Carte blanche à Born Bad Records aux Nuits Sonores : la revanche

Comment on se dévergonde. J’étais tout joie de me savoir à Lyon en pleines Nuits Sonores, mais mes excès de zèle n’aidant pas forcément, je n’ai pas envie d’écouter – ou d’aller voir – de la musique électronique en ce moment. Je sais, c’est pas forcément cool pour tout le monde, mais les guitares et le boum boum seront toujours plus rigolos que les boum boum sans la guitare. À raison, nous nous ramassons au concert le plus massif de l’année, celui de l’un de mes labels fétiches : Catholic Spray, Feeling of Love & Crash Normal.

Après avoir galopé sur des kilomètres et des millions de gouttes de pluie, la salle nous ouvre ses portes, un Enfer aux allures de Paradis : DJ set garage punk qui scande Frustration à fond les ballons, entrée pour quasi rien, bière délicieuse et forte, plein de gens beaux et tatoués, une acoustique assezfabuleuse… j’étais encore tout bonheur, mais c’était quelques minutes avant de déguster :

Les Crash Normal ouvrent le bal, et on ne peut que les aimer avec leurs petites bouilles. Un passage au stand plus tôt, je croise le mec à la Jazzmaster de Catholic Spray et lui prend un tee-shirt, je vois que le guitariste du duo normalien a eu la même idée que moi. Plus minimaliste tu tapes à mains nues sur ton ampli : un batteur debout devant deux fûts et une crash (oh, on retrouve une idée…), un guitariste chanteur avec une Mustang. Simple, direct, abrasif donc parfait pour griller ce qu’il reste ce soir entre mes deux oreilles. Je serais à mon grand désarroi bien incapable de citer les morceaux, mais le sourire des petites filles qui dansaient devant la scène ne s’y trompait pas : c’était super, parfois douceur et parfois holocauste. Ils s’en tirent avec les honneurs sur un set royal et léger couronné par la montée sur scène de la maman du chanteur.

Un moment de flottement et je troque mon top des Kills contre l’étendard des religieux. Les Catholic Spray préparent leurs armes, enfin pas totalement puisque je recroise mon pote du groupe aux toilettes (ça vous est tous arrivé) et il balance un sobre “p***** vraiment ça fait plaisir” vers le petit garçon (lui ?) du tee. Des télés sont dispersées dans l’enceinte, nous les voyons enjamber la scène d’un pas timide tandis que nous dévalons les marches. La première chose qui me frappe est la remarquable ingéniosité du groupe qui a trouvé une technique imparable pour ne pas perdre ses micros : ils les bouffent et les gardent en bouche. Parfois après, ça ne marche plus très bien. Certains disent que l’âge d’or est derrière, mais ils sont fous. Hustling in Barbès, Bet that sound sounds cool on TV, Masterchief of the foxes, Youth can suck my dick (“ceci est une chanson pour la jeunesse”)… quelques problèmes techniques et des 6.35 qui se cassent, mais rien d’éliminatoire : la sauvagerie a parlé et le show est violent, vivant, vivant, vivant, sûrement aussi vivant que Doug dans Total Recall.

Les Feeling of Love se posent en survivants de la soirée, j’ai du mal à m’y faire après ce que je viens de voir… mais le groupe est bon, souvent très bon. Je ne comprends pas tout, je suis désorienté et déboussolé par les pschit d’il y a quelques minutes, peut-être est-il temps de regagner nos semi-montagnes au nord du grand Lyon ?  J’entame ma résistance et nous assistons à six morceaux bien menés avant de nous enfuir, mêlés entre le bruit et un certain blues. Eux aussi méritent toute l’attention du monde (à Rennes le 15 mai !), ce n’est pas parce que les groupes sont méchants et portent des capes qu’ils ne sont pas gentils. J’ai eu beaucoup de peine à écrire cet article, accouché dans la violence et pour cause : ça ne s’écrit pas, ça se vit en live. Nos chouchous de la soirée seront bientôt en interview chez nous, quant au visuel explicite, c’est griffé Elzo Durt.