Mars needs women : rencontre d’AV

Au départ était Adrien Viot, jeune garçon sans doute timide qui n’avait pas osé se sortir de sa cachette. Puisque maintenant nous avons AV et toute la torpeur qui l’entoure dans ses compositions, nous en avons profité pour échanger quelques mots, discuter d’un Rock en Seine ou plannifier un futur café rennais ou parisien. Venus Bar, son premier manifeste, nous avait subjugué, c’est le mot. Enchanté par la force des composition ou la violence de la guitare (j’en profite un peu dans l’interview d’ailleurs), je ne pouvais être rassasié par seulement quatre titres. Trève de pinaillage, je ne pourrais seulement pas m’empêcher de vous conseiller une fois encore ce petit objet qui laisse encore trembler les murs de mon appartement breton.

Comment peut naître un projet comme AV ?  

C’est un peu dur à résumer mais je vais essayer… J’ai commencé à écrire des poèmes au lycée, des années difficiles. J’étais en internat en lycée agricole, et peu de gens écoutaient de la bonne musique, à vrai dire nous étions 4 et nous avions monté un groupe de reprise (Polnareff, Nirvana, Noir Desir plus des choses dont je ne suis pas très fier). A l’époque internet n’était pas aussi accessible et développé, c’était impossible par exemple de trouver un titre de Joy Division sur Youtube. Heureusement le week-end  je filais à la médiathèque de ma ville et j’allais emprunter des disques de Jean-Louis Murat, Miossec, Gérard Manset, Alain Bashung, les Cure, Dead Can Dance, New Order etc… C’est à partir de ce moment-là que j’ai commencé à me passionner pour la musique, j’avais 17 ans…

Et puis il y a 3 étés, un ami m’a demandé de lui garder deux synthés (un rogue Moog et un MS20)  de peur de se les faire voler pendant son absence. J’en ai profité pour apprivoiser ces machines que je ne connaissais pas du tout, j’ai commencé par faire des reprises puis des compos avec Philippe Thibault le chanteur de Garçons d’étage. Un peu plus tard j’ai pensé à Alexandre Armengol Areny  pour approfondir ce que j’avais en tète. Je savais qu’il était un passionné de synthés analogiques et de machines, qu’on allait s’entendre musicalement et il avait l’avantage d’avoir une culture musicale francophone vierge. Je savais que je n’allais tomber dans aucun cliché avec lui… La première chanson sur laquelle nous avions travaillé était “Venus Bar”. On était très fier du résultat, à partir de là il a réalisé tous les titres à mes côtés.

C’est toi seul qui composes tous ces morceaux ?

J’arrive toujours avec une mélodie de voix, une rythmique, parfois une ligne de basse. Mes maquettes ressemblent toujours à des blues, le but après c’est d’en faire une chanson. Après sur chaque titre on a eu un processus différent, les compositions naissent d’un travail que l’on réalise à trois avec Alexandre et Philippe, même si c’est Alex au final qui réalise les arrangements .

On a senti à l’écoute de l’EP une véritable essence française. Quelque chose de Taxi Girl, Darc… mais transformé. Comme si tu t’étais approprié toutes ces influences, les influences comptent pour toi ? 

J’ai peu écouté Taxi Girl, beaucoup plus Daniel Darc à l’adolescence. Je pense que c’est quelque chose que j’ai dans le sang comme tout ce qu’on peut écouter très tôt. L’inspiration pour moi c’est la digestion de tout ce que l’on assimile. J’essaie simplement de traduire dans ma musique tout ce que j’aime afin de faire un cocktail à la fois original, à l’image des albums, des livres, des films et des moments forts de ma vie.

Si on se laisse submerger par des influences, est-ce un grand risque pour la personnalité de sa musique ?

