Lose Yourself
to Dance.

Cet article raconte la noble évolution du duo Mount Kimbie, docteurs ès textures sonores, qui ont rejoint la piste du dancefloor sur un deuxième album précieux et sans compromis. Voilà pour la présentation.

Soyons honnête : je n’avais pas vraiment été passionné par le premier album du duo londonien. Mais sur celui-ci, les choses semblent être un peu différentes. Tout d’abord, l’ombre de Four Tet plane sur cet album. L’ambiance est très souvent minimaliste car intimiste, de taille extrêmement modeste mais avec un niveau de détail vraiment impressionnant.

L’ouverture se fait sur des cuivres et un rythme lancinant qui colle très bien avec des bruits de vague, et qui traduit un genre d’entre deux entre sonorités très brutes et industrielles et une répétition qui fait s’éluder le caractère brutal de leur musique au profit d’un son propre et beau (Home Recording). Méta-chanson de l’année, Break Well, qui – oui le titre est bien trouvé – explose bien sur un motif à la basse groovy en diable, est là encore très proche de Four Tet.

Mais cette comparaison s’arrête là où commence la diversité musicale de l’album, finalement plus proche du grime et de la nu-soul que les disques de l’autre londonien. Et en guise d’ouverture, il faut bien mentionner la collaboration avec King Krule, crooner sombre qui prête sa voix à deux ballades désespérées (You Took Your Time, mais surtout la très belle Meter, Pale, Tone). Parmi les autres grands moments de l’album où Mount Kimbie fait une musique unique qui leur ressemble, on peut noter aussi le titre polyrythmique fantastique Fall Out, conclusion splendide de l’album. Malheureusement, tous les titres ne sont pas de ce niveau et on peut regretter quelques chansons plutôt dispensables (je balance : Slow, So Many Times, So Many Ways)

Ce qui est intéressant chez Mount Kimbie, c’est le rappel fréquent que la beauté, c’est les courbes. 2.35 d’introduction sur une chanson de 3.42 (Break Well, toujours elle), c’est objectivement incohérent, surtout quand la fin est aussi abrupte. Mais tant mieux, car c’est nécessairement addictif, et révélateur du souhait de Mount Kimbie et de leur recette pour faire danser : ne pas donner aux gens ce qu’ils attendent. Made To Stray, l’excellent single à fort potentiel addictif (vous êtes prévenus), fonctionne d’ailleurs peu ou prou sur le même principe : une partie vocale tubesque qui n’intervient qu’aux 3/4 de la chanson.

Porte d’entrée vers la nu-soul, le dubstep subtil (oui ça existe) et la minimale, Mount Kimbie synthétise sur ce deuxième album un son très londonien qui les a fait connaître. On sent d’ailleurs que la période du premier album n’est pas complètement révolu, avec des titres parfois hantés de sonorités industrielles (Sullen Ground). Mais pour autant, Mount Kimbie ne semble pas vraiment s’embarrasser de références, ni d’ambition démesurée. Ils ont simplement réalisé un disque vraiment bien produit qui sort des sentiers battus de la musique électronique.