Rammstein : live aus Lyon !

Nous, on est toujours là à vous parler de groupes de pop, de quelques musiciens électroniques parfois, de rock dégueulasse genre Born Bad Records un peu peut-être… ce que l’on ne vous dit pas, c’est qu’il y a un fan hardcore de Rammstein dans la troupe : moi. Les six allemands étaient comme à leur habitude, l’un des grands exploits lives de notre temps. Comprenez que ce ne sont pas ici des musiciens, mais un tout, une entité qui ne prend vie qu’avec cette association. Six capitaines, si l’un d’eux quitte le navire, alors tout coule.

Déjà leur dernier passage à Paris Bercy en mars 2012 m’avait tué (c’était alors mon baptême du feu), c’était le presque début de leur Made in Germany tour, tournée retracant toute leur discographie (je n’ai jamais réussi à accepter autre best of que le leur) pour un groupe vieux vingtenaire. Esthètes du live, Till, Richard, Paul, Christoph, Flake et Oliver ont prouvé une fois encore qu’on pouvait aligner les tubes sans se trahir une seule seconde.

Un cadeau magnifique sous forme de place de concert plus tard, nous voici à Lyon, au sein d’une foule bouillante, à la fois mignonne et totalement rageuse – ceux qui squattent les concerts de metal voient très bien ce que je veux dire. Le Halle Tony Garnier me faisait très peur, salle impossible pour les concerts et dénuée d’acoustique, mais la seule peut-être capable d’accueillir un tel emblème de la musique. Nous faisons face à une première partie incroyable dans le sens premier du terme, absurde : un DJ, Joe Letz remixe en version mauvaise dubstep (Skrillex aurait adoré) des morceaux phares de Rammstein. Tout y est broyé : Amerika, Links 234, et j’en passe… membre de Combi Christ, le bonhomme n’est pas intéressant, on pourra lui laisser le mérite de laisser un beau bordel dans la salle.

Une demie-heure trop longue passée, Rammstein arrive enfin. Ich tu dir weh entame le set, les premiers artifices arrivent, la salle devient un gigantesque four lorsque Till, clown triste et violent, fait une entrée théâtrale : l’un des immenses projecteurs en croix sera son ascenseur, sa fourrure rose ira avec ses cheveux fraichement peroxydés. Le tout Lyon se déchaîne, les meilleurs morceaux du groupe réapparaissent plus vivants que jamais sur cette scène quasi trop petite pour leurs épaules. Wollt ihr das bett in flammen sehen arrive deuxième, l’un des premiers morceaux de Rammstein dont j’avais oublié la saveur me retourne, je redeviens ce gosse qui collectionnait tout du groupe qui l’avait éduqué. La violence monte encore d’un cran avec Keine Lust et Sehnsucht, le déluge peut bien attendre. Ce concert fait partie de la reprise de cette fameuse tournée best of, Lyon étant l’une des destinations préférées du groupe qui enregistre parfois ses morceaux dans le sud de la France, de la manière la plus simple qu’il soit, en louant une maison. Rammstein restera ce groupe humble, dont certains repprochent le côté spectaculaire et désuet, mais c’est ce même côté qui permet au groupe d’embaucher près de mille personnes (techniciens, roadies, riggers, etc) sur une tournée, et de créer ainsi une formidable expérience humaine. Un rêve d’enfant se réalise une deuxième fois quand je vois Richard et Paul se rejoindre au centre de la scène pour attaquer les riffs de Asche zu asche, sans doute la chanson qui m’a donné cette passion de la guitare.

On sue, on prend des coups, on se batterait presque parfois, on sourit aussi. L’intro du morceau éponyme Rammstein s’entend, des guitares lance-flammes sont sorties, mais Till débarque et se met à rire. Faux départ, c’est Bück dich qui résonne, le morceau (sans omettre sa scénographie) le plus virulent du groupe. Le sexe le plus abrasif et le romantisme se mêlent, et mis à part un solo inaudible faute à un problème sonore sur Links 234, j’ai concrètement tout adoré. Doom – doux surnom du batteur, connu pour taper partout, tout le temps, sur tout et avec n’importe quoi – nous offre son jeu des grands jours, cardiaque, fin, massif et toute sa ferveur, capable d’emporter 17.000 personnes dans sa chute.

“On fait de beaux effets, persuadés que ça donne un air cool… ce n’est probablement que ridicule” disait Richard (guitariste lead) dans le documentaire Anakonda Im Netz (en entier ci-dessous). Les flammes gargantuesques se marrient avec les lumières et la musique, autant au clavier qu’à la guitare la plus saignante, ce qui touche réellement est l’évidente sincérité d’un groupe qui joue pour l’amour de la scène et de son public. Les briquets sont lumineux et je vois nombre de gens pleurer sur Ohne dich ou Mein herz brennt… Tout le monde est comblé, Pussy annonce un adieu sans larme, puis le groupe entame un dernier remerciement, alignés et parfois à genoux au plus près de ce public français qu’il apprécie tant. l’émotion des plus grands concerts vient de revenir. Sûrement, j’ai perdu toute objectivité critique, mais promettez-moi meilleur groupe live, alors je me tairai à tout jamais. “Nous vous aimons vraiment beaucoup, merci infiniment, merci” nous souffle Till, ému. Il n’était pas le seul.

One thought on “Rammstein : live aus Lyon !

Comments are closed.