Random Access Memories, par Greenwood

On a parlé de tout sauf de musique pendant des mois à propos de cet album. Tâchons ici de nous attacher à l’essentiel : Random Access Memories est-il un bon disque ? Un grand disque, je n’en suis pas certain, une révolution, encore moins, le meilleur Daft Punk pas vraiment. On n’est pas autant charmé par RAM que par Discovery. Pour autant, le nouvel album des français casqués est intéressant, parfois même franchement génial.

D’abord parce que Daft Punk ne fait plus de la musique électronique à proprement parler. Ils jouent des instruments acoustiques, ils abandonnent leurs ordinateurs… Ils conservent cependant leurs structures répétitives traditionnelles. Le résultat, une approche électro-acoustique de la musique assez nouvelle ou des vocodeurs côtoient des morceaux funk, des arrangements orchestraux, des pianos classiques ou des batteries jazz… Magnifique réussite sur le profondément triste Within, où Wall-E le robot touche bien plus que n’importe quelel voix humaine grâce aux notes de Gonzales. Daft Punk reste une superbe machine à danser misant désormais sur une exubérance anachronique décomplexée à coups de synthés (Touch) ou sur un groove-funky porté par la guitare de Nile Rogers (Give life Back to Music, Get Lucky). Plus de beats ravageurs, à la place une batterie claire déroutante. Mais l’électro a ce pouvoir de rendre géniale une phrase simple, la musique de Daft Punk portée en acoustique prend le risque d’être seulement lassante. C’est ce qui se passe sur Beyond, The Game of Love ou Motherboard. On verse plus dans la musique d’ambiance voire la bande-son, ça ne raconte pas grand chose.

Random Acces Memories est avant tout un album-hommage à une époque, à un son. Contrairement à Moroder, ils se tournent plus vers le passé que vers le “sound of the future”. RAM est une belle synthèse de ces influences 70’s et 80’s. À quoi bon un pseudo standard-crooner comme Fragment of Time en 2013 ? Giorgio by Moroder fait bien sûr exception à la règle : l’un des chefs-d’œuvre de l’album, à mi chemin entre la BO de Scarface et Albator. Dès les premières notes, on ne peut être que conquis, par les mots de Moroder et son accent allemand-diskotek. Un discours lyrique sur la magie de la musique inséré dans un morceau fleuve qui joue sur des structures de rock-progressif, de jazz, sur des solos d’orgue virevoltants, sur des lignes de basse irrésistibles. C’est maîtrisé, complexe, brillant.

Mais derrière cette apparente uniformité de son, RAM manque d’unité. Loin d’être une faiblesse, c’est même finalement sa plus grande force. En conviant le roi de la musique expérimentale Panda Bear, le roi du r’n’b Pharrell, le roi du rock Casablancas, le roi du funk Nile Rodgers, le roi des années 1980 Moroder…. les français ont sorti un excellent album de featurings où leur influence est noyée par celle de leur brillants guests. Qu’est-ce que sont Instant Crush ou Doin’ it Right, sinon des morceaux d’Animal Collective ou des Strokes remixés à la sauce Daft Punk ? Le duo a été chercher le talent ailleurs avec une certaine malice pour créer des croisements, des fusions d’univers. Quand ils se retrouvent tout seuls, les Daft Punk s’ennuient et nous ennuient. Même sur leur terrain galactique de prédilection, ils ont besoin de l’aide de DJ Falcon pour triompher dans un crescendo de perceuse et vaisseau spatial final.

Daft Punk n’a plus rien à prouver. La boucle est bouclée, ils ont conquis le monde – de la musique, de la critique. Sur Random Access Memories, les français sont allés chercher des copains et ils se sont amusés ensemble. Ils se sont transcendés et ont créé ensemble, et ça… c’est cool.