Changed, impérial avec Yan Wagner

Les coeurs avaient chaviré pour un album que nous n’avions pas critiqué dans nos colonnes, Forty Eight Hours. Trésor techno-pop d’un homme aux allures d’un Corto Maltese, son incarnation d’une autre vie.

L’album propageait un ersatz de pop, de techno et d’une new-wave panachée, mais le réduire à ça serait lui faire un mauvais procès, tellement la sauce prend. Une intro dans les règles de l’art ajoute classe et épices à ce met des plus fins, le tube éponyme lui, est imparable. Nous sautions à l’aveuglette dans des univers toujours sensiblement différents (Étienne Daho sur The Only One pour ce qu’on appelle un véritable duo) mais cohérents, il suffisait de voir Le Spleen de l’Officier. Le climax arrivait bras levés avec l’évident Elementary School, une perle qui aurait mérité tous les podiums, menée avec vigueur et force.

Yan Wagner nous a excité cette fois, vraiment. L’annonce de son nouvel EP (un single en réalité) Changed, mais acidulé par des remixes, tous affriolants : Arnaud Rebotini, Jupiter, Tristesse Contemporaine et le grand The Hacker. Le morceau phare originel est pour sa part une ballade psycho-pop quelque peu scandinave, toujours sombre et à l’image de l’album. Les choix ne sont même pas criticables, tant ils rentrent dans le costume du Wagner. Jouons le dans le désordre et entamons par le super déroutant Changed de Tristesse Contemporaine. Pour avoir réalisé une interview (jamais sortie) du trio, il est tout à fait à leur image : décalé, fou, incompréhensible, parfois trop léger et peu marquant. Sans surprise, Rebotini est de la partie et tabasse tout, sa version testostéronée est âpre et rugueuse. Belle, mais toujours dans ses cordes, on en attendrait davantage – surtout un discours différent – du colosse, la prochaine fois. Le duo sucré Jupiter défonce le dancefloor comme sur ses plus beaux morceaux, réutilisant la voix de Yan avec joie et classe, que dire de plus ? La palme de ces remixes revient de très loin à The Hacker. Notre Michel n°1 retourne entièrement le plat et le griffe de sa personnalité. Flottant entre les boogies les plus dark et son éternel côté post-New Order, ce sont 7 minutes de bonheur intense, si bien qu’on se prend à s’impatienter de son prochain DJ set. Un EP qui mérite un intérêt certain, serait-ce seulement pour la perle qu’il contient (deux si on compte l’orginal de Changed), mais qui aurait moins de saveur si l’album n’était pas aussi frappé.