Je prends pas mon vélo quand je vais au karting : l’interview des Juveniles

Voici l’article d’un converti qui était de prime abord un peu méfiant. Jeudi dernier nous passions la soirée dans l’un de nos bars préférés de Rennes avec les Juveniles, le rendez-vous fut fixé vers 22h30 alors que le bassiste de la formation, Christophe, nous rejoignait un peu plus tôt dans la soirée pour récupérer un clavier presque tout cassé polyphoniquement parlant qui venait de faire Lyon-Rennes avec une amie de la rédaction. On s’est donc retrouvés là avec Christophe et Thibaut des Juveniles, respectivement bassiste live et batteur de la formation, JS travaillant sur l’album à Reims avec Yuksek (si le disque est cool, on lui pardonnera son absence). Il y avait même Pierre, le précédent bassiste/claviériste de la formation et un guest totalement saoûl que Thibaut a tenté de shazamer en vain. Il est toujours sympathique d’être bien accueilli par des groupes que l’on apprécie ou écoute tous les jours, mais quand c’est au Melody Maker et avec des bières on frise quelque chose de terriblement chouette. Et comme dirait Christophe : “je prends pas mon steak haché et mon pinard quand je vais au restaurant” !

Tout d’abord, vous pouvez me présenter les membres du groupe et me dire pourquoi ils sont importants ? 

Thibaut : Ahah ok ! C’est la première fois qu’on me demande ça.

Christophe : Justement !

Thibaut : On va dire que l’on est dans une formule live, puisque Christophe est présent (d’habitude absent aux interviews, ndlr) et qui est le 3ème du groupe. Donc Christophe qui joue de la basse, qui joue aussi du MS10 et qui maintenant va jouer du Juno 106 (le clavier rapporté de Lyon, ndlr) !

Et pourquoi il est important dans le groupe ? 

Thibaut : (rires) Il est important parce que les jeunes veulent de plus en plus de basses, c’est ce qu’on veut entendre. Avant on avait un groupe avec Pierre qui est ici aussi, puisqu’on est dans notre fief le Melody Maker. On avait démarré le groupe à trois et puis Pierre s’est envolé pour d’autres projets de son côté, et Christophe a repris sa place en live.

Christophe : Et là on est toujours à la première personne.

Thibaut : Si nous restons sur le live c’est également Christophe qui balance les séquences. En fait c’est l’homme orchestre du groupe.

Christophe : Et oui c’est moi qui fais quasiment tout. Non plus sérieusement, dernièrement avec JS on a bossé sur toute la partie électronique du groupe pour qu’il puisse justement se détacher petit à petit de ça, être le véritable frontman. Jouer plus de guitare, communiquer avec le public entre les morceaux plutôt que de tourner des potards, c’est moi qui m’en occupe désormais.

Danser aussi… à Panoramas tu dansais pas mal ! 

Christophe :  Apparemment ouais, je me souviens avoir filé des cupcakes à des jolies filles au premier rang !

Thibaut : Voilà, c’est aussi pour ça qu’on l’a pris.

Christophe : Il y a Thibaut aussi ! C’est notre boîte à rythmes humaine, qui a ce côté très militaire dans sa façon de jouer et qui colle parfaitement à une esthétique électronique et nous donne le tempo (dit sur un ton fabuleux, ndlr). C’est le seul à aussi savoir véritablement ce qu’il se passe sur scène au niveau des bandes via un clip dans les oreilles. Même si je les lance, lui seul sait quand ça va partir.

Thibaut : Parce que j’ai pas le sens du rythme en fait… (rires)

Christophe : JS et moi c’est Thibaut que l’on suit tout le temps. C’est notre métronome, c’est lui qu’on souhaite le plus entendre.

(Questionnant Thibaut) C’est vrai qu’il y a une manière très martiale dans ton approche du jeu de batterie. 

Thibaut : Oui mais après on fait une musique qui est très binaire, raccrochée à la new wave des années 80 et toutes ces musiques synthétiques ou encore l’électro d’aujourd’hui.

