Interview & sextape du bouquet d’Orties

Pour moi ce sera un pêche-banane. Tu t’es déjà caché pour écouter des musiques que personne ne voulait que tu écoutes alors que tu étais tout bambin. Les parents n’aiment pas tellement les textes incisifs de quelques rappeurs, mais sois heureux : tu vas pouvoir retourner te planquer. Les enfants terribles de rap français sont de sorties et ont déjà sorti les crocs, les griffes et tout ce qui coupe. Difficile de parler de jolies fleurs et de déclarations enflammées sous le sapins alors que nous recevons un réel bouquet d’Orties au visage. Ça coupe, ça griffe, on l’a dit. Sextape devient donc le réel premier témoignages de deux sœurs (Antha et Kincy) un peu frivoles et totalement dingues, donc totalement intéressantes. Celles qui avaient commencé par rapper sac à main au bras sur des scènes quasi réservées aux hommes du genre ont quelque part réussi un coup de maître en sortant ce premier opus empli de provocation et de dégueulasserie qui choquerait sans amorce le quidam. Pourtant vous, vous aurez rapidement envie d’une Panne de Courant.

Je vois déjà les DJs en chemise s’exciter sur leur petit pull noué en pensant pouvoir atteindre ça. Des titres qui se suivent et parfois se ressemblent, les chiens ne faisant pas des lionnes. Un disque de punchlines et d’ambiance coup de poing. Voyage cocaïne purulente au nez dans un univers de sexe et de débauche, de deux femmes assumées et revendicatrices d’hédonisme. Le 3 de pique gagnant est vers la fin de l’objet, lorsque Autotune Automne et Autoroute – le morceau de ce premier opus – s’aligne pour laisser place à un délire sous LSD. Les Fleurs Bleues À Paillettes résonne, c’est tout un système club qui se met en branle alors qu’on semble ici le narguer royalement, le vocodeur ridicule de Booba et ses petits essais miso ne feront jamais la loi ici. Une bombe pour ces deux chauve-souris n’iront pas au Social Club. Pas le moins du monde. Tout ça pour dire qu’un nouveau souffle vient d’être donné au rap, sans détour par une certaine Rebekka et un DJ d’argent en carton. Kincy a accepté la rencontre avec JNSPUF! :

Alors, vous vous dites quoi en voyant le nom de notre site ? Sachant que je suis un mec !

On se dit, cool, votre site s’adresse aux personnes d’un genre nouveau ?

Vous pouvez présenter le duo en quelques mots ?
Orties est composé de Antha et Kincy, deux adorables soeurs jumelles.

Une musique qui va du rap à l’électro un peu dark, ça se compose comment ? D’où viennent ces textes ?

On se base toujours sur des sensations, on en parle au beatmaker le plus à même de coller à cette inspiration et puis une fois l’instru créée, on écrit chacune notre truc. En général on ne définit jamais trop précisément nos thèmes, mais une fois qu’on confronte nos textes, il vont forcément ensemble, on est dans la même vibe, on vit souvent les mêmes choses donc on a pas besoin d’en discuter des heures.

C’est le côté direct du rap qui vous a branchées ? Je crois que vous avez quelques influences différentes, comme le néo-metal.

Ce qui est séduisant dans le rap c’est cette immédiateté, une instru, un texte et le tour est joué. Tu peux faire ressentir des trucs forts rien qu’avec une instru et un stylo. C’est un travail d’équipe mais qui avant tout part d’une impulsion solitaire. Le néo metal ? Non, plutôt le black metal mêlé à la musique grunge.

Les fleurs bleues à paillettes, c’est quoi pour vous ?

C’est une hallucination sous LSD, un merveilleux rêve, un truc qui n’existe pas.

Ce premier album n’a pas été difficile à réaliser ? Les boîtes de prod vous ont fait confiance ou vous avez dû forcer un peu ? On sait que parfois les mecs qui payent sont un peu… frileux.

Nous avons mis un an à réaliser la Sextape, que nous avons auto-produits, par nos propres moyens. C’est le fruit d’un travail acharné, enregistré avec nos thunes, pendant cette période nous ne sortions plus, on ne faisait qu’écrire et aller en studio.

Le live sera-t-il différent du disque ? Peut-être que vous avez envie de proposer autre chose. 

En live les sons prennent encore une autre dimension, ils se prolongent de façon punk, on aime bien sur certains morceaux changer le BPM de l’instru et y amener un chant plus enervé. De toute façon, ce serait une erreur de vouloir imiter le travail fait en studio, en live tu as envie de transmettre une violence en direct, de laisser vivre ta chanson et d’être alors dans un tout, une performance autant sonore que visuelle.

Deux filles quelque peu gothiques qui rappent, c’est pas chiant les étiquettes que tout le monde doit vous coller ? “Oh des meufs, oh elles sont dark, olala”.

Cette étiquette “gothique” est lourde, il n’y a rien de plus facile et ennuyant que les cases. Nous sommes bien plus que du “rap-gothique”, cette expression bête est pour les gens qui veulent se rassurer en nous classant là-dedans car en fait ils n’y comprennent rien, ils n’ont pas perçus la subtilité de notre univers. Demain peut-être que l’on pourra être rangé au rayon “chanson française”, qu’est ce qu’ils diront alors, et auront-ils raison ? On a tellement d’influences variées, et pas une plus que l’autre, ce qui fonde Orties c’est ce mix entre pleins de choses. On a un goût pour l’écriture en français mais sinon on est ailleurs.

Peut-être que je débloque mais j’ai cru voir une interview où vous parliez de “morale” dans votre musique.

La vie est trop courte, la mort est toujours dans nos têtes, pour y conjurer il faut s’inspirer, vivre, aimer. Love.

Une passion pour ce cher Bruno (aka Doc Gynéco, ndlr) ?

Kincy : Je suis admirative de Bruno Beausir, au même titre que MC Solaar. Il a apporté au rap et plus généralement à la musique quelque chose d’unique. J’aime sa dimension érotique, sa façon simple et poétique de dire les choses, je le trouve inspirant, il est un dandy des temps modernes.

Que peut-on espérer pour l’avenir d’Orties ? Des projets pour 2013 ? 

Orties tournera pas mal en 2013 pour défendre la Sextape. Nous sommes déjà en train de travailler au second projet, nous avons des collaborations prévues avec différents artistes, dont nous tairons les noms pour le moment.

On ira tous au Paradis alors ? Même nous ?

On se reposera tous éternellement, mais irons-nous tous à Hollywood ? A quoi sert la vie si c’est pour rester dans son bled ?

Vous passerez nous voir si vous avez une date sur Rennes un de ces quatre ?

Bien sûr ! On espère avoir pleins de dates partout en France, et dans le monde.

Merci les filles pour cette interview !

Merci à toi ♥