Homme-orchestre.

Revoir It Might Get Loud la semaine dernière, c’était ma petite manière de me préparer à écouter le disque solo de Jack White, Blunderbuss. Oui j’avais besoin de me préparer, je sais pas pourquoi, ça me fait toujours un peu flipper les disques solo, j’imagine toujours qu’il va y avoir besoin de combler un manque ou qu’on va se taper des délires mégalo d’homme orchestre qui retrouve sa liberté et en profite pour faire n’importe quoi. Et puis quand quelqu’un sort un disque solo, j’ai toujours un peu de pitié pour le groupe dont est issu le soliste.

Bon ça bien sûr c’est la théorie, parce que Jack White il fonctionne pas exactement comme ça. Dans tous les supergroupes dont il a fait parti (White Stripes, Raconteurs et Dead Weather), c’était un peu lui le héros du truc déjà. Jack White c’est un peu le Batman de la ligue des justiciers (ou Iron Man si vous avez récemment regardé the Avengers) qui écrase Superman-le-gominé-pleurnichard à la guitare, au piano, au chant et même à la batterie. Même dans les White Stripes, le duo était quand même franchement différent niveau charisme. Elle était sympa Meg mais bon pas la peine de chercher la raison du split hyper loin non plus.

Donc Blunderbuss. Pas la surprise du siècle pour qui connaît un minimum l’univers de Jack White empreint de blues, bluegrass et autre rhythm’n’blues. Et si toutes ces références ne sont pas votre tasse de thé ou ne vous parlent absolument pas, vous pouvez faire comme moi et écouter quand même. Ce qui est plaisant ici, c’est que Jack White joue la carte de la diversité et peaufine son songwriting tout en explorant les dites influences. On ouvre donc l’album sur Missing Pieces, un morceau très 60s, orgue pseudo-Hammond oblige, avant de passer par un single relativement White Stripes (Sixteen Saltines) puis d’enchaîner ballades et morceaux plus directs en différentes tonalités ou tempo. C’est vaste donc, mais c’est bien.

Pourquoi c’est bien? Parce que Jack White sort de son chapeau le duo gagnant  qui est number 1. son jeu de guitare inimitable plus proche de la griffure que de la caresse et number 2. sa gouaille parfois limite hip-hop qui fonctionne sur à peu près tous les styles (c’est énervant d’ailleurs). Mais pourquoi c’est vraiment bien me demandez vous? Comme vous êtes curieux dites donc. Et bien parce que Jack White a également la bonne idée d’adjoindre à cette recette magique qui fait les meilleurs morceaux de l’album (Freedom at 21, I’m Shakin’ si vous voulez des noms) quelques expérimentations amusantes : choeurs gospels, sons relativement peu communs ou encore esprit alt-country qui plane sur certains morceaux.

Mais loin de patauger façon Route du Rock été dans la grande gadoue des bricolages et des influences, Jack White rassemble le tout et se l’approprie de façon diverse mais cohérente. Il semble même avoir trouvé désormais un vrai équilibre entre piano et guitare, et c’est en ce sens qu’on peut dire que Blunderbuss réussit finalement extrêmement bien la synthèse de tout ses projets.

Je parlais tout à l’heure de ma hantise du délire mégalo d’homme-orchestre, je me rend compte que c’est une crainte relativement infondée. Car Jack White c’est clairement lui l’homme-orchestre, et Blunderbuss, c’est ce genre de délire, mais en bien.