Lors de votre premier concert au Bar’Hic (un bar de Rennes, ndlr), tu avais une boîte à rythmes sur deux ou trois morceaux si nos souvenirs restent exacts ? 

Thibaut : Ce qu’il y a sur des productions comme We Are Young ce sont à la fois de vraies parties de batterie et de la boîte à ryhtmes. J’intervenais à partir de la moitié du morceau, après c’est simplement une formule live qu’on avait testé, qui n’est pas actuelle mais on va continuer à bosser sur les sons synthétiques.

Christophe : On a envie de remettre des pads sur certains morceaux, essayer de créer des petites pauses et faire retomber la tension. Aussi envoyer des morceaux plus rock, qu’un fossé se créé avec un certain relief, qu’un rythme s’instaure. Même si un concert est bien tu peux te faire chier très vite et on va faire en sorte que ce ne soit pas le cas, si possible !

Thibaut : JS est important sinon parce qu’il est le chanteur du groupe, c’est tout de même le leader ! Il est compositeur principal des Juveniles, c’est le soliste, guitariste qui était le seul à avoir un 106 (clavier qui adore les voyages en train, ndlr pour les nuls). Christophe va désormais jouer quelques leads…

Christophe : Tu joues des leads toi peut-être ?! (rires)

Thibaut : Voilà la formation, le quatrième homme est Olivier avec qui tous les morceaux ont été mixés. Olivier est notre ingé son studio et live, il a une grosse main-mise sur l’esthétique sonore des Juveniles et est très important. S’il n’est pas là c’est Michel (qui mixe également les Popopopops et les Wankin’ Noodles), Mitch, Olive et Mitch un peu comme Starsky et Hutch (rires).

Christophe : C’est grâce à lui qu’on a plus de questions à se poser sur scène, il est vraiment très important. On a juste à jouer et on sait que ça va sonner, il est vraiment très très très fort.

La composition des morceaux se passe comment ? 

Thibaut : Le premier compositeur est JS qui produit même aussi à la base les morceaux. C’est comme un projet électro, la production intervient directement dans la composition. C’est donc JS en premier, puis au niveau de l’enregistrement je fais la drum, puis c’est encore JS qui fait une bonne partie du reste. Actuellement nous travaillons avec Yuksek, il planche sur le mixage des sons avec JS à Reims en ce moment. Le but étant de travailler toute la production, le mixage des morceaux, ça passe par des réenregistrements de sons de synthé, il a une collection assez incroyable. Il a tout ce qu’il faut, et le savoir-faire aussi pour arranger nos morceaux, ils font des voix aussi.

Tous vos morceaux sonnent électro-pop ou synth-pop si on souhaite donner une étiquette aux choses. C’était une envie que vous aviez dès le début ?

Thibaut : Non au départ on voulait faire du ska mais bon… (rires)

Pierre : Il n’y avait pas de style défini au début, il y avait un mec qui voulait faire un truc, un autre qui voulait faire autre chose et un troisième qui partait dans une autre direction.

Christophe : Après pour parler références d’un point de vue général sur les groupes, t’as toujours une envie au début qui sera détournée à un moment. Il y a un truc que tu as envie de réaliser, finalement tu y arrives jamais vraiment mais parfois tu tombes sur autre chose d’intéressant.

Entre le premier et le deuxième EP, il y a eu une énorme évolution non ? 

Pierre : Le premier EP était composé de cinq morceaux qui n’avaient rien à voir les uns avec les autres, ils résultaient individuellement des envies de chacun. On s’est dit qu’on avait des morceaux, qu’on allait tout enregistrer d’un bloc et les sortir vite. D’ailleurs quatre des cinq morceaux sont passés à la trappe. On se lance et on voit si ça prend ou pas : We are young était dans ces morceaux.

Christophe : On peut tirer vers les différents aspects des années 80, que ce soit des choses plus électroniques ou plus rock. Nous pouvons aussi bien aller vers du Tears For Fears parce que… parce qu’on aime ça !

C’est génial Tears For Fears ! 

Christophe : Mais oui j’arrête pas de dire à tout le monde que ça l’est, j’ai grandi avec RFM dans la voiture de mon père !

