Un air de fin d’été…

Le dernier weekend d’août a toujours un goût d’urgence. Comme souvent ces dernières années, on profitait encore un peu de l’été, allongés dans l’herbe du parc de Saint-Cloud, un kebab bien sec et une Kro’ coupée à l’eau au fond de l’estomac. On essayait d’oublier que bientôt on allait retrouver la pluie bretonne, en passant entre les gouttes et d’une scène à l’autre. Pour les 10 ans du festival, Rock en Seine nous réservait une très belle programmation souvent synonyme de très belle édition. Live Report.

On s’est longtemps demandé quel jour choisir, dans le doute on a pris le passe trois jours. Les considérations matérielles nous rattrapant, nous avons du nous nourrir de chips et de bière tiède, et cela dès le vendredi où se bousculaient en tête d’affiche Bloc Party, Sigur Ros et Placebo: journée poids-lourds. À peine le temps de prendre une averse sur la tête au son de la pop pastoralo-emphatique de Get Well Soon, que la journée était lancée par quelques chansons de The Shins. Très pros, les Américains ne nous empêchaient pas pourtant de nous échapper pour venir garnir les premiers rangs quelque peu surexcités de la Grande Scène. Bloc Party a qui nous avons taillés un costard il y a peu (voir ici) portait les attentes de tant d’années, qu’ils ne pouvaient que décevoir. Effectivement, cela ne prend vraiment que sur quelques vieux tubes des deux premiers albums, le choix de la setlist est un peu douteux pour un concert de 60 minutes: chaque chanson du dernier album éteignant la fragile étincelle parfois allumée par Positive Tension, Banquet ou même One More Chance. L’inévitable Helicopter nous faisait oublier tous nos malheurs quelques minutes. Remplis d’un sentiment d’inachevé, les Islandais volants de Sigur Ros allaient bien vite nous rasséréner. Magiques, féeriques, passons toutes les métaphores chaud-froid, grands tout simplement. Même à une distance respectable de la scène, Jonsi et ses extra-terrestres nous laissent bouche bée à coup d’archer+guitare, de voix diaphanes et d’envolées saturées. La voix nasillarde de Brian Molko nous réveillait bien vite, ses Placebo pour le moins efficaces nous rappelaient nos années collège/lycée. Pleins d’un plaisir un peu coupable, on apprécie beaucoup les vieux tubes Infra Red, Song To Say Goodbye, Meds ou Every You and Every Me. Étonnement rafraîchissant. Les C2C venaient conclure la journée: perclus de crampes, on finit allongés, la tête dans les étoiles, bercés par le show des DJ old-school Français.

 

Le samedi, apparemment moins alléchant, allait pourtant recevoir la palme de l’édition 2012, en grande partie décernée au vue de la présence des Black Keys en guise de bouquet final. C’était d’abord les Normands de Granville qui nous réjouissaient de leur pop charmante aux paroles d’une innocence parfois un peu caricaturale mais très globalement bienvenue. On est content d’être là, mais beaucoup moins qu’ils ne le sont eux-mêmes, agréable. Changement de programme avec Hyphen Hyphen, tout aussi heureux d’animer la scène de la Cascade mais beaucoup moins réservés. Tribale et convaincante, leur pop survoltée donne tout autant le sourire. Après les jeunes talents français, les vieux loups devaient se succéder en soirée. Les dEUS sont impeccables pour fêter leurs vingt ans de carrière, entre nouvelles chansons et déjà classiques: Instant Street ou encore un Bad Timing mémorable. Après des bonds sur les quelques bonnes chansons de Temper Trap on se dirigeait vers la Grande Scène pour voir le mauvais live de Noël Gallagher mais surtout se placer en vue des Black Keys. En bon fan de la dernière heure (on peut même parler de minute), on peut dire que je n’y connais rien aux Black Keys. Cependant, El Camino est fort à mon goût. Désormais plus souvent Rock que Blues, le duo de l’Ohio est peut-être devenu mainstream, peut bien remplir le Madison Square Garden en 15 minutes, il n’empêche que son dernier album est extra en live. N’ayant pas de précédent avec eux, je les trouve brillant, le public est divers, de tous âges mais conquis quand il s’agit de déclamer avec vigueur des refrains toujours imparables. Le temps fort du festival à coup sûr.

 

Dimanche et après une nuit épique qui nous a amené à marcher dans la banlieue ouest pendant deux heures pour retrouver notre lit, on décide d’y aller molo et de se réserver pour le tout meilleur de la journée. L’ambiance n’est de toute façon plus au rendez-vous, les T-shirt GreenDay et les lycéens aux cheveux sales trustent les pelouses du parc… Après une sieste bien méritée, et un coup d’oeil à des Stuck in the Sound très brouillons, on se dirige vers la nouvelle scène du festival pour Passion Pit. Comme on peut l’imaginer, les Américains sans être incroyables nous font sautiller allègrement au son des nombreux tubes de leur premier album et beaucoup moins nombreux de leur dernier opus. On s’en satisfait, voir Little Secret live constitue tout de même en soit un achèvement dans la vie d’un homme. Les Dandy Warhols semblaient tout indiqués pour nous permettre de savourer la dernière bière de l’édition sous un soleil éclatant, mais nous préférions ne pas nous attarder de peur de louper la moindre seconde du retour sur scène des immenses Grandaddy qui bientôt justifieront à merveille leur nom. Le public (pas tout jeune!) est ravi de revivre live les plus belles heures d’un groupe pas assez estimé alors que The Sophtware Slump est un monument à lui tout seul. Les Américains puisent d’ailleurs principalement dans leur chef-d’oeuvre, pour un concert mémorable. À peine le temps de d’apprécier la dance de Little Dragon (placés à quelques centimètres des Hyphen Hyphen!) que les Beach House accaparent le peu d’énergie qu’il nous reste. Aussi beau en vrai que sur disque, Victoria Legrand nous fait rêver l’espace d’une heure en clair-obscur et clôture cette édition du festival parisien. Joyeux Anniversaire! (GreenDay on a oublié d’y aller…).