En terrasse à Paris/New York/Berlin avec O Safari

Il faisait un peu froid ce jour-là mais je n’étais pas en retard, ah. Si, un petit peu mais Laurent (batteur d’O Safari) l’était aussi et puis Julien (chant/machines) encore plus. Quelques appels échangés et un rendez-vous établi en terrasse du Oan’s – charmant pub rennais au demeurant, autour d’un verre réconfortant et de quelques discussions sur le son des salles ou encore l’iPhone 5. L’EP nous était parvenu depuis bien longtemps et on en avait raconté que du bien ou presque, Taxi (pour les filous qui n’auraient pas suivi) est le premier vrai travail du duo O Safari, aux ambiances humant la nuit de l’Angleterre et au chant des idoles en français. Les idoles, aussi importantes soient-elles, ils nous diront ne pas réellement en avoir, au contraire des références qui fleurissent.

Leur concert aux Trans était une tuerie sans nom, bourrée de détermination et de rage. Deux personnes qui prennent possession d’une scène les poings au ciel : plus grand chose n’existe autour et on se retrouve alors soufflés. Un trop rare cocktail de penchant sexy et d’émotions. Ils ne s’arrêteront pas là, on vous le dit. Mais JNSPUF! s’est frotté à O Safari avant les Trans, pour toi :

Vous pourriez nous présenter brièvement le duo avec ces défauts, pour recentrer les choses ? 

Julien : D’accord je commence ! Laurent qui est à ma droite, batteur du groupe, ça fait déjà une grosse dizaine d’années qu’on travaille ensemble je dirais. On vient de la même ville (Bain-de-Bretagne, ndlr) et c’est super de travailler avec lui, il est très réactif. On a eu différentes formations pendant tout ce temps pour au final arriver à O Safari. Le défaut… il s’énerve vite ! Surtout sur son pad (rires).

Laurent : Mmh alors Julien, qui est le chanteur, claviériste et machiniste. Il a la qualité d’être un super compositeur, un super chanteur qui est toujours attentionné et auprès des gens. Mais il est en retard quoi, c’est son truc (rires) ! Julien adore être en retard.

C’est pas une question qu’on aime poser, mais pourquoi ce nom ?

Laurent : Il y a un rapport avec Moon Safari, l’album de AIR. C’est un disque qui a beaucoup compté pour moi, dans ma façon d’appréhender les choses. Un petit hommage mais aussi le côté tropical, invitation au voyage. Un nom court qui peut se comprendre dans toutes les langues bien qu’on ne chante qu’en français ; on avait brouillé les pistes en faisant des remixes de groupes anglophones.

La composition des morceaux se déroule comment ?

Julien : Ça varie, nous ne sommes que deux donc on travaille les titres sur nos ordinateurs. Beaucoup de machines, de boîtes à rythmes. En répétition, nos morceaux sont déjà prêts généralement.

Vu le nombre de couches et d’instruments, vous les jouez de quelle manière en live ? 

Julien : On a aucun complexe, on joue avec des bandes en réalité. Des machines qui tournent et des synthés qui tournent en MIDI. Je fais pour ma part le synthé principal, Laurent a un pad qui déclenche des samples. On apprécie le côté live par rapport au studio, on doit adapter les morceaux et nous essayons de les rendre plus scéniques et énergiques également.

On a vu une vidéo de Nico Prat avec Glory Box, il vous avait fait jouer à l’International à Paris. J’adore Dutronc et j’ai vu que vous le repreniez. Vous avez des idoles françaises ? 

Julien : Des idoles je ne sais pas, mais on a des références. Dutronc ce qui nous plaisait était le côté plus ancien, plus innocent. Un morceau qu’on puisse vraiment s’approprier, on a dû tout reprendre à la base et se casser le cul pour faire une reprise inattendue.

Laurent : On voulait un peu se détacher, pas être là où on était attendus, sur du Daho et des choses comme ça.

Julien : C’est cool lorsque les gens nous disent qu’ils ont mis du temps avant de reconnaître un morceau de Dutronc, c’est surtout ça.

Vous vous situez où et comment par rapport à toute cette scène qui revendique l’héritage 80’s ?  

