Un beau B.B.

Si le titre La Superbe s’avérait prophétique, cette Vengeance n’en est pas une clame Biolay. La revanche, il l’a connu dès 2010 avec ce succès inattendu mais tellement évident au final. Bien vite oubliée la figure d’anti-héros rebelle se complaisant dans son manque de succès… désormais Biolay est à tout-va proclamé champion de la scène française-francophone, nouveau Gainsbourg… Vengeance avait la lourde tâche de faire oublier La Superbe qui restera son album référence, par sa cohérence, sa qualité et son évidence. Que se cache-t-il derrière cette pochette rose immonde?

 

Pour ne pas se répéter, Benjamin Biolay a troqué l’homogénéité du précédent opus pour un hétéroclisme intriguant, pioché dans tous les genres (dans toutes les langues). Pari osé, au final globalement gagné malgré quelques sorties de route sans grande conséquence. Si on devait retenir une couleur dominante, ce serait une teinte sombre, presque new wave, portée par ces synthés qu’on ne finit plus d’entendre depuis quelques années, depuis qu’ils ont pris d’assaut la pop-music. Marlène Déconne, Sous le lac gelé et surtout L’Insigne Honneur, incroyable morceau de bravoure mancunien en sont les plus belles illustrations. Biolay apparemment renoue avec ses amours 80ies de jeunesse, avec une réussite certaine. L’album rappelle d’ailleurs davantage Trash Yéyé que La Superbe par moment.

L’écriture châtiée elle n’a pas disparue. Les mélodies comme les paroles, tout sonne juste, claque. On se plaît à retenir des phrases irrésistibles, notamment les mots doux qu’il échange avec Vanessa Paradis sur Profite… “Mon amour fait moi la courte”… “Il n’y a ni pardon, ni revanche, l’oubli en revanche reste l’unique et seule vengeance”, “Que tu me quittes quittes comme dans films”. L’écriture est toujours aussi cinématographique comme BB l’avait prouvé avec la ravissante BO de Pourquoi tu pleures.

Acteur, chanteur mais surtout compositeur, car s’il aime écrire pour les autres, Biolay a invité les autres à chanter pour lui : Vanessa Paradis, OrelSan, Oxmo Puccino, Carl Barat… la moitié des chansons sont des featurings. Souvent les chansons les moins inoubliables d’ailleurs, on regrettera un peu cette collection d’apparitions. On notera par contre un duo génial avec OrelSan qui “discute avec le sampler“, long crescendo oppressant dans le genre À L’origine qui rendra à merveille en live.

Vengeance n’est pas aussi accessible que la Superbe, il se laisse découvrir plus lentement. Et si on peut être déçu à la première écoute, il faut voir cet album comme une jolie collection de morceaux remarquables, gardant une certaine cohérence malgré  la multiplicité des influences: rap, jazz, rock, new-wave… et liés par la magie By-o-lay (comme le dit Puccino). Malgré quelques chansons un peu faibles (Le sommeil attendra, La fin de la fin), on retiendra une dizaine de titre qui font honneur à la chanson pop française. À force de s’habituer à l’excellence on en deviendrait injuste et ingrat… Vengeance reste un excellent album.