Fauve ≠ :
Le collectif indomptable

Pour leur venue en Bretagne au festival Art Rock de Saint-Brieuc, nous avons pu discuter avec Fauve de leur musique, du blizzard, de leurs angoisses, de leur univers. De Fauve tout simplement.

JNSPUF : Fauve c’est quoi ? C’est qui ? C’est où ?

Fauve : Fauve ça a été créé il y a a peu près deux ans et demi … Plutôt trois ans maintenant, le temps passe vite ! On est un collectif ouvert. Aujourd’hui on est cinq à travailler à « temps complet » sur Fauve, et sinon on est à environ vingt à contribuer au projet Fauve de manière plus diffuse et assez fidèle, mais Fauve ce n’est pas que des musiciens ! Au début on était moins nombreux, mais certains nous ont rejoints, parce qu’on part du principe que plus on est nombreux, plus on est heureux. On s’est retrouvé à la base parce qu’on était tous amis de longue date et on avait envie de faire quelque chose de plus bandant que la routine, qui nous cassait un peu le cerveau et nous mettait dans une espèce de marasme pas très agréable. On a trouvé une soupape à ça et on a fait quelque chose ensemble. Fauve, c’est d’abord de la musique et après ça a une dimension plus collective. Et depuis, le truc s’est vachement accéléré et on essaye de continuer sur cette lancée. Il y a des gens qui nous aident à faire en sorte que le projet se fasse sur le plus de supports possibles, et le but c’est qu’au final on soit nombreux ! Avec le temps qu’on a en ce moment, c’est un peu compliqué à gérer … On essaye de se concentrer sur la musique essentiellement pour l’instant. L’idée c’est essayer de faire qu’à terme, Fauve ça soit vraiment un collectif ouvert, dense et multiple.

JNSPUF : Comment vous arriver à garder une cohérence tout en étant aussi nombreux ?

Fauve : En vérité on n’est pas non plus 10 000, c’est le noyau dur qui donne un peu le tempo. Mais c’est dans une optique de collaboration . On délecte pas les choses et on ne prend pas les choses. Récemment par exemple, on voulait faire des affiches pour décorer la salle pour la prochaine Nuit Fauve et on a fait appel à des gens qu’on connaît bien, qui s’y connaissent dans leur domaine. Même si on ne connait pas forcément bien la personne, on connait son travail et réciproquement. C’est un peu comme une sorte de journal ou de magazine, le rédacteur en chef doit faire en sorte que le tout fonctionne et que tout soit cohérent et nous on a un peu ce rôle. On est incapable de tout faire tout seul et en plus on a envie d’enrichir le projet avec d’autres personnes, parce que c’est à la fois plus amusant et plus enrichissant et on est un petit peu aussi garants de ça. Et c’est en ça que c’est collaboratif. On travaille avec les autres, et on est impliqués et donc forcément ça prend du temps. Il n’y a pas de surveillance ou quoi que ce soit, naturellement les choses se font dans le respect, tu ne te poses pas trop la question «  est ce que je vais devoir vérifier ? » . Et c’est intéressant d’avoir des regards extérieurs sur ton projet aussi.

JNSPUF : Quel est l’objectif ?

Fauve : Encore une fois on envisage ce projet depuis quasiment le début comme quelque chose qui est protéiforme, qui n’a pas vraiment de limites et c’est souvent l’envie. Tout est bon à prendre, à t’ouvrir l’esprit. Que ce soit de la musique, ou juste des textes, des vidéos, des visuels, des affiches… On le fait pour le concert mais on essaye aussi de faire d’autres choses, on le fait pour les soirées aussi, des choses différentes. Par exemple pour la sortie de l’EP, on a fait un barbecue, ça s’est fait spontanément. On avait besoin de se défouler, de se changer les idées et de le faire de la manière la plus large possible.

JNSPUF : Vous vous attendiez à un tel succès et surtout un succès aussi rapide ?

Fauve : Évidemment que non, qui peut savoir ça ? Les gens qui pensent ça et qui font un projet en se disant «  si je fais ci, ça va faire ça », ils ont un problème dans leur tête. Tous les jours on est sur le cul ! Mais c’est une super belle histoire, et en même temps il y a un coté quand même gentiment terrifiant, c’est pas évident d’être exposé comme ça, en tout cas, comme on a l’impression de l’être. Mais on a aucune objectivité là dessus, tu ne peux pas quantifier l’exposition du projet Fauve, mais de ce qu’on voit c’est que c’est de plus en plus costaud. C’était pas pensé pour ça et tu te retrouves à devoir adopter certaines attitudes pour expliquer ton projet, dans la cadence dans la façon ou tu travailles, tu vas avoir plus de comptes à rendre et à la base on a pas fait ça pour ça, on voulait juste se retrouver, faire quelque chose de nos dix doigts, sortir de la routine. Après oui, c’est sûr, tout le monde cherche de l’estime dans sa vie. Faut arrêter de se mentir deux minutes… Et ça vaut pour tous les métiers, que tu sois médecin, avocat ou charpentier de marine, que tu fasses de la musique ou un projet artistique en passe-temps, tu attends de l’estime en retour. Mais cette estime tu l’attends juste de tes pairs, de tes proches, de ta famille. Ca s’arrêtait là, il n’y a pas d’altruisme dans notre démarche.

