Brillantissimes à l’écrit / Recalés à l’oral

Quand on a vu que Alt-J étaient programmés au Festival Fnac Live à l’Hôtel de Ville de Paris, on ne s’est pas posé 36 questions… An Awesome Wave est un album extraordinaire (le meilleur de l’année à mon avis) et tout ce qui va être dit par la suite ne remet rien de tout cela en cause. Alt-J a réussi à créer quelque chose de nouveau, un son qui ne ressemble pas à grand chose, d’une force rare, d’une délicatesse poignante, d’une simplicité désarmante. C’est propre, c’est super pro, c’est tout simplement bluffant de A à Z en passant par J et ∆… Totalement mystique, entêtant, impossible d’arrêter d’écouter et d’aimer cet album, impossible de sélectionner UNE meilleure chanson. Si vous ne connaissez pas encore les Anglais de Leeds, foncez tête baissée (pourtant on en avait parlé ici en très bien alors pas d’excuse).

“Alt-J live gratuit à Paris”, ces quelques mots devaient suffire à me faire passer la soirée sur la capitale. Après avoir réalisé que le live allait durer 30 minutes (la faute à une seule scène) et qu’il allait être noyé dans une nuée de concerts plus ou moins digestes (la moitié de la foule était là pour Revolver…), je commençais déjà à leur trouver des excuses… Mais bon, tout rejeter sur un public de badauds, typique du festival gratuit (en même temps y’a pas grand monde qui connaît Alt-J… “Halte quoi?”) ou sur une sono en carton pendant leur live ne serait pas fair-play.

Les Alt-J ne sont pas encore rodés en live, on ne retrouve pas cette force primale qui habite les morceaux de l’album. Ils sont tout jeunots, tout penauds, gênés. Heureusement, l’un d’eux parle français. D’ailleurs il se rend compte que tout n’est pas au point, sa voix (aiguë) prend le dessus sur celle du chanteur, on est pas loin de la fausse note par moments… Seul le batteur surnage, mais il semble jouer tout seul, isolé sur le côté droit de la scène, bien en mal pour aider ses petits copains alors que le bassiste a les yeux rivés sur son instrument, plus timide que possédé… Tout manque cruellement de puissance. Un Matilda emprunté, un Tessellate en demie-teinte, un Taro aux oubliettes et un peu plus d’entrain pour le Breezeblocks final, seul moment où on arrête d’avoir peur pour eux…

On est resté pour Revolver (pas de mauvais jeu de mots suicidaires… C’était… gentil?) et puis pour Dominique A qui a montré le gouffre de maturité qui sépare un Papa du rock du groupe de Leeds… On espère que d’ici la Route du Rock ils auront pris un peu de bouteille et qu’ils bénéficieront de plus de temps pour exprimer un génie un peu trop fragile encore.