Les Strokes vs. Phoenix

Les deux groupes qui m’ont probablement le plus marqué – moi jeuns’ des 2000ies, sont probablement Phoenix et The Strokes. Ce que la France fait de mieux… et les souvent proclamés “sauveurs du rock”. Les français, comme les américains ont sorti cinq albums en 10 ans. 2000, 2001, 2003, 2004… chaque année presque, un CD de l’un des deux groupes. À chaque fois, le ou l’un des meilleurs albums de l’année. J’adore Phoenix et The Strokes et en fait, tout le monde aime Phoenix et The Strokes…

Les deux premiers albums de Phoenix, United et Alphabetical sont pour moi deux albums fondateurs, tout sauf frivoles ou naïfs comme pourraient le laisser supposer les délicieuses If i ever feel Better ou Everything is Everything. On a souvent dit qu’avec It’s never Been Like That, les Phoenix s’étaient essayés au rock. Certains avaient même osé: “les Strokes français“. Et puis Wolfgang Amadeus Phoenix, la reconnaissance internationale, le Madison Square Garden, cette année la headline de Coachella… Quelle joie qu’un groupe de cette qualité rejoigne Daft Punk au rang des grands succès français internationaux! Que dire des Strokes, si ce n’est qu’ils ont été les rois de la décennies 2000. Is this It, Room on Fire, First Impression, trois albums majeurs, trois références. Tous mieux les uns que les autres…

Et puis voilà, le piédestal doit bien vaciller à un moment. Pour The Strokes, le point noir s’appelle Angles. On les donnait morts, brouillés… et puis ils ont sorti ce machin un peu bizarre en 2011. On a fantasmé un album bidouillé à distance –  Casablancas à la compo et aux voix qui envoie les maquettes aux autres. Pour la première fois, The Strokes nous décevaient. Malgré quelques pépites (Machu Pichu, Under Cover of Darkness), Angles était globalement aussi moche que sa pochette.

Curieuse analogie cette histoire de pochette… Si on trouvait l’art-work de Angles écoeurant, celui de Bankrupt! bat tous les records. Et les français chancellent à leur tour, deux ans plus tard. Bankrupt! est le premier album de Phoenix qui déçoit. De l’autre côté de l’Atlantique pourtant, une surprise nous remonte le moral, le nouveau Strokes, Comedown Machine renoue avec le succès. De quoi avoir de l’espoir pour les frenchies. On ne les enterre pas… on attend déjà le prochain avec indulgence!

 

Angles versus Bankrupt!

Bankrupt! s’engouffre avidement dans toutes les brèches que Wolfgang Amadeus avaient ouvertes. Mais alors que le précédent album des versaillais s’avérait grandiose et gagnait le pari du déraisonnable, Bankrupt! est juste grandiloquent. Du premier au dernier morceau, il dégouline d’une production douteuse, de claviers japonisants à effrayer Coldplay, de guitares écœurantes. Un too much général. C’est pourtant un Cassius qui était aux manettes. Difficile d’aller chercher les mélodies derrière ce mur compact… Alors bien sûr, Thomas Mars et sa voix d’ange subliment le tout. Bien sûr, certaines mélodies sont imparables (The Real Thing, SOS in Bel Air, Bourgeois) mais voilà, Bankrupt! est un album de gamins laissés avec des joujous hors d’usage. Les Phoenix avaient toujours impressionné par leur maturité. United osait marier électro, rock, jazz, pop… pour donner un premier album parfait (voir l’incroyable Funky Squardance). Quelle tristesse d’écouter à la suite United puis Bankrupt! Le groupe semble avoir grandi à l’envers. Au mieux, Phoenix se plagie (Bankrupt – chanson éponyme, peine à attendre les sommets planants de Love like a Sunset), au pire ils jouent aux petit français à la mode et font de la pub pour du parfum (Drakkar Noir).

 

Alors, pour oublier ce capharnaüm, j’écoute Comedown Machine. L’album qui permet aux Strokes de se réinventer. On reconnaît le son des américains bien sûr dès la première écoute. Et pourtant, tout est nouveau. La voix de Julian Casablancas s’essaye aux aigus avec une grâce maladroite mais charmante (certains détestent). Les Strokes savent faire autre chose que du rock. D’ailleurs, ils savent un peu tout faire : du classique qui renoue avec leurs débuts (All the Time, Happy ending), du nerveux (80’s Comedown Machine), de la pop (Tap out, Partners in Crime), des ovnis charmants (50 50, Call it Fate Call it Karma). Contrairement à ce qu’on pourrait penser à la première écoute, Comedown Machine n’est pas “plat”, il nécessite un effort de compréhension, pour appréhender cette nouvelle esthétique. Les jugements hâtifs sont souvent regrettés (cf. la “bourde” des Inrocks réparée en catastrophe par JD Beauvalet quelques jours plus tard “ah nan en fait c’est génial”, voir ici). Alors que Angles était un fatras brouillon, Comedown Machine est un vrai album, cohérent. Les Strokes ont troqué avec succès leur ba-rock pas trop flamboyant contre une mélancolie un peu triste, un peu joyeuse, je ne suis pas vraiment sûr… Je sais juste que j’aime.