Aujourd’hui, il parait que tout est fait, j’ai du mal à le croire. Chaque genre musical créé par le passé est déjà un mélange d’autres genres. Les Rolling Stones n’ont rien inventé, Elvis non plus, ils ont juste sublimé une musique qui existait déjà avec des tubes et des albums incroyables. Aujourd’hui nous sommes plus que jamais dans une époque baroque passionnante où nous avons la possibilité de faire de sacrées recettes à l’instar de Diplo, Kanye West ou Kid Cudi. Enfin, pour répondre à ta question et comme dirait Michel Sardou, à partir du moment où on fait ce qu’on aime et qu’on peut se regarder dans la glace le matin, il n’y aucun risque.

Ton EP vient de sortir, Venus Bar. As-tu pu ou réussi à faire tout ce que tu voulais dessus ? 
Oui j’ai eu beaucoup de chance, c’est mon éditeur qui a financé l’EP et qui m’a donné les moyens de satisfaire mes ambitions artistiques. Cet EP est une fenêtre sur mon univers mais n’en représente qu’une partie. Disons que ce sont les titres les plus directs… L’album va être beaucoup plus ambigu. J’aimerais désormais avoir plus de moyens pour de beaux clips cinématographiques.

Aujourd’hui le format EP prédomine pas mal, les albums se font plus rares et timides. C’est mieux d’attaquer par un EP ou d’essayer de tout déballer sur un album directement selon toi ? 

Si seulement je le savais… Je suis un peu naze en marketing et je n’ai pas encore la réponse à la question : “comment monter un buzz?”. Pose-la plutôt à Fauve, ils ont l’air d’en savoir plus… Le mot “buzz” me donne la nausée, la seule chose que je remarque c’est qu’on zappe les artistes qui prennent des risques. C’est très difficile aujourd’hui de construire une carrière et c’est ce qui m’inquiète. Etre là dans 10 ou 20 ans, je crois que ce sera difficile .

Beaucoup de choses ont changé dans le monde de la musique et en général, internet a changé les règles. J’ai l’impression, qu’avant, on pouvait avoir des idoles, des groupes à admirer, dont on placarderait les posters dans nos chambres. Je trouve que ce n’est plus le cas aujourd’hui, on aime des groupes mais c’est moins intense. Qu’en penses-tu ?

C’est vrai qu’il n’y a plus d’artiste du calibre d’Elvis, de Nirvana, de David Bowie ou de Mickaël Jackson… Je n’ai pas d’explication mais je n’ai pas non plus envie de dire que c’était mieux avant, ça n’aide personne à aller de l’avant… Surtout pas moi.

L’un de tes morceaux m’a réellement touché : Mort à Vegas. La guitare me rappelait Jamie Hince (des Kills) que j’admire. Peux-tu m’en dire plus sur ce morceau ?

J’ai écrit le refrain pendant le concert de Death In Vegas à Rock en Seine en 2011, un live qui m’a vraiment beaucoup marqué ces dernières années. Et les paroles sont principalement inspirées du film “Leaving Las Vegas” avec Nicolas Cage… La guitare est de Christophe Van Huffel, le guitariste de Christophe qui a réalisé quelques arrangements sur l’EP, les samples et le saxo sur “Autostrada”, et qui a surtout réussi à me donner confiance en moi pendant mon séjour chez lui dans le Lubéron .

Si tu devais nous donner un titre qui représente ton univers, ce serait quelle chanson ?

“Zombies” est probablement la chanson la plus autobiographique et la plus intime tandis que “Chambre Rouge”, qui ne figure pas sur l’EP, représente le mieux mon univers dans sa globalité et est celle que je préfère chanter en live.

Il y a des artistes/groupes actuels que tu aimes et dont tu te sens proche ? 

Il y a des artistes que j’apprécie avec lesquels j’ai noué des liens de manière différente pour chacun d’entre eux. Je pense à La Femme, Lescop, Alister, Juveniles ou encore That Obscure Object Of Desire,

Rendez-vous un jour à la maison à Rennes autour d’un café ? On écoutera des vieux morceaux et on papotera un peu. 

Avec plaisir ! Si tu veux venir à la Maroquinerie à Paris le 19 juin, tu es le bienvenu aussi.