Woodkid : le syndrome Into The Wild

Le manque de temps fait parfois que JNSPUF ne parle que des belles choses et des choses qui nous touchent, parfois, on élude quelques disques immondes et vides. Je savais que j’allais l’écrire, je ne savais pas quand, certains très écoutés de Télérama et Rue89 ont sorti – à juste titre ! – les crocs, maintenant c’est mon tour.

Sorti de nulle part, je n’avais pas trouvé laid Run Boy Run (je l’avais même bien aimé pour être franc) mais c’est bien là tout ce que je peux affirmer de positif, tant dès le début, la machine trop huileuse m’avait dégoûté. Iron avait de faux relents et trop de plans musicaux qui feront toujours mouche sans mérite, I Love You me faisait littéralement vomir tant j’avais rarement écouté quelque chose d’aussi indigeste. Une montée commerciale en puissance passée par La Tour Eiffel puis le Grand Rex sur un fond hypocrite de musique indie et de sincérité (“je voulais jouer à l’étranger d’abord, puis offrir le meilleur à mon public parisien”), c’était déjà mal parti pour l’innocent et prétentieux Woodkid. Celui qui s’est construit une gloire sur du Lana Del Rey au masculin  avec des tambours, en laissant des clips déjà-vus (slow motion, noir & blanc, etc.) pour Rihanna ou la Lana ; vient de se mordre les doigts sur un disque… qui tombe à l’eau. Précisément, un coup d’Excalibur au ralenti dans l’eau. Ici, à JNSPUF! on juge la musique et seulement la musique quand il y en a, mais un retour sur les faits était nécessaire. J’ai attendu, voulant presque changer d’avis, mais rien n’y fait.

The Golden Age, donc. J’aime toujours beaucoup le côté mégalo dans la musique, le grandiose, le vrai grandiose. Ici, après une intro respectable mais sans grand charme (comprenez “elle est bien, mais tu ne la réécouteras pas”) on enchaîne les percus. Les chansons, pardon. Des effluves de violons, par trentaines sans doute, nous jouent des sérénades vulgaires, comme pour nous faire admettre que le tout est très beau. C’est ici tout le syndrome Into The Wild, proposer une coquille vide et réussir à faire passer ça pour de la poésie.

Des violons partout, des tambours partout, si encore il y avait du rythme là-dessous, je me tairais volontiers. Le tout est censé raconter le passage à l’âge adulte, la sortie de la naïvité, pourquoi pas. J’aime le concept, mais de bout en bout il ne se passe rien dans l’album, le vide prend toute la place. Des paroles insipides, des fautes d’anglais (oui on l’avait vu avant, DumDum en a même fait un article très drôle), des tambours qui tapent à tout va, des instrumentations inécoutables. Falling, Conquest of Spaces ou même The Shore… tout est creux, je ne trouve rien à dire car il n’y a rien là-dedans. Il a même osé attaquer le Stabat Mater, et là mon instinct de musicien se retourne dans sa tombe et je repense à mon interview de Jean-Christophe Spinosi.

Réécoutez l’album, allez le voir en concert, qu’on ne soit pas des haters parce que l’on refuse d’aimer quelque chose de foncièrement mauvais. J’espère que les Art of Noise ne tomberont jamais sur cet album, Haydn non plus d’ailleurs, mais lui il y a moins de risques. Soit on fait de la musique, soit on se prend d’amour pour les tours de passe-passe dans les supermarchés : j’ai trouvé en la personne de Woodkid un amiral de bateau-lavoir, loin du capitaine de Titanic tant raconté.