Random Access Memories, par Jim

“Un retour qui ne valait pas le coup”, “un peu de branlette quand même”, “il ne se passe pas grand chose, et je ne dis pas ça parce que c’est Daft Punk“, “il y a des tubes”, “je refuse de l’écouter”, “très bien, mais sans étincelle”, “c’est décevant, je ne comprends pas… où sont les Around The World et One More Time ?”. Un nouvel opus des Daft Punk des années après, ça laisse jazzer la planète entière. Nouveau ?

Il est impensable de classer ce disque sur une ligne chronologique, aussi tortueuse pourrait-elle être ils n’ont pas respecté l’espace-temps. Essayons de voir les choses de plus près : ils n’ont absolument rien respecté.

Ce disque les Punks ont décidé de ne pas le faire seul : s’entourer de figures intemporelles est une idée. Un album sous forme de manifeste et de voyage dans le temps : peu de gens apprécieront sans doute à sa juste valeur cet objet, où se grave l’un des plus grands castings de notre époque : Giorgio Moroder, Nile Rodgers, Paul Williams, DJ Falcon, Gonzales, Julian Casablancas, Pharrell… mais les règles ont volé en éclats.

Les deux robots écrivent ici leur masterpiece, je n’en démordrai pas. J’y vois même de l’humour dans cet album, mais je ne voudrais pas vous gâcher la fin du film. Guy-Man et Thomas ont tout oublié, pour mieux marquer les générations futures. Random Access Memories n’a pour ainsi dire aucun tube (si Get Lucky avait été produite par quelqu’un d’autre ?) mais réécrit l’histoire des genres, transcende tous les excès et sublime la violence. Si cet album avait été leur premier, il est certain que l’échec aurait été cuisant (et fatal !), personne ne se relève de risques comme ceux-ci. Sans oublier le all-star aligné qui lui, n’aurait pas même existé.

Avez-vous songé que Giorgio Moroder narre une vision universelle de l’ambition ? Celle qu’il défend, bien entendu, mais aussi celle des Daft Punk, la vôtre ou la mienne. Avez-vous pensé au sens de ce que dit Paul Williams ? Il clâme peut-être haut et fort que la personnalité n’est rien, que les Daft Punk sont vous et moi : un symbole. Après plusieurs disques (bons ou mauvais, ce n’est pas la question) et un succès galactique, les deux amis ont chaviré le navire. “C’était mieux avant !”. Il se fichent de la musique électronique, de savoir si on les retrouvera dans ce disque ou non, leur griffe vocodée s’est quasi envolée. Ils ne donnent pas d’interview ou presque. Parce qu’ils n’en veulent pas, et cultiver le mystère est à mon avis le dernier de leurs soucis. Derrière un masque on se cache.

Pour continuer et parler composition, cette chose m’a totalement arraché le visage, désalé les oreilles et ouvert les yeux. J’ai compris beaucoup de choses, et je peux vous promettre que je ne vois plus la musique comme avant, comme la semaine dernière ou comme il y a trois écoutes. Cachotiers, ils prennent ici les instruments, les réels. Des breaks de batterie rudes, des solos de guitares subtilement dantesques et too much, des lignes de basse à tomber parfois. Bien triste est celui qui n’a pas compris le solo d’orgue Hammond qui coule du béton dans ce chef d’oeuvre qu’est Giorgio by Moroder. La musique froide, qu’elle soit free jazz ou house, s’est vue recouverte de sentiments ; enfin.

J’ai quelques clefs mais je ne les ai pas toutes. Je n’en aurais jamais rien aimé sans tout le jazz qu’un de mes mentors m’a fait apprendre et apprécié à sa juste valeur, sans doute aucune miette n’aurait atteint ma bouche. Je vois tous ces gens ne pas l’aimer, pire : être passifs. Un phénomène sans doute mais un disque non sans humour, un opus qui renferme deux messages : le premier étant “Voici notre vision de la musique” et le deuxième étant “vous savez où vous pouvez vous la mettre”.