Que valent
les Thee Oh Sees live ?

La pluie fait rage sur l’un des quartiers un peu abandonnés de la vieille Lyonnaise, Perrache ne montre pas son meilleur jour et les vans blancs le long de la route sont tout sauf accueillants. Le cadre est posé. Cette légère salle du Marché Gare (dont la moitié est déjà remplie par la scène) est toute joie quant à elle, et nous, nous sommes en retard.

Les échauffements ne seront pas pour aujourd’hui puisqu’un jeune groupe assez fun a pris l’endroit d’assaut, je comprends rapidement que ce sont les Regal et leurs sangles kitsch, et l’on remarque malheureusement assez vite que tout le public est là pour les Oh Sees. Dommage pour eux, puisqu’il réalisent un set honorable, relativement varié sans se trahir, Burns et Stratocaster en mains. Aucun morceau ne nous est connu, mais tous nous laissent un goût salé agréable. Allez les cocos, ce n’est pas parce que le grand John Dwyer vous regarde (et vous applaudit chaudement !) du bord de la scène qu’il faut être stressé à ce point si ? Ne vous en faites pas, c’était top.

Bien entendu, la première partie passée, l’audience n’attend plus qu’une seule et unique chose : les Thee Oh Sees, oui monsieur, oui madame. L’excitation et l’impatience sont à leur comble, et eux sont là, vagabondant sur la scène, soulevant des amplis plus lourds qu’eux, jetant des pédales au sol pour les brancher. Un air connu s’entonne à la basse – qui n’est qu’une guitare électrique ! – et nous redonne le smile, celui que seuls les Oh Sees peuvent figer. Le batteur qu’on croyait tendu accorde méticuleusement sa batterie… L’incendie qu’on appelera sobrement “concert” dans ces lignes démarre et l’ombre du sans-faute plane déjà : rapide, imprévisible, massif… “vicieux et viscéral, donc parfait” comme avait été décrit un set des Kills par un journaliste. The Dream, Contraption/Soul Desert, I Come from the Mountain… je suis perdu, on ne sait plus quel refrain chanter à quel moment tellement tout va trop vite et l’anticyclone de pogos voit le jour. John Dwyer, en leader charismatique et sans souci, s’asseoit pour changer tranquillement les cordes de sa machine de guerre en plein morceau, pas besoin de 36 guitares. Le public est quant à lui très féminin et très looké : tout le monde a pris soin de bien s’habiller et bien se coiffer, les filles sont belles et bien maquillées de leurs yeux de chats, toutes en valeur et… absolument tous ces gens se mettent à se sauter dessus comme des sauvages : fabuleux ! Pourquoi ne retrouve-t-on pas ça ailleurs ? Pourquoi les filles bien propres sur elles ne vont-elle pas défleurer des hommes dans la fosse ? Les Oh Sees embrasent le public et ont des réactions toutes plus débiles les unes que les autres (donc géniales), mais les californiens ont du mal à se raconter en live : eux aussi ils se voient et s’écoutent. La lourdeur et la puissance du garage les poings meurtris, la bonne humeur bien saisie. Lyon est parfois coincé (cf. la soirée Born Bad Records deux semaines plus tôt), mais parfois elle m’enchante et me nargue, j’adore qu’on me donne tort de cette manière. Ce n’est pas souvent que les gens me prennent dans leurs bras pour la simple raison que je porte un tee Catholic Spray. Pour ma part, je vais peut-être commencer à me taire et me souvenir de ce concert dans 50 ans : merci.