Le retour du milkshake banane-viande.

En 2010, j’avais découvert Everything Everything, sorte de projet mutant d’un Dr. Frankenstein initié à l’art de la musicologie. Man Alive, leur premier album avait le mérite de proposer un détour sacrément barré hors des sentiers battus et rebattus de la britpop. Les voici de retour avec leur deuxième album sobrement intitulé ARC.

Cough Cough ouvre ce second album et résume parfaitement tout ce qu’on avait retenu de leur premier album, à savoir que les quatre Anglais font une musique équivalente à un milkshake banane-viande : une pop sous forme de constant mélange de passages fantastiques et d’autres très désagréables, ce qui rend leur musique addictive, et originale, de fait.

Everything Everything utilise des choeurs hallucinants de justesse et de maîtrise, une batterie inutilement démonstrative et combine le tout avec des variations rythmiques et tonales beaucoup trop nombreuses. Il est pourtant impossible de ne pas reconnaître la force qui se dégage de ce titre pourtant extrêmement tordu.

Kemosabe exploite pleinement le flow mi-hip hop mi-chanté de Jonathan Everything au service d’un tube plus évident, malgré le chorus qui pourrait sans doute filer un mal de crâne à certains. Comme sur le précédent album, quelques titres mettent à nu la voix incroyablement versatile de Jonathan Everything (sur Undrowned notamment) capable d’atteindre des sommets quasi-lyriques et de jouer au faux crooner dans une même chanson. Parmi les bons moments de l’album on peut évoquer Radiant, dont le riff principal évoque Dirty Projectors noyé sous acide, Feet For Hands un croisement hautement improbable entre Mumford & Sons, Animal Collective et Muse (oui c’est n’importe quoi je sais mais je n’y peux rien moi).

La liste des comparaisons possibles pourrait être longue comme l’est probablement leur bibliothèque iTunes (ou Windows Media Player soyons beau joueur), mais il reste qu’il n’y a qu’Everything Everything pour composer ce genre de musique. On ne sait toujours pas si c’est une bonne ou une mauvaise chose, mais il y a chez eux quelque chose de particulièrement en phase avec le temps : Everything Everything est expert façon Wikipédia mais aussi un peu omniscient désagréable façon Facebook.

Mais ce qui me frappe véritablement c’est le contraste extrêmement étrange entre le caractère très sérieux, quasi-professoral de l’album (on imagine bien les 4 gus tenir des discours sur la théorie musicale à leurs fans) et l’effet final, beaucoup plus proche de celui d’un gaz hilarant cartoonesque (les choeurs à l’hélium, la diction sous speed, les tonalités modales pour le moins surprenantes et les cascades de note relativement déstabilisantes).

Au final, aucune chanson n’est à jeter pour de bon, car elles contiennent au minimum un passage fantastique qui mérite l’écoute, mais malheureusement parfois enrobé de dérives pompeuses type mauvais rock de stade surproduit – du genre qu’affectionne particulièrement Greenwood – (Duet typiquement). Incontestablement bien meilleur que le premier (plus lisible) mais aussi sans doute un peu plus mégalo, espérons que cela n’aille pas de mal en pis.