Juveniles
et forever young

L’exercice de la critique d’album à l’heure des Juveniles m’est pour le moins assez malaisé. Perilleux mais juste pour moi. Il va falloir faire preuve d’agilité pour disséquer le premier opus d’un groupe que je suis depuis le début et à l’égard duquel j’ai, il faut le dire, une certaine jalousie. Aussi, on retrouve un Yuksek redevenu producteur pour un groupe qui l’a vraisemblablement marqué (il en a sûrement profité pour jouer quelques notes) et nous montrer son meilleur jour. L’album éponyme traîne entre mes doigts depuis de très longues semaines et plusieurs écoutes n’ont pas été de trop pour enfin réussir à sortir un avis. Après tout on les vus naître ces jeunes, peut-être même que ce live au Bar’Hic était le tout premier, leur baptême à eux.

Dissipons tout de suite les amalgames sur ma pseudo-jalousie : ils ont fait ce que je voulais faire, ce que je cherchais. Ils ont atteint le son que j’ai voulu durant des mois et des mois sans le trouver. Des synthés surpuissants mais jamais puristes (ça a son importance sur l’album), une musique pop sans délaisser les riffs de guitare massifs, et ce côté funky très kitsch mais tellement assumé dans ce qu’il me semble être une Telecaster bien chouchoutée.

Les premières écoutes m’ont carrément laissé de marbre, totalement. Aucun sentiment, pas de boule au ventre, rien. J’ai eu peur d’en avoir trop attendu d’un groupe que j’appréciais. Mais puisque les efforts paient toujours, l’album des Juveniles s’est fait aimer à sa juste valeur. Le début est connu, comme un refrain déjà très entendu mais toujours entêtant : We are young & Strangers. La vraie partie commence là où débute l’inconnu. Mais nombre de titres qui peuplent le disque me sont familiers, c’est le cas de Logical, de certaines parts de (In and out) of the void ou de Summer Nights, évolution du Night Nights qu’on adorait ou encore All I ever wanted was your love. Certains sont plus dansants, d’autres plus faibles, tous savent rester mastoc au final. On en arrive à un résultat bon ou mauvais, mais subtil et tout en retenue, et c’est déjà une grande victoire face à tous ces prétentieux qu’on voit défiler chaque jour. En milieu de disque, une bombe sort le bout de son nez : Washed Away. Une ballade extra lourde, pluvieuse et explosive à la fois, le genre de morceau qu’on atteint rarement. C’est du haut vol, le pic de l’album est là et il touche l’intemporalité du doigt. Côté déception nous avons All I ever wanted was your love, qu’on aurait aimée plus n’roll et moins tropicale, peut-être moins Yuksek ?

Juveniles réhabilitent les solos et le charisme des leaders, sans rien forcer. Un final imposant se profile et (In and out) of the void est une réussite absolue, l’une des deux apogées de cet album. L’essence du groupe s’y retrouve comme un simple résumé : des synthés qui démontent, des kicks efficaces, un chant nuageux mais surtout une guitare parfaitement (!) funky. Finalement, on s’est éclatés comme des enfants sur ce Juveniles et on a envie de faire mille conneries : pari gagné ?