Lyrisme mystère.

A tort ou à raison, sur JNSPUF!, on a tendance à utiliser vraiment beaucoup le mot “lyrique”. Le terme est sans doute sacrément galvaudé, puisqu’étant fan de “pop musique”, on en vient nécessairement à avoir une préférence pour les chorus qui tuent, et donc fatalement un petit faible pour les envolées pleines d’entrain.

Mais paradoxalement, ce lyrisme se doit d’être maîtrisé, dans un compromis quasi-scandinave, pour ne pas que la chanson sombre dans le mauvais goût. C’est cette frontière plutôt floue et relativement personnelle qui rend parfois la question délicate (à ce titre, l’équipe de JNSPUF! est plutôt éclectique, disons-le). Déjà posé par le nouveau disque de Foals, (l’aspect facile et immédiat de leurs singles les fait déjà passer sur Stade 2), je me suis pris violemment une claque à l’écoute du nouveau single de Phoenix (et dans une moindre mesure de celui des Strokes).

On attendait en efffet plus grand chose des Strokes depuis leur dernier album enregistré car “on leur avait proposé tellement d’argent qu’ils ne pouvaient pas refuser”. Mais même en sachant cela, il était difficile de résister aux tubes qu’étaient Machu Picchu et Undercover of Darkness (bien que Julian Casablancas y montrait déjà ses limites vocales). Et puis One Way Trigger, ce nouveau single qui tombait comme un cheveu sur la soupe, quand tout le monde se foutait de leur actualité et pensait que le groupe s’était définitivement séparé. Mauvaise nouvelle : ils ne l’ont pas fait, et se sont permis de déposer gentiment sur l’Internet mondial un titre inécoutable, comme si les Strokes s’étaient auto-plagiés, en mauvais. On y retrouvait toujours les délires rétro-futuristes de Casablancas, mal exploités, la guitare nerveuse et douce à la fois qui ne fait plus d’effet, le petit synthé et sa mélodie ridicule, la batterie métronomique qui ne nous donne même pas envie de dodeliner de la tête. Et surtout ce chorus complètement affreux chanté avec un falsetto atterrant. Comme si chanter plus aigu allait arranger les choses. La palme du chorus le plus insupportable pour un mec qui paradoxalement possède la voix la plus sexuelle et nonchalante des années 2000, incompréhensible.

Et voilà que récemment Phoenix nous fait aussi le coup. Ils déclaraient à l’occasion de la sortie de Wolfgang Amadeus Phoenix ne pas savoir ce qui fait le succès d’un disque. Je m’avance peut être un peu, mais Entertainment n’en fait sans doute pas partie. On peut être dubitatif à l’écoute de l’introduction (des claviers chinois, vraiment ?), accepter le premier couplet qui passe encore (réminescence d’un dernier album fantastique, je dis oui), mais impossible de ne pas tiquer sur ce refrain plus que désagréable qui souligne, que décidément, n’est pas lyrique qui veut.

Passablement déçu et agacé, un réseau social du nom de Trombinoscope a pourtant mis sous mon nez le nouveau single de Wildlife, Born to Ruin, vrai réconfort à la pop lyrique et stérile sus-mentionnée. Ils avaient sorti un premier album d’adulescents fou furieux, dont on avait parlé ici.

Wildlife c’est la preuve vivante (avec Arcade Fire) que l’on peut faire de la pop lyrique sans fioritures et avec honnêteté. Il suffit de jouer sur des guitares crades, de chanter à tue-tête, et de taper sur des tambours. On peut même placer un gros riff de guitare  dedans, ça passe sans problème. Fantastique, fou et (vraiment) épique.