Pop authentique

Loin des disques de grosses machines parues récemment (réussis ou non, là n’est pas la question), le plus modeste Volume 3 de She & Him a fait sa place dans la rédaction. Petit rappel du contexte : constitué du guitariste M. Ward (qui officie également en solo) et de l’actrice Zooey Deschanel, She & Him appartient quand même à cette catégorie de groupes qui publient des albums de Noël. Mais plus qu’un symbole, ce travers sucré (et franchement too much, avouons-le) servait également de manifeste, assumant pleinement le kitsch d’une époque où la vision que l’on pouvait avoir des singles n’était pas si éloignée de celle d’aujourd’hui.

Car si dans les années 60, les chansons étaient surtout des singles, et les albums, des collections de singles, She & Him se situe pleinement dans cette lignée. Indice sur la filiation, les albums sont des Volumes numérotés, généralement peu avares : 14 morceaux, et autant de singles potentiels. Et si tout cela n’était que de la poudre aux yeux faussement retro, qu’une vulgaire fumisterie (cet album encourage fortement à employer des mots de la sorte, vous êtes prévenus), 14 morceaux n’auraient pas lieu d’être. De manière plus générale, on a trop souvent tendance à considérer She & Him comme un groupe mignon mais quand même sacrément à côté de la plaque. Et pourtant, comme groupe passionnant rendant hommage à une époque, on ne fait pas mieux.

Subrepticement, une évolution apparaît dans le son She & Him. Délaissant la folk & l’americana des débuts, She & Him s’aventure vers une pop-folk toujours aussi authentiquement 60s mais qui prend certains accents autres. On peut même déceler une improbable et fantastique évolution vers la twee-pop de mes héros écossais, les intouchables Camera Obscura (notable sur I Could Have Been Your Girl ou Never Wanted Your Love, sans doute les titres les plus marquants de l’album). Même mélodies sucrées, même guitares cleans tout en strumming délicat, et même choeurs radieux. Et si la voix surannée de Zooey Deschanel garde l’esprit des premiers disques sur certains morceaux (le classique Somebody Sweet to Talk To au final très chouette, le très années 20 London), le duo semble se renouveler, signe indéniable de vitalité.

A ce titre, la pochette du disque est emblématique : M. Ward complètement flou regarde en arrière, et Zooey Deschanel nette, regarde en l’air. Un certaine idée du duo où le guitariste reste l’homme de l’ombre, les pieds sur terre, et où la chanteuse visible, s’échappe, insaisissable compositrice de pop authentique. A la fois side-project dans une carrière de musicien renommé et d’actrice qui n’a vraiment pas besoin de ça, les chansons écrites par le duo sont pourtant d’un pointilleux rare dans la pop, reflet d’une vraie culture musicale et d’un souhait de transmettre cette culture. Car sans faire déballage de références, l’album cherche avant tout à transmettre l’esprit d’une époque chérie. En témoigne les fréquentes reprises toujours réussies (Baby, Sunday Girl, Hold Me Thrill Me Kiss Me). Léger et simple d’abord, l’album n’en reste pas moins d’un songwriting rare et d’une production superbe (qui réussit aussi facilement à placer des violons dans une chanson pop sans qu’elle finisse mielleuse?) que l’on redécouvre à chaque album.

Dénominateur commun de la pop, d’une simplicité désarmante, d’une élégance incroyable, She & Him laisse pourtant planer un certain mystère sur la twee-pop et la twee-folk. Préparées à conquérir le monde à coup de refrains imparables, leurs chansons semblent pourtant confortable dans une niche musicale, étrangement plus petite que leurs aspirations à faire de la musique universelle pour comédie romantique. Mon plaisir coupable n’en est finalement presque pas un.