Modern Death : MINAPIAO

De l’idée de recevoir un caresse d’une main truffée d’épines, Modern Death prend vie avec son premier EP, exotiquement intitulé MINAPIAO. L’originalité de la chose est que l’objet n’a rien d’exotique, à moins qu’on élargisse le sens du terme. Sautant d’une pop noire downtempo à des sons Bristoliens, Modern Death surprend et porte plus loin le propos. C’est ça l’exotisme. Nous nous attendons tout d’abord à quelque chose, et ce n’est pas ce qu’on écoute (pour moi c’est une qualité) et on y trouve un disque où les instrumentaux sont rois.

Fuck You Too, bien sûr, est une belle prouesse qui met plus en avant les qualités disséminées ça et là. La force de l’EP réside dans son absence, je m’explique : un manque est créé, clairement. On veut entendre davantage de lignes de guitare en guirlande, plus de basses groovy, encore des attaques rythmiques, c’est là que nous sommes envahis puisque nous en reprendrions. TDAH, poésie sur l’hyperactivité s’il en est (si tu ne nous suis plus, tu devras taper ce terme sur Google) se fait introduction simple et patiente, pensée. Les sons semblent parfois inadéquats, trop vus pour de si belles idées. Hate, quel nom pour un track qui entre dans les veines des grands Massive Attack avec un relan guitaristique tout droit piqué d’un Foals revisité, n’est pas si sombre et violent, il est doux, peut-être bien piégé.

Traverser ces morceaux est l’égal de courir nus pieds dans un champ de mines, essayant tant bien que mal d’éviter les soudaines explosions, et s’il en est, courir. L’éponyme qui conclut n’est pas alors forcément une porte de sortie, la frappe pourrait revenir. Lorsque le temps vient de critiquer l’épicentre de l’EP, à savoir Annick, les mots ne viennent plus. Impossible qui est Annick, ce qu’elle représente, ce pour quoi elle se bat mais une chose est sûre : elle se bat avec force. Les guitares se dérobent magnifiquement, la saveur prend tout son sens et on asseoit le bon préssentiment que l’on avait : on ne s’est pas trompé, pas une seconde. L’entrevue ne devrait plus tarder, mais écoutez l’ensemble de l’abrasion ici.

Le reste n’est pas musical à proprement parler mais l’importance est capitale : l’EP est téléchargeable gratuitement ou à prix libre. Un geste honorable pour l’accessibilité de la musique, quand on sait les efforts et le temps passé pour produire quelque chose de beau, en imaginant déjà les aventures de la tournée qui le verra passer par Rennes le 8 février ou encore Berlin. Un projet qui sait où il va, et qui n’a sûrement pas oublié d’où il vient. Le plat ne refroidit pas, l’entente cinématographique à l’instar de l’éponyme MINAPIAO semble probable, d’ailleurs Modern Death a signé la BO d’un moyen-métrage autoproduit : Alone in Montréal. Vous n’avez pas le droit de croire aux coïncidences.