Venus Bar : AV César

Gavé par tous ces artistes chantant le français comme de mauvais Ian Curtis, j’avais beaucoup d’appréhension à la musique d’Adrien Viot, le bien-nommé AV. Une journée de bonté m’aura fait ouvrir le courrier et lancer ce vinyle qui semblait comme tout autre, aussi variété ou insipides soient-ils. Dès le premier morceau, Venus Bar, je prends une claque. Ici, ce n’est pas du chiqué. Ceux qui écoutent avec les oreilles et pas avec le cool le remarqueront très vite. C’est pas la mode ici.

On songe à Daniel Darc et à plein de belles influences, toutes violences et crades, mais ce qui ressort est quelque chose de sensiblement personnel, unique. Suicide, toutes mains coupantes dehors, armés jusqu’aux dents de mélodies audacieuses. J’ai presque déjà oublié Lescop quand Mort à Vegas se met en branle, une notion abstraite mais un véritable tour-de-force d’AV, de ne pas être l’artiste de plus. Les ambiances se distillent, ce n’est clairement pas propre et les jeunes filles de bon goût feront semblant de ne pas aimer (et pourtant, elles devraient) alors que la partie de guitare delay-loopée qui rendrait jaloux Jamie Hince explose. Les vices se développent, l’EP en devient sexuel et toujours sale, la poésie est coupante dans ce vieux Paris américain des strip clubs 80’s. “Y’a pas plus mal barré, alerte aux zombies…”. AV ne tombe pas dans les miscellanées pop à synthés ni dans le rock français qui singe l’anglais à guitares… il est mené de bout en bout d’une main de maître SM, quasi une année et demi après l’avoir découvert avec Venus Bar. Le temps va.

Deux remixes ornent l’autel aux morts, ceux de Juveniles et Pyramid. Je vous laisse la surprise et je n’en parle pas ; si ce n’est pour dire qu’ils sont vraiment chouettes. Il est dit dans les communiqués que Lescop l’a aidé sur Autostrada, j’ai du mal à croire que ce n’est pas plutôt AV qui lui a apporté mille choses. Chose assez rare pour être dite, une reprise de Venus Bar est également sur la tracklist… Quand on joue vrai, ça fonctionne toujours mieux. Moi, je retourne le chanter sous la douche.