Julien : Je pense qu’il y a une vraie filiation oui. Nous deux on aime bien le côté décomplexé des textes de groupes français qui montent, peut-être pas Lescop mais des formations comme Granville, Pendentif, tous ces projets qui n’hésitent à chanter des choses simples. Pas des espèces de références littéraires comme avant.

Le côté innocent non ? 

Julien : Innocent je sais pas…

Innocent pas niais. 

Julien : Vous ne connaissez le groupe Les Innocents ? On adore Gainsbourg, on parlait de Chamfort aussi tout à l’heure. Depuis 5 ans il y a beaucoup de groupes français qui chantent en anglais. On revendique notre côté francophone.

Laurent : Des références il y en a plein. Écouter un France Gall s’il est bien fait, c’est un plaisir. Les gens aimaient, mais n’osaient jamais parler de ce genre de références.

Vous êtes très influencés ? Les influences ne sont pas trop fortes et ne deviennent jamais de barrière à la personnalité ? 

Julien : Je ne pense pas qu’on soit le cas. On va puiser dans le français, mais on écoute beaucoup de groupes anglo-saxons. Nous adorons les BO de films, notamment Carpenter… ça se sent sur l’intro de l’EP. J’aimerais qu’on sonne comme un groupe anglo-saxon qui chante en français ! Bon après j’ai peut-être pas complètement répondu aux questions… (rires)

Pour en revenir à l’EP, vous pourriez nous en parler un petit peu ? Comment il s’est confectionné et pourquoi il sonne comme ça ? 

(Olivier nous rejoint, ingé son du groupe déguisé en agent de sécurité, il en profite pour recommander quelques verres, ndlr) Laurent : On a commencé l’EP et depuis le début on maquette beaucoup, tous les morceaux existaient en studio à part les instrumentaux. Dès le début nous savions que Taxi y serait puis La fille et le Garçon s’est imposé de lui-même. Julien l’a composé et me l’a joué et la puissance est devenue évidente. On a décidé ensuite de terminer avec Télévision, Satellites s’est imposé au final après des discussions avec Olivier. Les instrumentaux sont venus à la fin. Mais on savait qu’on pouvait aller plus loin que simplement 4 titres et un EP comme les autres.

Julien : En rapport aux maquettes mp3 nous avions déjà tous les morceaux, mais on ne voulait pas mettre 4 titres comme tout le monde le fait sur les EPs. L’idée était de créer une ambiance, quelque chose de vraiment cohérent, avoir une intro et raconter une histoire avec un thème qui ricoche entre St. Vincent et Vegas Run. Créer un ciment dans l’EP.

C’était évident de commencer l’EP par un instrumental ? 

Julien : Oui j’avais envie, cette voix et ces ambiances ont un côté autoritaire… on n’est pas comme ça en plus mais ça nous a permis d’attirer l’attention avec quelque chose de massif.

Laurent : Julien me l’a envoyé en me disant qu’il verrait bien ça comme intro, j’ai écouté et j’ai répondu “ouais, c’est parfait”. Ça marchait bien et c’était logique.

En plein centre de l’EP il y a un morceau qui m’a plu, c’est La Fille et le Garçon. C’est mon moment égoïste, vous pourriez m’en parler un peu plus ? Elle s’adresse à quelqu’un ? 

Julien : Il y a une vraie histoire en fait, oui et non… tu t’es sûrement retrouvé à 18 ans, un peu timide dans une soirée où tu meurs d’envie d’aller draguer une fille, mais finalement t’es pas assez bourré et la fille se fait draguer par l’autre mec. Voilà on voulait raconter cette frustration d’étudiant un peu timide qu’on a tous vécue d’une façon ou d’une autre. L’adolescence qui s’en va.

Les textes vous les écrivez tous les deux ?

Julien : Non je les écris généralement tout seul.

Laurent : Après je les lis, je lui dis “ça… pfbrt” et on fait le tri.

Tu t’énerves sur lui quoi (rires) ? 

Julien : Puis tu me casses la gueule (rires) !

Laurent : Je pète un pad… Les textes il me les envoie et ça permet parfois de voir des choses que lui ne voit pas, on a pas le même recul.

