Hiberner avec le Grizzly.

J’aimais beaucoup Grizzly Bear du temps de Veckatimest, je les ai découvert à cette époque et j’ai toujours eu du mal à me replonger dans l’ambiance très sombre de leur premiers albums. Loin de tout comprendre aux dédales fantasques des Américains, je leur reconnaissais un vrai potentiel et une singularité évidente qui ne demandait qu’à s’exprimer de façon plus nette encore. Malgré cela, Veckatimest n’évitait pas tout à fait l’écueil classique d’une production aussi riche et soucieuse du détail.

Shields reprend quelques caractéristiques communes à Veckatimest : on y retrouve une batterie très brush et très présente, un piano honky tonk, et des arpèges soignés. Et à côté des éléments connus, d’autres plus surprenants : des instrumentaux fantômes et même des emballements épiques.

“You’re Falling Once, You’ll Fall Again”

Illustration parfaite de la définition du baroque comme “branloire pérenne”, Shields  vacille noblement dès l’ouverture Sleeping Ute, menace parfois de s’écrouler (Adelma) mais finit toujours par retomber sur ses deux jambes (la puissance de la conclusion Sun in Your Eyes). Pas de doute, chaque oscillation est calculée, chaque mouvement prévu, chaque soubresaut planifié minutieusement pour que ressorte une délicieuse impression de perdre pied.

Shields parvient à se libérer du côté parfois trop maniéré et pointilleux des albums précédents pour délier les mélodies complexes. Parmi les titres à retenir, Yet Again est un single inévitable avec son strumming à gogo et sa guitare soigneusement découpée, mais d’autres chansons peuvent également y prétendre. C’est le cas d’A Simple Answer, sorte d’équivalent baroque d’Elephant de Tame Impala, la grâce inimitable en plus. Ou de Gun-Shy, très beau titre portée par une batterie métronomique et une guitare spectrale et tournoyante.

Plus qu’aucun autre groupe, Grizzly Bear mérite avec Shields la qualification d’orfèvres pop et il ne fait aucun doute qu’il trouvera sa place dans les albums à retenir de 2012.