Thibaut tout à l’heure tu nous parlais de trouver son propre son, vous considerez que vous l’avez trouvé maintenant ? JS avait les Wankin Noodles, toi et Pierre les Russian Sextoys… C’était différent. 

Thibaut : Oui complètement, les Russian Sextoys on avait monté ça avec Pierre ici présent puis Christophe…

Christophe : … Je suis l’homme de la dernière chance en fait, tu cherches un musicien dans l’annuaire il n’y a que mon numéro ! Ton bassiste vient de se barrer ? Tu m’appelles !

Thibaut : Pour en revenir au son, les compositions ont évolué, le son s’est affiné mais on s’est pas vraiment éloignés de ce qu’on aimait à savoir la scène des années 80.

Christophe : On parle même plus de synth-pop maintenant, ça ne veut plus rien dire. C’est un terme tellement galvaudé, la pop est devenue comme ça aujourd’hui. C’était impensable il y a dix ans d’entre quelque chose comme Metronomy à la radio, désormais c’est normal et ma mère va le fredonner.

Thibaut : Aujourd’hui on fait de la pop. Notre son vient de tout ça, des choses anciennes comme les voix de Morrissey ou de Curtis, ou des choses plus actuelles comme Cut Copy par exemple, Hot Chip, etc. On fait partie de cette nouvelle scène (discussion sur des projets comme AV, Lescop, La Femme, les Popopopops) et la compilation va bientôt sortir, Éducation Française.

Christophe : C’est super qu’il y ait un engouement général pour les groupes en ce moment, tous les groupes tournent bien, c’est hyper cool. Même les Trans cette année quand tu regardes, il y a une quantité totalement folle de groupes français qu’on connait ou avec qui on a joué.

Comment vous expliqueriez le succès de We are young

Thibaut : En ce qui nous concerne je pense que c’est un bon morceau. Je veux pas être égocentrique mais il est simple et efficace, un morceau qui arrive sur Kitsuné fait par des petits frenchies, on a eu aussi les Inrocks, Trax, Tsugi qui étaient derrière nous.

Christophe : C’est pas du tout la même chose et j’étais pas là pour ce morceau mais ça m’a rappelé 1979 des Smashing Pumpkins avec cet aspect très générationnel. C’est pas la compo ni rien, mais ce côté très simple où t’as envie d’aller faire des conneries en beuglant ce morceau.

Thibaut : J’étais fan de ce morceau, le clip est énorme. Pour continuer sur les propos de Christophe il y a eu le dyptique We are young/Juveniles qui était cohérent, le côté hymne et la simplicité du morceau (puis petit passage sur un morceau qui n’est pas encore dévoilé, patience ! ndlr).

Vous avez beaucoup tourné sur scène, dans plusieurs pays, quel serait le meilleur souvenir ?

Thibaut : Ça on nous l’a demandé dernièrement. Avec Pierre on a un super souvenir des Trans, c’était chez nous à l’Ubu.

Pierre : Et Bruxelles aussi…

Christophe : Ça dépend les souvenirs de concerts, on se souvient de la super soirée The Great Escape en Angleterre. Tu joues dans des bars tous pourris qui puent la bière, qui collent dès le matin… c’était une période où on prenait beaucoup de plaisir.

Thibaut : Parce que maintenant on en prend plus et on cherche juste le cachet (rires) !

Christophe : le Canada c’était génial… La Suède était super aussi.

Thibaut : En Écosse il n’y avait pas grand monde, c’était une des dates les moins sympa. On a beaucoup de chance, on a pas à se plaindre au niveau des dates. Toulouse était géniale aussi, le Bikini était très accueillant.

Les DJ sets on a vu que c’était JS qui les faisait, peut-être que vous pourriez nous en parler un petit peu ?

Thibaut : Les DJ sets représentent ce qui nous plait sur le moment, c’est du bonus. Nous sommes plutôt sélectionneurs sur ce qui sort aujourd’hui et ce qui nous plait. C’est pour le fun, on adore la culture club, on suit beaucoup les sorties de Kitsuné, Bromance, etc.

