“Ça peut se terminer dans 6 mois, rien à faire, c’est cool maintenant.”

Il y a quelques mois de cela, Breton est passé en concert à Nantes, l’occasion de discuter musique et de jouer au foot avec les membres du groupe. Roman, le chanteur et compositeur a eu la gentillesse de répondre à nos questions. En français en plus, grosse classe. Un Roman très gentil nous accueille et n’arrête jamais de nous servir des verres, on s’étonnera même du grand éléphant posté devant la salle, il s’en passe des choses exotiques à Nantes. Nous aurons toujours plaisir à deviner que les groupes que l’on aime un petit plus que les autres sont très sympathiques et humains. Je suppose qu’il est inutile de préciser que le concert était super ?

JNSPUF! : Bonjour Roman !

Roman : Salut !

JNSPUF! : Bien pour commencer est-ce que tu pourrais me présenter chaque membre du groupe et me dire pourquoi ils sont importants dans Breton ?

Roman : Adam est le batteur, il est très sérieux et très précis pour la musique. Il s’occupe de tous les détails techniques et pratiques, il choisit la setlist notamment. Il fait aussi beaucoup de graphisme, il s’est occupé des t-shirts, de l’artwork de l’album. Ian est très fort pour apprendre une mélodie en 2 secondes, et la rejouer aussi rapidement, c’est incroyable. Ryan c’est un geek, il a 20 ans, il connaît tous les trucs du web, il gère la projection des visuels notamment.

JNSPUF! : Comment se passe la composition de vos morceaux ?

Roman : C’est toujours moi qui écrit les chansons et qui les joue aux autres, ensuite soit ils aiment soit ils détestent, c’est un genre de comité qui décide des chansons qu’on travaille ensuite en studio ou en répétition.  On compose souvent la musique autour de la vidéo et parfois l’inverse, mais il y a toujours un lien entre les deux.

JNSPUF! : Vos premiers EPs constituaient-ils une sorte de test pour expérimenter librement avant la parution de votre premier album, Other People’s Problems ?

Roman : Oui c’est sur et c’est quelque chose qu’on a fait consciemment parce qu’on voulait garder notre liberté de faire des chansons rapides ou lentes, et tester les différents tempos du hip hop notamment.

JNSPUF! : Votre laboratoire est-il un lieu important pour votre identité en tant que groupe ou un simple point d’attache parmi d’autres ?

Roman : Le LABS c’est vraiment le lieu le plus important pour nous, c’est un cube, un espace qui nous définit vraiment. C’est plus que notre logo, maintenant je suis le seul à habiter là bas, mais on a tout vécu dans cet endroit, pendant notre tournée on reste là bas et on enregistre beaucoup de choses là bas.

JNSPUF! : Dans le studio de Sigur Ros aussi j’imagine ?

Roman : Oui. On avait besoin de s’éloigner du lab, parce que c’est cool d’avoir ce lieu hyper marqué et protecteur, mais il faut savoir s’ouvrir un peu.

JNSPUF! : Votre musique est très personnelle et mélange beaucoup les genres, des groupes vous influencent plus particulièrement ?

Roman : Je suis influencé par beaucoup de choses, Talking Heads m’ont appris qu’il est possible de former un groupe seulement à partir d’idées pour commencer. Il n’y a pas besoin de jouer super bien, ni d’avoir un style bien défini. Ce qui intéressant c’est pas le grand “masterplan” mais la manière dont les musiciens se combinent et proposent des choses.

JNSPUF! : D’où vient votre fascination pour André Breton ?

Roman : Adam étudie la littérature, et il nous amène beaucoup d’idées et de livres intéressants. André Breton et les surréalistes pratiquaient en fait pas mal le remixing, ils prenaient souvent des idées pour les remettre ensuite dans un autre contexte. Quand tu écris une chanson sur un ordinateur et que tu la joues ensuite avec des humains, tu changes un contexte et tu arrives quelque part imprévu. Tu n’essayes pas d’avoir une stratégie, c’est seulement ton imagination qui t’approche de certaines idées et t’éloignent d’autres idées.

JNSPUF! : Si tu pouvais lui dire quelque chose aujourd’hui, tu lui dirais quoi ?

Roman : Ce que j’aimais chez André Breton, c’était le manifeste qu’il a publié. Il a réussi à transformer un courant très compliqué et le rendre très accessible. C’était dans une moindre mesure un peu ce qu’on voulait faire avec le groupe, proposer une ouverture pop vers des choses plus compliquées.

JNSPUF! : Est-ce difficile de s’appeller Breton et de jouer en France ?

Roman : Non bien au contraire ! La France était le premier pays vers lequel on s’est exporté, c’est là où on a eu le plus de proposition de dates, très rapidement, bien avant l’Allemagne.

JNSPUF! : Comment est-ce que vous abordez les live au sein du groupe, est-ce que vous voyez ça d’une manière calme ou violente, vous essayez de créer un lien, une réaction du public ?

