Skip&Die ou faire la fête en colère

Autre révélation des dernières Transmusicales, le duo Sud-Africain Skip&Die avait apparemment sacrément retourné le Hall 9 en décembre dernier. De retour sur Rennes, c’était forcément l’occasion de les rencontrer et d’en apprendre plus sur ce duo musical multiculturel. Grande blonde aux yeux bleus, Cata.Pirata nous a reçu tout sourire quelques heures avant leur concert à l’Ubu.

JNSPUF! : Salut Cata ! Pour commencer, est-ce que tu pourrais te présenter ainsi que tous les autres membres du groupe qui n’ont pas pu être présents ?

Cata.Pirata (chant) : Salut ! Pas de problème. Alors je suis Cata.Pirata, c’est moi la front woman du groupe, je compose les chansons et je suis aussi artiste visuelle. Sinon dans le groupe, il y a Yuri, avec qui j’ai fondé Skip&Die. Yuri c’est le producteur, il ne joue pas sur scène avec nous, mais il fait tout le travail en backstage ! Après les musiciens il y a Gino et Nikke les percussionistes, Rene qui fait tous les effets électroniques, les boucles et les synthés, et Daniel qui joue des instruments à corde (guitare, cithare, et basse)

JNSPUF! : Un vrai groupe de live du coup ! Et pour les compositions comment faites-vous ?

Cata.Pirata : On s’échange des idées avec Yuri ! On s’envoie des éléments d’inspiration, parfois j’écris les paroles et il compose l’instrumental, parfois c’est l’inverse, et parfois on fait tout tous les deux !

JNSPUF! : C’est quoi l’histoire de votre premier album et des collaborations extérieures ?

Cata.Pirata : Pour composer notre premier album, on est retourné en Afrique du Sud et on a voyagé à travers le pays pendant un mois, en collaborant tous les jours avec des personnes différentes. Parfois des joueurs traditionnels de marimba, parfois des kids de l’électro, parfois des rappeurs, c’était un voyage super varié, on a pu avoir plein d’inspirations différentes ! Après avoir terminé les collaborations, on s’est retrouvé avec 24 débuts de chansons qu’on a ramené avec nous à Amsterdam. Et là ça nous a pris à peu près un an pour finaliser l’album.

JNSPUF! : C’était difficile après toutes ces collaborations de finaliser l’album et de trouver une cohérence générale ?

Cata.Pirata : Oui clairement, il y avait beaucoup de choses à retravailler pour que ça colle à notre univers. Pour notre premier album, on voulait vraiment trouver un équilibre entre ces collaborations et notre son plus personnel. On avait 24 chansons, mais on s’est restreint beaucoup pour ne garder que celles qui nous correspondait le plus.

JNSPUF! : Quel serait le rôle d’un pirate pour toi aujourd’hui ?

Cata.Pirata : La raison pour laquelle j’ai pris le pseudo CataPirata, c’est parce que mes ancêtres sont des vrais pirates d’origine française ! Je ne sais plus trop d’où exactement, mais ma famille a voyagé jusqu’à la Réunion et après l’Afrique du Sud. J’aime vraiment beaucoup l’imaginaire du pirate, le côté aventurier, la volonté de suivre ses rêves, sans nécessairement suivre les règles et les lois dictées par d’autres.

JNSPUF! : Pourquoi avoir choisi de chanter dans différentes langues ?

Cata.Pirata : J’ai vécu dans différents pays, et pour moi chaque pays où j’ai vécu correspond à une partie de ma culture, je ne me sens pas 100% sud Africaine, ni 100% néerlandaise, ni 100% argentine, mais ce sont tous des nationalités que j’ai eu. Je suis un peu un genre d’éponge qui absorbe toutes les cultures qui me touchent en fait ! Du coup, le rendu de tout ça c’est une musique en forme de collages de différents paysages sonores et visuels. C’est ce qu’on essaye de faire avec Skip&Die, on essaye de créer quelque chose de véritablement multiculturel. On essaye de le faire aussi avec les concerts, en mélangeant notre public pour faire la fête tous ensemble. Et c’est vraiment super pour nous de pouvoir provoquer ça, ce retour à la nature et à nos instincts primaires !

JNSPUF! : En quoi le fait de te définir comme artiste visuel influence-t-il ton travail avec Skip&Die ?

Cata.Pirata : Pour moi, les deux marchent ensemble. Tout ce que je fais m’influence forcément pour composer. Par exemple, je réalise les vidéos pour Skip&Die, créer le son est un voyage, et créer l’aspect visuel un autre, mais les deux sont nécessairement enchevêtrés. C’est super je trouve d’avoir différentes couches d’une même expérience, et d’avoir quelque chose qui touchent les émotions des gens à différents niveaux.

JNSPUF! : Que penses-tu du coup d’un artiste comme Woodkid qui a développé énormément le côté visuel de son travail au détriment peut être parfois de la musique ?

Cata.Pirata : Je pense que le côté visuel ne peut que renforcer les atouts d’une musique, jamais la desservir. Je ne pense pas que la musique soit une expérience à une dimension. Si on prend quelqu’un comme David Bowie par exemple, on se rend bien compte que le son et l’image sont très importants pour lui. C’est ces deux paramètres qui font de lui ce grand artiste qu’il est ! C’est important pour moi de pouvoir apprécier la musique et le visuel, le ressenti et l’attitude, tout est intéressant et tout fait partie d’un ensemble d’expression artistique qu’il est préférable de construire de façon cohérente je pense !

JNSPUF! : Est-ce que le fait de vouloir une musique pour faire la fête n’est-il pas incompatible avec le message politique que vous voulez faire passer ?

Cata.Pirata : En tant que personne, on n’a pas qu’une seule manière de penser. D’un côté, j’aimerais faire la fête pour le reste de ma vie, mais de l’autre, certaines choses me donnent envie de me battre et d’être en colère. Avec Skip&Die, on essaye d’exprimer cette dualité des choses, et d’exprimer les paradoxes de la vie, le fait qu’on ne peut jamais avoir quelque chose sans son contraire, jamais avoir la vie sans la mort, la lumière sans l’obscurité, etc. L’idée du yin & yang nous parle vraiment.

JNSPUF! : Avec qui aimerais-tu collaborer pour votre prochain album ?

Cata.Pirata : Avec Prince ! Ca serait trop cool ! Mais il y a beaucoup de personnes avec qui on aimerait travailler, Manu Chao par exemple, j’ai grandi en écoutant la Mano Negra et j’adore ce qu’ils ont pu faire donc ça serait vraiment top de travailler avec lui !

JNSPUF! : Qu’aimerais-tu que votre musique change chez les gens ?

Cata.Pirata : Qu’elle les inspirent ! On aimerait vraiment créer un effet domino, un genre de truc qui fait qu’en écoutant notre musique, les gens ressentent des bonnes ondes et puissent propager notre bonne parole ! J’aime tellement être inspirée par quelque chose, une phrase, un texte, une photo, n’importe quoi, mais quand je suis inspirée, la vie est parfaite !

JNSPUF! : Et ton inspiration récente par exemple ?

Cata.Pirata : Aujourd’hui, je lisais une nouvelle de William Gibson, c’est un auteur incroyable de science fiction ! C’est quelqu’un qui m’influence vraiment beaucoup.