Mille-pattes domestique.

On ne présente plus les inénarrables drogué-lurons d’Animal Collective, dont l’oeuvre aussi foutraque que géniale avait déjà eu sa petite tranche de critique et commentaire ici. Les voici de nouveau, prêts à faire exploser nos oreilles et nos cerveaux avec un disque paru il y a quelque temps déjà, mais dans lequel on se replonge à l’occasion de leur live à Paris le mois prochain. On a pas été trop de deux pour comprendre quelque chose à cet album. Analyse conjointe de Cassius et Greenwood.


Centipede Hz porte plutôt bien son nom, puisqu’il s’agit véritablement d’un mille-pattes sonore habité par les sonorités étranges et un tantinet inquiétantes pour les ondes FM. Il rebutera peut-être les aficionados de la dernière heure, ceux qui avaient été charmé par les brillantes mélodies aquatico-pop de Merriweather Post Pavillion

Il est toujours très intéressant d’observer comment les artistes qui arrivent à ce stade de leur carrière choisissent quelle directions emprunter. Confrontés au même genre de défi (ou impasse ça dépend comment on voit les choses) que le Radiohead post-In Rainbows (un album-synthèse parfait, cohérent et plus accessible que l’ensemble de la discographie du groupe), les américains choisissent eux de ne pas creuser plus expérimental, mais de repartir de la période Strawberry Jam pour emprunter un embranchement différent.

On y retrouve donc des délires soniques fantasques, associés à des mélodies plus limpides sur fond de batterie en furie et de synthés criards. Le groupe avait annoncé son intention de faire de la musique pour les extraterrestres, Centipede Hz est à coup sûr un ovni à lui tout seul. À la première écoute, on reste perplexe devant la tâche à accomplir, comment décrypter cette fatras, le jeu en vaut-il d’ailleurs la chandelle? Si Merriweather Post Pavillion se servait des expérimentations sonores pour construire des chansons pop relativement accessibles, Centipede Hz semble faire plutôt l’inverse et construit des cathédrales bruitistes, analogiques et psychédéliques à partir de mélodies minimales. Le groupe semble surtout surtout prendre un malin plaisir à détruire tout ce qu’il crée…

Et petit à petit,  l’indigeste fini par être digéré : le tri se fait, l’ensemble se délie naturellement, les mélodies se font plus accessibles, plus naturelles, plus grandioses. De dérangeant l’album prend une cohérence toute nouvelle au fil des écoutes, il se laisse découvrir morceau par morceau. C’est un album effrayant, rageant, exigeant dont la clarté se mérite, un album à domestiquer.

On sera au Pitchfork festival début novembre pour voir la traduction de leur oeuvre grandiose: pour les plus sceptiques, soyez sûr que le live permettra une compréhension nouvelle de Centipede Hz, tout comme la dernière tournée de Radiohead donnait vie aux morceaux de TKOL. Aux grands groupes, les grandes analogies.

 

Cassius

Greenwood