Double volte-face.

Quadricolor, les quatre niçois dont on avait autant parlé que de Battles (c’est dire à quel point on croyait en eux), ont changé de nom. Les voici de retour avec un nouveau projet intitulé Griefjoy.

Nouveau nom, nouveau projet avec revirement de style musical pour (sans doute) gagner en maturité et délaisser une pop rock qui visiblement ne les amusait plus. Premier morceau paru, Kids Turn Around me faisait encore lever les deux pouces avec entrain, avec toutefois ce petit regret : pourquoi opter pour un sample vocal aussi répétitif quand le quatuor est aussi virtuose en harmonies vocales ? Mais quand même, il n’était pas très sain d’esprit de cracher sur un morceau aussi bon. Un morceau qui faisait évoluer le son Quadricolor vers de nouveaux horizons plus dance en reprenant une construction proche d’Euphony en trois parties avec grand crescendo final, je disais oui.

Est venu ensuite le second extrait, Touch Ground. Et avec lui le doute : Griefjoy serait-il le double maléfique de Quadricolor ? En m’imaginant un instant un Double-Face niçois j’ai un peu rigolé, et ensuite je me suis souvenu que, merde, on parlait quand même d’un des groupes français dans lequel j’avais le plus d’espoir. L’un des groupes les plus créatifs, capable des plus grands écarts musicaux pour trouver sa voie. Un groupe de vrais musiciens, capable de travailler simplement sur des grandes chansons d’un genre nouveau. Et je me retrouve bien embêté à l’écoute de Touch Ground car j’ai l’impression que la nouvelle direction prise est exactement l’inverse : une electropop dans l’air du temps, presque sur-travaillée, avec une mélodie plutôt répétitive, bref un futur tube.

La dernière chanson de l’EP que j’ai découvert était Taste Me, et là re-surprise, Double-Face révèle son identité : un groupe toujours aussi doué pour les choeurs entêtants et les mélodies incroyables, mais qui opte définitivement pour une musique ni complètement électronique ni complètement pop, juste entre les deux. Y compris dans la structure du morceau lui même, il y a quelque chose de ni trop évident, ni trop répétitif qui place ce dernier morceau dans une zone floue où traine parfois des samples extrêmement désagréables, mais aussi des mélodies de piano génial.

Au final, j’ai été surpris par trois fois sur leurs trois chansons, et je leur reconnais volontiers cette qualité là : ils tentent beaucoup de choses. Même si Taste Me ne me plaît pas particulièrement et si Touch Ground me perturbe vraiment beaucoup, je persiste à penser que Griefjoy fait quelque chose de peu commun, et le fait avec une maîtrise qui ne peut que forcer le respect.