Julien : Sérieusement, Laurent est de super conseil et moi j’ai un peu de mal à assumer les textes en français dans la mesure où avant nous chantions en anglais dans nos groupes… C’est plus simple de se planquer derrière la langue. Laurent me dit vraiment si un texte n’est pas assez fort et je le retravaille. Ça aide beaucoup d’avoir un retour sincère, nous sommes deux et ça va relativement vite, on prend souvent les décisions à trois, Olivier participe beaucoup au son, à la production, aux choix esthétiques. Il a un franc-parler incroyable.

Olivier : Simplement des choses musicales : des mots qui ne vont pas passer. Pas parce que la personne ne sait pas chanter, mais parce que dans le rythme ou dans la musicalité, parfois ça ne passe pas. Le souffle peut manquer, des choses qu’on peut résoudre en enlevant un mot ou en le changeant. Nous avons fait ça sur Plage (qui n’est pas sorti, ndlr), on a quasiment réécrit la chanson, pour avoir quelque chose de plus fort.

Une anecdote en live ? 

Julien : Ah oui, une fois pendant les balances, Olivier m’a demandé de lui faire une basse… Une boucle s’est déclenchée et on a fait le morceau Plage avec tout cette boucle derrière nous (rires). On a mis trois ou quatre cycles à comprendre ce qu’il se passait…

Laurent : Je me suis dit “je compte mal, je suis pas bon je sais pas…” (rires) et là Julien m’a lancé un regard qui voulait dire “c’est pas bon !”, au final ça nous laisse une belle anecdote de musicien. (S’ensuit une discussion sur Kindness et son backing band en live au Casino de Paris – où Olivier est passé avec les Juveniles -, composé de chanteuses “hyper bonnes”, on cite, ndlr).

J’ai une questions de psy : si je vous dis le mot Trans Musicales, qu’est-ce que vous me dites ?

Julien : On a la chance d’y jouer et on fait la Tournée des Trans, c’est une belle vitrine pour une petit projet comme nous. Nous sommes très contents et extrêmement fiers d’y être programmés.

Comment vous avez fini par y jouer ? 

Julien : Tout simplement en faisant écouter nos maquettes à Jean Louis Brossard (le véritable homme des Trans, ndlr). On est allés le voir en avril, puis il est venu nous voir à l’Ubu. Il ne savait pas et puis il y avait beaucoup de groupes… on est retournés le voir avec des morceaux puis il nous passé un coup de fil début juillet pour nous annoncer qu’il nous programmait !

Qui pourrait créer la surprise aux Trans selon vous (interview réalisée en novembre, ndlr) ?

Julien : J’adore personnellement Gomina. Je trouve ça vraiment mortel, je suis un gros fan et j’espère réellement que ça va fonctionner pour eux. Mermonte évidemment, assez énorme sur scène. Les Sarah W. Papsun également, et les Von Pariahs. Dingues, j’adore 19.09 leur dernier titre et ils sont franchement énormes en live. Il faut être devant (Nous les avions en interview il y a plus de 6 mois) ! Ils incarnent un esprit rock qui est ouf.

Laurent : Je suis pressé de voir ce que leur album va donner. Au Chabada d’Angers c’était vraiment cool. Sinon il y a un groupe dont je ne me souviens plus le nom, c’est un nom avec des lettres… (rires) Mais la programmation des Bars en Trans est très bien aussi : AV, Florian Mona, Granville

D’habitude on demande aux groupes les artistes pourris qu’ils écoutent… cette fois on va changer la formule. Donc, dites-nous le groupe que vous adorez vraiment mais que personne en connaît ?

Julien : Un groupe qui s’appelle Egyptology ! On les a mis sur notre Cassette des Trans d’ailleurs.

Laurent : Daria, un groupe d’Angers avec un penchant powerpop très bien écrit. Un album inspiré du début à la fin.

Un petit mot pour la fin les gars ?

Julien : Et bien merci beaucoup JNSPUF!, l’interview était cool.

Vous savez, quand je demande un petit mot pour la fin, j’ai toujours en tête l’image du gars qui dit “vélo !” à la fin du Kamoulox… Je rêve du jour où un groupe me sortira quelque chose comme ça. 

Laurent : Accordéon (rires) ! Merci beaucoup c’était chouette.

Photo © Dave Wire