Roman : Dès que j’ai commencé à écouter de la musique quand j’avais 13 ans, ca m’a carrément fait tripper. c’est le détachement de la vie normale qui m’a le plus plu. J’ai vu des groupes qui ont joué et qui réussissaient vraiment à provoquer une “out of body experience”, un genre d’expérience mystique qui provoque une sensation de détachement du corps. Lorsque tu joues avec ton groupe et que ça se passe super bien, c’est comme prendre la meilleure drogue du monde. La musique d’aujourd’hui est tellement facile d’approche, tout est facile pour la découvrir, la partager, etc. Il ne reste plus que le live pour faire la différence, la plus vieille et la plus vitale. C’est cliché mais c’est une vraie connexion qu’on ne peut pas comprendre ni rationnaliser.

JNSPUF! : En concert, vous avez beaucoup d’instruments, claviers, programmation, effet de guitare, est-ce que vous décririez votre musique comme synthétique ? La frontière entre les groupes de rock instrumentaux et la musique électronique est-elle obsolète désormais ?

Roman : Je ne suis pas sûr qu’il y ait jamais eu de frontières pour les musiciens, mais je comprend que les journalistes et les fans aient besoin de catégoriser, la musique c’est quelque chose qui est impossible à décrire, c’est impossible de coucher sur le papier des impressions exactes qui viennent lorsque tu écoutes un groupe. Ceci dit, c’est très important de lire ce que les gens pensent d’un groupe, parce que si on te décrit un morceau d’une certaine manière, tu prends du recul sur ce morceau, et tu tentes de nouvelles choses la fois d’après.

JNSPUF! : Votre concert aux Transmusicales, c’était cool ?

Roman : Oui ! Ca a vraiment changé pas mal de choses pour nous de jouer en France d’abord, et pour ce festival là ensuite. On était pas trop connus à l’époque, l’album n’était pas sorti, et à notre retour, beaucoup de gens avaient vu ce concert, c’était assez incroyable ! J’en garde un excellent souvenir, on a vu énormément de groupes biens, Totally Enormous Extinct Dinosaurs notamment, c’était la boite de nuit la plus cool du monde !

JNSPUF! : Est-ce que vous auriez une anecdote de tournée à nous raconter  ?

Roman : Quand on était à Philadelphie, le chauffeur avait oublié de mettre le frein à main. On était arrêté en haut d’une colline, je sors du van, et je range mes affaires dans le van et là j’ai senti la porte sur mon bras et je me suis rendu compte que le van était en train de reculer, le mec sensé conduire était à côté de moi. On a tous essayé de l’arrêter mais c’était fermé, c’était comme dans une mauvaise comédie, mais on a bien flippé.

 JNSPUF! : Vous avez une vision assez spéciale de votre groupe, est-ce que cette entité pourra survivre au delà de votre musique ?

Roman : On ne veut pas du tout avoir l’air prétentieux avec cette histoire de collectif, c’est prétentieux je trouve de se prétendre “collectif”, mais notre projet de départ c’était vraiment ça, on prenait des photos, on écrivait, on faisait du design, des films et moi je faisais de la production musicale. Je n’ai jamais pensé qu’on pourrait faire une tournée ou quoi que ce soit, mais comme on a été approché par les labels, on est allé jusqu’au bout du truc. Quand une opportunité se présente, il faut servir l’album en quelque sorte, tu as de vraies responsabilités. La connexion que tu instaures t’engages. Mais on essaye de ne pas s’arrêter là et de continuer les autres parties du projets. On a entrepris de faire une retrospective de nos films par exemple. Les autres côtés marchent toujours mais vu que la musique est la partie qui a le mieux marché pour nous à un moment, on a choisi d’aller au bout de cette partie du projet et de s’engager.

JNSPUF! : Ton meilleur souvenir en tant que membre de Breton ?

Roman : Quand on a joué à Berlin, on est resté dans un hôtel à côté, c’était bizarre parce qu’on s’est rendu compte après que c’était quelque chose de vraiment important ce groupe qu’on a réussi à créer. Quand tu joues de la musique, que tu fais des films, ça t’amuse beaucoup, mais dans un coin de ta tête tu t’imagines toujours ce qui pourrait se passer si tu jouais devant des milliers de gens ou si tu postais une vidéo sur Youtube et qu’elle faisait des millions de vue. Mais je n’ai jamais pensé que c’était un métier ce que je faisais, quand je me réveille tous les jours, je suis heureux de faire ce que je fais. Berlin, tout était parfait, et c’est là que je me suis vraiment dit que c’était vraiment cool de jouer dans Breton. Ca peut se terminer dans 6 mois, rien à faire, c’est cool maintenant.

JNSPUF! : Vous avez joué avec les Popopopops pour un concert sur Paris, c’était bien ?

Roman : C’était très cool, ils s’en sortent vraiment bien je trouve, ils ont un bon équilibre dans leur musique. Elle est accessible et complexe en même temps, c’est vraiment chouette ! Vincent c’est mon pote en plus !

JNSPUF! : Une petite déclaration pour eux ?

Roman : “Continuez de faire ce que vous faites, vous avez quelque chose de vraiment intéressant, difficile à capter et à définir, mais de super cool !”

JNSPUF! : Et concernant l’avenir de Breton ?

Roman : Finir la tournée, écrire un autre album, tourner des films, ce genre de chose !

JNSPUF! : Ok merci beaucoup Roman ! A la prochaine !