Sleep Good.

Parmi les groupes franchement géniaux qu’on avait complètement oublié, on peut citer Egyptian Hip Hop. Un passage aux Trans en 2010, un EP foutraque et juvénile (Some Reptiles Grew Wings), et puis plus rien. Et pourtant, un album est paru l’an dernier, passé relativement inaperçu, un premier album culotté neuf joliment prénommé Good Don’t Sleep.

Il serait de mauvaise foi de ne pas reconnaître qu’Egyptian Hip Hop a corrigé son principal défaut : son manque de maturité. Plutôt que de courir après le revival post-punk/new-wave qui inspire une bonne partie des jeunes groupes (et parmi eux de très bons, soulignons le), les 4 lads de Manchester ont choisi de s’éloigner des couvertures du NME sans remiser leurs synthés aux placards. Tout en gardant cette batterie fragmentée down-tempo et cette basse ultra groovy qui faisait vibrer leurs meilleures compositions passées, ils ont choisi de prendre le temps de trouver une voie qui leur est propre.

Chose peu aisée dans un milieu musical sursaturé en références diverses et en emprunts de styles, Egyptian Hip Hop joue donc la carte de l’honnêteté et de l’expérimentation, effort louable s’il en est. Le ton est donné dès le premier morceau, qui répète un motif que l’on pourrait qualifier de “bien mais pas top” ad nauseam histoire de vérifier si l’auditeur a bien envie de se coltiner un album d’obsédés psychédéliques. Quand la réponse est oui (je le reconnais volontiers, j’aime les albums étranges et particulièrement ce titre Tobago), il y a de fortes chances que cet album vous plaise.

Véritable mine de sonorités pour producteurs et DJs, l’album regorge de particularismes qui laissent penser qu’Egyptian Hip Hop a ici choisi de s’inspirer bien plus de l’électronique psyché et expérimentale que de la new-wave pour composer leurs morceaux (One Eyed King, Snake Lake West). Un choix plutôt audacieux surtout quand les 10 titres présentés sont aussi bons.

Mais pour finir soyons honnête sur un point : Egyptian Hip Hop n’a franchement pas le sens du tube. Lorsqu’un motif s’avère un minimum “catchy”, il y a de fortes chances qu’il perde son potentiel tubesque pour finir en coup de pinceau parmi tant d’autres qui composent la grande fresque barrée qu’est cet album (The White Falls, Pearl Sound). Le “single” de l’album, SYH est à ce titre éloquent : même avec des motifs plus dansants, Egyptian Hip Hop ne transige pas avec sa musique.

On pourrait rapprocher le groupe de Warpaint, puisqu’on y retrouve la même atmosphère mi-inquiétante, mi-fascinante, et un sens aigu de la texture et de l’atmosphère que renforce la voix lascive et traînante du chanteur. On pourrait également leur trouver une ressemblance avec Django Django pour la façon de mettre en avant des motifs de synthétiseurs analogiques inspirés de la world music dans un esprit funk plus général. Mais ces comparaisons ne rendent pas justice à l’effort d’Egyptian Hip Hop pour composer un album vraiment différent.