Foals sceptique vs. Foals sentimental

En 2008 naissait Foals et son premier album Antidotes, manifeste génial du math-rock, de l’afro-pop et de tout ce qui s’y rattache… 2008 c’est l’apparition de “la guitare Foals”, de “la batterie Foals”, de “la coupe de cheveux Foals”. Tout comme un certain voisin oxfordien, ils font partie de ces groupes qui ont changé quelque chose à la pop-rock de ce début de siècle. Si Antidotes brillait par son énergie non canalisée, Total Life Forever accusait parfois le coup, trop raisonnable, trop réglé. L’album aura pourtant le mérite de recéler quelques pépites comme l’immense Spanish Sahara.

Le voici le voilà, attendu, leaké, commenté, déjà joué un bon nombre de fois : Holy Fire. Depuis le math-rock tordu des débuts, il ne reste pour ainsi dire plus beaucoup de traces. Mais loin de pleurer la disparition d’un univers nerveux et adolescent, on apprécie nécessairement cet album pour ce qu’il est : un album de la maturité. Holy Fire serait-il la synthèse parfaite, un condensé de l’immédiateté dont Total Life Forever manquait cruellement et de la folie de Antidotes?

Au final, sur ce troisième opus les anglais se réinventent, on reconnait le style à la première écoute mais… tout a changé une fois de plus, tout est remis à plat, dans cet effort permanent de réinventer leur musique, de repartir de zéro. Foals renait de ses cendres, une fois de plus, pour le meilleur?

 


Trois rédacteurs, trois avis :

Greenwood

Le groupe anglais a acquis une légitimité qui lui permet de tenter à peu près n’importe quoi sans que l’on parte avec un a priori négatif. Foals nous a trop surpris, puis envouté pour qu’une moue douteuse apparaisse à l’écoute du premier extrait Inhaler – pourtant on ne peut plus déroutant. Tour à tour pop, math-rock, voire carrément hard-rock, le morceau réussit le tour de force de marier des guitares extravagantes et un riff improbable à une mélodie afro-pop. Une grandiloquence à l’image d’un l’album “no-limit“, qui laisse présager un triomphe aussi bien dans les charts que chez les critiques…

Machine à tubes (My Number passe déjà sur Virgin Radio, Everytime, Late Night) Holy Fire ne se complait pas pour autant dans un easy-listening paresseux, en témoigne une fin d’album qui emprunte des chemins plus tortueux. Les anglais ne se sont pas vendus au diable comme tant d’autres avant eux. Providence est une tornade afro-hard-rock implacable, un crescendo fou. Stepson une réponse grandiose à Spanish Sahara qui a le mérite de ne jamais totalement prendre son envol, de ne pas céder à l’urgence comme le reste de l’album. Moon prend de court une fois de plus, conclusion toute en délicatesse, plainte sobre, bien loin des sirènes magiques du début du disque.

Holy Fire est un album jouissif, une débauche musicale assumée qui rend heureux, fait sourire et danser. Foals sort cettte fois l’artillerie lourde et ça marche: My Number n’a pas fini de tourner dans les soirées et les iPods… On succombe sans grandes difficultés à ce virage fou, avec une gourmandise certaine, mais sans se sentir coupable. Qu’importe la suite pour le moment… Rien ne sert de tergiverser, on sera surpris….

 

Cassius

On pourrait dire qu’avec ce nouveau disque, Foals devient officiellement un groupe d’êtres humains. Ne nous méprenons pas : le groupe a toujours été obsédé de motifs mathématiques et de formats pop, et le restera très probablement pendant encore un petit bout de temps (Preuve s’il en est : la batterie démonstrative de Inhaler), mais Foals s’humanise.

De cette évolution naît nécessairement son lot de surprises. La surprise de Total Life Forever s’appelait Spanish Sahara et constitue encore aujourd’hui sans doute le meilleur titre du groupe. Ici, la surprise s’appelle surtout Providence (et un peu Inhaler, ok).

Si Antidotes pouvait se résumer à une formule mathématique, systématique et fantastique, Total Life Forever était lui un jeu autour des sentiments humains. Entendons nous, Total Life Forever était parfois sentimental, mais même les sentiments étaient calculés. Ici, Holy Fire apporte le dernier élément qui ferait de Foals un groupe de 5 êtres humains : le sentimental. Et nécessairement, avec plus d’émotions, beaucoup de choses prennent un sens nouveau. Les chorus débarassés de l’agitation névrotique d’Antidotes cessent d’être une forme de joyeux bourrage de crâne (Un ! peu ! d’air sur la terre !) pour acquérir une simplicité et une efficacité paradoxalement assez FM (Everytime, My Number, pure joyeuseté pop irrésistible). On retrouve également toujours le côté saccadé des rythmiques en caoutchouc du deuxième album, mais ils prennent un autre aspect terriblement et irrésistiblement Talking Heads (Out of the Woods).

Autrefois limités par leurs propres contraintes (une voix étriquée, une impossibilité fixée sur le premier album à descendre en dessous de la 10e case du manche de guitare), Foals ouvrent à présent un nouveau chapitre : comment jouer à l’extérieur du cadre ? Pas absolument certain que le sentimental (Stepson, Moon) soit leur meilleure carte à jouer (pitié pas de pop épique de stade pour le prochain album), je pencherais plutôt pour l’énervement en bonne et due forme, comme le prouve les fantastiques Inhaler et Providence.

 

Jim

On aura adoré Foals, on aura dansé sur ces Two Steps Twice et ces Olympic Airways, et j’avais vu d’un bon oeil les dérapages stoner us d’un Inhaler ou les accords FM de My Number, le potard tone pas assez poussé fera toujours son petit effet sur moi. Mentionné à tord et à travers alors qu’on croyait être parmis les rares élus à l’écouter, Holy Fire fait tout de même forte impression. L’impression grisante de bien-nommés “dieux du math-rock”… Alors il est là, dans mes mains mais pas dans mon coeur. J’y vais fort, je sais. Partagé entre des risques et des concessions, voici ce qui s’appelle un album à moitié couillu, donc à moitié chochotte. Un disque très décevant, il faut oser le dire. On se dit à la première écoute qu’on s’y fera mieux à la deuxième et ainsi va la vie.

Il faut cependant penser aux deux points forts de l’album : la concession et les risques. Deux paramètres qui s’enguirlandent pour laisser place à une masse de paradoxes et un manque cruel de spontanéïté, de vie et de sincérité. Des risques ? Un peu : qui aurait tenter – à leur place – de placer des riffs-sécateurs sur Inhaler ? Mais entre les risques, n’oublions pas qu’ils ont continué à manger l’herbe verbe de leur petit pré carré, sans chercher à cramer la forêt. N’oublions pas les concessions : laisser leurs titres à la dérive sur les radios faciles du monde entier. La suite on l’imagine, succès commercial important si ce n’est colossal, grossier et évident, bandeaux et sponsors draconiens à l’appui. Je sais que ça n’entache pas le jugement, que je tire sur l’ambulance d’un mal récurrent chez les artistes mais ça ne m’aidera jamais à apprécier davantage un album sans saveur. Everything m’ennuie, Providence me fait sourire tout au plus avec son côté timbré, Milk and Black Spiders me toucherait presque, Out of the Woods se respecte. Mais non, je ne peux plus céder. Les dés sont pipés, le disque rate le coche, comme si preuve était faite que Foals n’était que le haut du panier, la partie émergée de l’iceberg… comme si le 6.35 s’était marié avec le mauvais ampli. Retirez vos oeillères : ceci n’est pas un album.