes et des créations sonores qui ont plus à voir avec l’art   contemporain que la musique. Ce disque est le reflet d’un groupe fasciné par la manière d’approcher les sons pour en faire des fresques parfois – souvent ici – abstraites. On y trouve quelques morceaux plus intéressants que le précédent, mais soyons honnêtes, si j’avais eu l’occasion d’assister aux sessions d’enregistrement de ce ‘live’, j’aurais sans doute fui en courant. Je suis pas encore assez avant-gardiste je pense.

4/ Campfire Songs

La troisième étape est Campfire Songs, un album qui introduit un élément nouveau au sein du groupe : du folk. C’est à partir de ce moment qu’Animal Collective cesse de devenir un groupe intéressant pour devenir carrément passionnant. Car jusqu’à présent, les albums étaient marqués de bruits saturés, de claviers nombreux, mais les guitares acoustiques restaient pour le moins en retrait. Elles dominent ici sur un disque qui rappelle leur goût pour le psychédélisme (les bruits de pluie et de nature ça aide c’est sur). Et pour une fois, les New-Yorkais publient un disque qui est ce dont il a l’air, un excellent recueil de chansons à jouer près du feu, avec du LSD bien sur. Doggy est sans doute ma préférée.

5/ Here Comes The Indian

Here Comes The Indian explore lui un autre versant du psychédélisme, un tribalisme bien plus violent que les – relativement – innocentes chansons de l’album précédent. Plus rien à foutre de réveiller les voisins, il faut crier pour faire tomber la pluie ou faire entrer la lumière. Peu importe si c’est affreux (Hey Light), bizarre (Native Belle), l’important c’est l’euphorie vous dis-je. Assez radical aux premières écoutes, j’adhère finalement à cet album qui s’avère vraiment hors-norme pour le coup.

6/ Sung Tongs

Fort de toutes ces expérimentations passées, Animal Collective commence dès lors à synthétiser le tout. Sur Sung Tongs, on retrouve donc du bruit, des cris, des guitares acoustiques et des rythmes fous, mais surtout une exploration plus approfondie de l’enfance comme refuge et protection d’un monde inquiétant. Who Could Win A Rabbit (et son clip très flippant) illustre bien cela.

7/ Feels

Animal Collective se lance ensuite dans son trio gagnant, les trois albums qui font d’eux l’un des groupes expérimentaux les plus accessibles. Continuant la synthèse et abandonnant en partie le folk rugueux au profit d’un son plus lisse (les prémices de l’aquatique Merriweather), ils publient tout d’abord l’excellent Feels. Pourquoi excellent ? Parce que Feels parvient à allier l’expertise mélodique de Sung Tongs et les prouesses soniques de Spirit They Vanished (sur Grass notamment). Le tout en créant cette atmosphère distincte qui est aujourd’hui ce qui permet d’identifier Animal Collective. Une atmosphère euphorique et nostalgique, un habile et étrange mélange hanté toujours de mélodies enfantines. Feels est un véritable chef d’oeuvre sur lequel on trouve deux des meilleures chansons du group, The Purple Bottle et Banshee Beat.

8/ Strawberry Jam

 

Difficile de prévoir le coup d’après chez Animal Collective et Strawberry Jam ne fait pas exception à la règle. On pouvait difficilement imaginer que les New-Yorkais allaient développer sur ce disque un son plus électronique que tout le reste de leur discographie passée. Et pourtant, en gardant ces mélodies immédiates et ce côté quasi-naïf primitif, Peacebone ouvre le disque et démontre qu’encore une fois, Animal Collective fait mieux et différent à partir des mêmes idées. J’ai tendance à préférer Feels pour ces tonalités que je trouve plus intéressantes, mais Strawberry Jam est sans doute plus riche et diversifié soniquement parlant. Derek clôture l’album sur une belle balade mutante (une comptine enfantine qui explose en gros) qui annonce déjà Merriweather Post Pavillion.

9/ Merriweather Post Pavillion

Finalement, Animal Collective publie l’album de l’année 2009 de Pitchfork, un énorme buzz justifié pour ce véritable chef d’oeuvre, intemporel, cohérent et varié. On y retrouve l’univers musical patiemment construit au fil des années mais également un approfondissement de l’électronique et du chant mélodique. Merriweather Post Pavillion est réussi car il parvient à faire passer des expérimentations sonores en message pop. Passer 3 minutes sur un accord, c’était bizarre sur leurs disques précédents, mais sur Brothersport on s’en rend presque pas compte. Ce sens de la synthèse est tellement impressionnant sur ce dernier album qu’il me semble pouvoir dire que l’univers du groupe pourrait pratiquement se résumer dans les 5 minutes 22 secondes d’In The Flowers. Une ouverture qui use de l’électronique pour créer une mélodie stridente et de rythmes tribaux dans le but de valoriser cette (fameuse) atmosphère mi-joyeuse mi-étrange. My Girls et Summertime Clothes étonnent car on ne s’attendait franchement pas à ce qu’Animal Collective sortent des tubes, mais c’est bien de ça dont il est question ici : une mélodie parfaite posée sur une structure simple mais pas simpliste. Et bien sur pour tous les amateurs de polyrythmie bizarre dont les New-Yorkais ont le secret, il y a toujours l’excellente Lion in a Coma ou Guy’s Eyes.

Au final, on pourra louer leur inventivité absolue et leur faculté à se renouveler sans cesse, mais ce qui me frappe le plus à l’écoute de tous ces albums c’est la cohérence générale de leur aventure musicale, traversée de manière différente mais sans que cela détonne particulièrement par les thématiques du tribalisme, de l’enfance ou l’imaginaire, des thématiques par ailleurs propices au développement de leur néo-psychédélisme.

En bonus: Animal Collective pour les nuls.