Le Bonbon Nuit 〜Objet Sonore 〜

L’exercice est loin d’être simple, il est même assez malicieux. Il s’agit donc ici de casser une habitude et de chroniquer une compilation (nous l’avons déjà fait me diriez-vous), mais celle d’un magazine. Des confrères que nous apprécions : Le Bonbon Nuit. Une compile donc, tout ce qu’il y a de plus vu et revisité, mais ici on a devant nous un objet sonore, autrement plus racé et marquant que les petits best of Inrocks.

En dehors de cette magnifique pochette (c’est tout un art chez Le Bonbon Nuit, toujours beau), tout ceci est bien. Et c’est bien parce qu’il y a quelque chose de fanatique, chose perdue depuis des années : les idoles. Au mieux nous avions des stars, ici on nous redonne des idoles, des gens à mettre en poster chez nous et pas des artistes jetables. Là où la chanson française s’assume et les meilleurs électroniciens prennent des pinacoladas ensemble tout s’écoute.

Sylvie Vartan fait des choix dans la langue de Bukowski, Joakim respecte son habitude de toujours gravir les sommets et même Jérôme Echenoz n’est toujours pas si fou ni si attirant – trop d’artistes d’aujourd’hui singent soit Ian Curtis soit Étienne Daho, l’assemblage entier est d’une consistance géniale. Arthur S vous emmène 70 ans en arrière, un voyage à l’âge d’or de la séduction et des gentlemen. Fine et féminine, la tracklist ne s’arrête pas là : Lettre à une Femme Fontaine de Victorine est un morceau délicieux, biaisé et toujours subtil, il donnerait envie. Dispersé à l’écrin près, il laisse apparaître d’autres malins comme Christophe et son joli titre. Echö ankylose doucement mais avec force, tandis qu’on se serait passés de David Lynch ou encore de Greg Kozo et ses tentatives qui tombent à l’eau. Nous partons le sourire aux lèvres, Appalooza et Brigitte Fontaine au bras et le tout-Paris dans les oreilles.

Une compilation féminine et parisienne, manifeste du beau Paris. Celui qui est romantique, parfois sale, que l’on fantasme entre deux manifestations ou qu’on a déjà aperçu chez Honoré, en portant un rouge à lèvres bien trop cher à la bouche. Bonsoir Paris, on vous aime.