Christophe : Ouais tu viens juste de définir ce qu’était un DJ set là ! Il y a le côté “continuation de soirée” qui est sympathique aussi, on est toujours frustrés lorsqu’un concert se termine.

Comment êtes-vous passés du statut de jeune espoir chez Kitsuné à groupe à part entière sur une grosse maison de disques ?

Christophe : Et bien on a couché, tout simplement. C’est le principe de Kitsuné au final, faire tremplin pour obtenir une signature et un album. C’est l’occasion de chercher des gens avec qui travailler.

Et l’album ?

Thibaut : L’album va sortir sur Universal, il va être produit par nous-même. Nous sommes en licence chez eux, on est nos propres producteurs. On a aussi créé un label qui on l’espère va grossir : Paradis Records. Notre musique est en licence chez AZ/Universal pour le côté promo et distribution.

Vous avez signé pour un album ? Deux albums ?

Thibaut : Tu signes toujours pour un album et des options en réalité.

Et ce label, Paradis Records ?

Thibaut : Nous l’avons vraiment créé pour nous produire seuls, JS qui n’est pas là ce soir t’en parlerait aussi et il a envie de produire d’autres sons. Pour le moment il y a le premier EP des Juveniles dessus, et pour la suite nous verrons lorsque nous aurons davantage de temps. D’autres projets seront produits par ce label-là.

C’est important d’être à Rennes et pas à Paris ? 

Christophe : C’est quand même beaucoup plus simple pour un groupe de travailler à Rennes plutôt qu’à Paris. Ne serait-ce que pour ne pas être noyé dans la masse de groupes, de ne pas prendre le métro avec un clavier sous le bras…

Thibaut : Oui c’est vrai, par exemple on répète dans la même salle que nos amis de Success, les Wankin’ Noodles, Manceau, O Safari, les Popopopops… on se sent proches de ces groupes-là.

Christophe : T’as les moyens d’habiter à Paris toi ?

Thibaut : Moi j’ai pas les moyens, mais j’ai dit que j’habiterai à Paris quand je gagnerai 5000€ par mois et que j’aurai un chauffeur.

Pour en revenir à l’album, Yuksek intervient beaucoup dessus ? 

Thibaut : C’est une coproduction avec Yuksek, une partie étant déjà produite. Il arrive sur la post-prod, le mixage, il réengistre des batteries, des claviers, etc. Nous le prenons en tant que producteur et non en tant qu’artiste.

Pas de featuring de prévu ?

Thibaut : Non pas en tant que tel, il enregistrera peut-être quelques trucs mais ça en fera pas des featurings pour autant. Je me souviens de Metallica, lorsqu’ils n’avaient plus de bassiste leur producteur de leur album avait enregistré les lignes de basse.

Christophe : Mais non c’est moi, ils m’ont appelé moi !

L’enregistrement se passe à Reims pour le moment et on sait que la scène rémoise est très imposante : Brodinski, les Shoes, Yuksek, les Bewitched Hands… Ça a une quelconque influence sur votre album ?

Thibaut : On les connait parfois un peu, JS en a rencontré quelques uns. Nous sommes plutôt influencés par Yuksek avec l’album forcément mais oui, on suit beaucoup cette scène-là qui commence à bien se développer. Nous on s’amuse à parler de Rennes VS Reims, on peut comparer pour le fun.

Christophe : On va gagner d’ailleurs (rires). On se motive les uns les autres, avant on parlait pas de Reims. Ce sera plus facile pour les autres derrière.

On vous remercie pour ces verres et cette interview, d’ailleurs est-ce qu’on aura été la pire ? 

Christophe (avant la fin de la question) : La réponse est non !

Thibaut (pareil) : Pull-over ! Non cette interview était super intéressante, aussi parce que c’est la première avec Christophe. C’est cool aussi que ça se fasse en fin de soirée dans notre fief rennais à savoir le Melody Maker. Mais la pire interview je vais t’en parler : c’était un gars qui m’avait fait une interview qui tournait autour des super-héros… “Et en tant que super-héros, comment tu fais de la batterie ?!” Non cette interview fut assez dure. J’étais Super Batteur !