Local Natives nous parle de colibri.

On a rencontré le chanteur moustachu de Local Natives jeudi dernier, avant leur concert à Tourcoing qui allait s’avérer être un moment superbe. Il nous a confié qu’il adorait Atoms for Peace (chronique à venir), on s’est dit que c’était un bon gars et on l’a laissé parler un peu du nouvel album du groupe, Hummingbird.

JNSPUF! : C’est le début de la tournée, comment ça se passe pour le moment ? Gorilla Manor ressemblait davantage à un album taillé pour le live, très spontané, qu’en-est-il de Hummingbird ?

À vrai dire, c’est déjà la fin de la tournée européenne pour nous ! On part sur les dates américaines très bientôt… C’est vrai que contrairement à Gorilla Manor, on ne s’est pas vraiment soucié de savoir si on pourrait jouer les morceaux en live au moment de composer. C’était volontaire pendant la phase d’écriture, pour pouvoir essayer tout ce dont on avait envie au niveau du son… ouvrir toutes les fenêtres possibles… trouver de nouvelles portes! Il y a encore plein de concerts à jouer mais on est content pour le moment du rendu sur scène. C’était un challenge de faire en sorte que les chansons sonnent bien en live.

JNSPUF! : Cet album sonne vraiment différemment de Gorilla Manor, c’est peut être un grand mot mais il semble plus mature?

Oui bien sûr, on a l’impression d’avoir énormément changé depuis Gorilla Manor. Ce sont de super souvenirs, mais on était encore des gamins… On s’est rencontré très jeunes, on a grandi tous ensemble et ce premier album s’en ressent. Hummingbird est beaucoup plus direct, on l’a composé ces deux dernières années. Nous avions davantage d’expérience. On est passé par des moments difficiles ensemble, au niveau du groupe, au niveau personnel également. Et cela nous a influencé pour l’écriture car on compose très directement, sur le moment présent, sur ce qu’on ressent.  Si on n’avait pas écrit sur certaines choses qui nous sont arrivées depuis la sortie du premier album, elles n’auraient jamais paru réelles…

JNSPUF! : Vous vouliez tracer un trait sur certaines choses?

Tout s’est fait assez naturellement, mais on s’était mis plus ou moins d’accord pour essayer d’éviter certaines choses. Par exemple, il a toujours été très naturel pour nous de chanter tous ensemble, en chœur. On souhaitais échapper à ce confort, cette habitude presque routinière. Certaines des chansons demandaient une voix unique pour cet album, une atmosphère plus intime… Il y a quelques titres sur lesquels nous avions de très beaux arrangements mais au final, à force d’élaguer, de faire de l’espace, il n’est resté qu’une seule voix. Ça nous a semblé plus honnête pour les vrais besoins de cet album.

JNSPUF! : Le guitariste de The National, Aaron Desner a co-produit l’abum, est-ce qu’il a aussi travaillé sur les morceaux avec vous?

On a composé l’album entre nous pendant huit mois à Los Angeles. La plupart du travail était fait quand nous avons rencontré Aaron, en tournant avec The National. Il s’est avéré que c’est à ce moment qu’on cherchait quelqu’un avec qui enregistrer l’album. On a sympathisé dès le début. Il était très enthousiaste à l’idée de travailler sur le projet. L’écriture était donc terminé à 95% à ce moment là.

JNSPUF! : Quel a été son rôle?

Aaron nous a permis de garder de la spontanéité pendant l’enregistrement. Il est habitué à essayer des idées en studio, à improviser. Sans lui, nous n’aurions pas été aussi dynamiques. Il nous a forcé dans ce processus et cela a donné de très beaux moments. L’album a été fait à Montréal en quelques semaines, dans une grande salle où on jouait tous ensemble. Après on est resté avec Aaron deux mois, chez lui. C’est un génie dans un studio, il sait vraiment TOUT sur l’enregistrement d’un album… C’était comme un grand frère. On s’est senti très à l’aise avec lui dès le début.

JNSPUF! : Pourquoi lui et pas un producteur plus traditionnel?

Cette relation producteur-groupe ne nous semble pas naturel du tout. On ne voulait pas faire rentrer quelqu’un dans notre univers. On est très protecteurs… Mais avec Aaron c’était différent, on l’avait rencontré en tournée. On a pu baisser la garde assez rapidement (rires). Lui aussi est membre d’un groupe, donc il comprend bien ce genre de dynamiques, les égos… Il savait nous laisser tranquilles quand il le fallait et nous aider à trouver des solutions et à s’introduire dans le groupe si besoin était. Il est pratiquement devenu un cinquième membre pendant l’enregistrement. Un mentor mais aussi et surtout un membre à part entière. Il n’a jamais dit : “vous devriez faire ça, vous devriez ajouter ça”.

JNSPUF! : Qu’est-ce que vous avez écouté en composant l’album ? Des coups de cœur dernièrement ?

Il y a tellement à dire sur une question comme celle là… On a été très influencé par Third de Portishead. On s’est senti proche de l’esprit, de l’esthétique et de l’émotion de cet album. Le dernier disque de The Horrors également. On adore leurs synthés et leur production est parfaite. Au niveau du songwritting, j’ai été personnellement dans “une phase Leonard Cohen” presque obsessive (rires). Quand on écrit, on écoute beaucoup de musique mais quand on enregistre pas tellement… Cohen et Nick Drake on été globalement les deux artistes que j’ai écouté. Pour ce qui est des nouveautés, j’attends très impatiemment le nouveau Youth Lagoon, j’ai adoré le premier album… On est aussi de gros fans de Tame Impala, le dernier album est incroyable!

Pour ceux qui n’ont pas eu la chance de voir le groupe sur scène, un petit concert très sympa “Soirée de Poche” sur ARTE live web.