Fauve : On était dans ce schéma là, et on était très content de se défouler, de faire des trucs. On était dans un projet un peu multi-supports aussi et c’était super épanouissant pour nous ! Après il y a plein de galères aussi, c’est compliqué de trouver ton truc, d’arriver à t’exprimer comme tu voudrais t’exprimer. Il y a plein de moments douloureux quand tu crées, mais on était déjà super contents d’être tous ensemble, de faire un peu de concert. Et là c’est un peu le feu aux poudres, comme une espèce d’accident de voiture inversé, c’est un truc hyper soudain, totalement imprévisible. Un truc par rapport auquel t’as l’impression de ne pas être responsable. Quand on voit l’état de maturité du projet, on trouve que ce qui se passe aujourd’hui c’est injustifié et c’est aussi pour ça qu’on essaye de faire un peu gaffe sur la promo… Il y a cette notion d’accident de voiture, mais un accident de voiture en positif. Ou comme si tu gagnais au loto, avec tout ce qu’il y a de compliqué.

JNSPUF : Comment expliquez vous cet engouement autour de vous, votre musique, du projet en lui-même ?

Fauve : Ça a commencé il y a trois ans. Publiquement, on a commencé à sortir de nouvelles choses il y a un an et demi et les choses se sont accélérées à la rentrée vers septembre ou octobre. On a sorti «  Nuit Fauve »  qui bizarrement a eu pas mal de résonnance, puisqu’il est passé en radio. Mais comme tout ce qu’on fait depuis le début d’ailleurs, on a pas trop compris pourquoi. En plus, c’est typiquement le genre de chanson que tu ne construis pas pour la radio. On était un peu sur le cul et ça a coïncidé avec le moment où on a commencé à faire des concerts. Donc il y a eu une véritable accélération. En tout cas, niveau temporel, c’est à ce moment là que ça s’est passé. Mais l ‘expliquer c’est difficile.

Fauve : La question qu’on nous pose souvent c’est «  pourquoi il y a des gens qui vous suivent ? » et cette question on commence à se la poser, parce qu’il y a des gens qui nous la posent. Quand on réfléchit un peu, on se dit que les gens doivent se retrouver dans nos textes. On parle de nos vies, qui sont tout à fait banales, on partage nos tracas, nos soucis, nos galères et même nos joies. Et tout ça donne un sens au projet. Tu finis par comprendre que tous les gens qui vivent la même vie que toi se reconnaissent dans Fauve. C’est comme un sentiment de familiarité, de proximité. Mais ça n’explique pas l’ampleur du truc, qu’on essaye de nous faire comprendre aujourd’hui. C’est comme un buzz en fait, quand t’as un média qui a parlé du truc, après t’en a deux. Et le troisième il se dit «  ah tiens, j’en ai pas parlé » et il va en parler non pas parce qu’il aime bien ou parce qu’il n’aime pas, mais juste pour ne pas être ringard et parce que c’est le truc du moment. Ce qui nous lie aux gens qui viennent nous voir après nos concerts, ça c’est quelque chose qui nous touche, on y prend un plaisir de dingue.

Fauve : On est des gens assez terre à terre et on se méfie des gens qui ont une explications scientifique par rapport à cet engouement, c’est pour ça qu’on y va en marchant sur des œufs de plus en plus. Parce que en plus, ça a des conséquences, notamment sur le projet. Elles peuvent être négatives si on ne fait pas attention, elles peuvent être démesurées. Ça marche comme avec le cinéma, si tout le monde te bassine avec un film en disant qu’il est dingue, que c’est un vrai chef d’oeuvre, quand tu vas le voir t’es déçu au final, il est juste bien. Et pour en revenir à la question de départ nous, on est pas du tout tirés d’affaire vis-à-vis de ça. Et ça nous fait chier. T’es obligé de te justifier de tout ce que tu fais, il y’a des climats de suspicion. Et puis il y a les mensonges. Une fois on a lu dans la presse «  Ouais, Fauve c’est deux mecs qui bossent dans une agence de pub ». ça c’est drôle quand même. A la base on a fait ça pour aller mieux, mais si on doit en souffrir, on arrête. Mais avant ça, on essaye de protéger Fauve un maximum. Même le fait d’en parler ça lui donne de l’importance à cette tendance là, et c’est pas le but. On a mis toute notre énergie là dedans, physiquement, mentalement, comme des moines, au service du projet.

JNSPUF : Le blizzard, c’est quoi ?

Fauve : C’est la dépression. Il y a deux blizzard : le blizzard dedans et le blizzard dehors. C’est comme un vent glacial qui souffle dehors et qui te traverse la tête. C’est les ténèbres, la tristesse, le mépris de soi-même, le mépris des autres, la cruauté, l’égoïsme, c’est le mal quoi. Un condensé des agressions qui viennent de toi même et de l’extérieur. C’est un peu comme dans Astérix avec la zizanie qui contamine tout le monde. C’est notre façon de mettre un mot sur tout ça. Faire d’une douleur quelque chose de noble. Bon, ça ne l’enlève pas, mais ça lui donne un sens.

JNSPUF : Sur scène la vidéo a une place très importante, plus importante que la musique ?

Fauve : C’est la seule source de lumière, très juste. Dans le projet Fauve, on souhaite que la lumière et plus largement l’image soit intégrée au tout. Et donc sur scène, il y a juste des images projetées, c’est une façon de donner une espèce de Diaporama du projet fauve. Musique, textes et images, les trois doivent être intégrés. L’image est plus mise en avant dans les concerts, par rapport à d’autre groupes, mais pour Fauve c’est au même niveau que le son. D’une certaine manière, ça nous sert aussi un peu de filtre, on aime pas trop se montrer. Aujourd’hui, ça nous parait inconcevable de faire un concert sans ces lumières, on se sentirait tout nu. Souvent dans nos textes on parle de choses assez intimes et on a pas forcément envie de mettre un visage derrière ces textes, c’est juste une question de pudeur. On est pas anonyme, on ne s’appelle pas X ou Y, ni même n° 2 ou n° 3… On est juste plus heureux, plus à l’aise et plus peinard quand on est plus discret.