Beauregard day 1, la trilogie fantastique

Cette année JNSPUF! était présent en force et en nombre chez John Beauregard. Programmation de haut vol, météo au beau fixe, tout était réuni pour qu’on passe un sacré weekend. On vous raconte le festival en trois articles, un par jour, nos coups de coeur, nos déceptions, tout y est !

Beauregard Jour 1

Le DAY 1 c’était le jour de tous les possibles, des plus grands fantasmes, le festival devait commencer en fanfare et au final… on a été plutôt satisfaits. Pour la première fois depuis que l’on fait le festival, l’ouverture était à nous ! Premier concert, un groupe  remplace 69, les Goodbye Horses. Les normands font de la “hotwave” en bonne et due forme (cf. le petit passage qui suit sur Bow Low et qui définit ce style étonnement très normand).

Half Moon Run enchaîne sous un soleil de plomb. Ils sont plutôt sympas ces canadiens, ça reste simple, mais ça donne le sourire et ça démarre un week-end plutôt pas mal. Première bière oblige, on manque les Bow Low (qu’on connaît par coeur pour les avoir vus un sacré paquet de fois). De loin, ça avait l’air comme d’hab’, un groupe de live, à la croisée du “rock’n’roll” et de la pop anglaise. En y réfléchissant, on trouve ça quand même très amusant cette caractéristique de la scène caennaise qui fait ressembler une grande partie des groupes de rock à des Cure survitaminés, usant de sonorités 80s pour en faire des tubes sautillants. La “hotwave” (chant possédé de la coldwave + guitares rock et funk = hotwave) inébranlable des Lanskies semble avoir fait des petits. Assis dans l’herbe on savait qu’il fallait mieux se réserver pour la trilogie magique à venir, dans l’ordre Local Natives, New Order, Alt-J

Les Vaccines (on sait toujours pas comment prononcer) expédiés mollement, des bons titres, d’autres plus dispensables, pour un live impeccable et peut être un poil trop lisse. On se précipitait donc, impatients, vers la scène B pour le live des californiens moustacho-barbo-hippies-allumés de Local Natives. Le premier album nous met tous d’accord, le second divise davantage (voir ici une critique élogieuse et ici pour une interview). Toujours est-il qu’en live c’est souvent magique, une belle communion et un groupe content d’être là. C’était d’ailleurs à Beauregard qu’ils avaient fait l’une de leurs premières dates françaises, il y a quelques années, comme ils ne manquent pas de le rappeler. Seule fausse note, un bassiste (qui ne joue que sur leurs tournées d’ailleurs) totalement hors du coup, suant à grosse goûtes, l’air hagard et ahuri devant la médiocrité de son propre jeu…

Passons, c’est New Order qui suivait et on était un peu fébriles, excités (+ un peu d’appréhension) à l’idée de voir (enfin!) les géants (mais papys) légendaires anglais. Certes il n’y a plus Peter Hook, mais on avait tout de même devant nous 2/3 des Joy Division vivants et 3/4 des membres fondateurs de New Order, ce qui en soit est déjà plutôt magique. Ils ne sont plus tout jeunes mais ils assurent toujours et on est ravis d’avoir autour de nous un public composé de fans de 7 à 77 ans qui dansent timidement ou franchement, le sourire au lèvre, certains rêvant depuis des dizaines d’années de (re)voir leurs idoles. Tout le monde est comblé par les immanquables Crystal, Bizarre Love Triangle, The Perfect Kiss, Blue Monday ainsi que Here to Stay, composée pour 24 Hour Party People avec les Chemical Brothers finit de nous convaincre que New Order est loin de la retraite. On reste un peu dubitatifs face aux projections qui accompagnent les chansons, à mi-chemin du fond d’écran Windows 98  et du générique de Santa Barbara, très kitsch premier degré. On est un peu triste quand vient le tour de Ceremony et Love Will Tear Us Apart, hommages à Ian Curtis (avec un portrait géant déroulé sur la dernière chanson) qui prouvent, si besoin est, que les New Order resteront, dans leur coeur, avant tout des Joy Division.

La marche était un peu trop haute pour les jeunots de Alt-J qui semblent bien frêles face aux légendes qui les ont précédés… Bien qu’on soit totalement acquis à leur cause (voir ici), on craint fortement – malgré des progrès indéniables (voir ici), que Alt-J ne devienne jamais un groupe de live. L’équipe reste divisée sur la capacité de progression du groupe, mais dans l’ensemble nous nous accordons à dire que leur musique semble trop précise, trop fine, et trop délicate, pour supporter le live. Leur musique perd une grande partie de sa magie en concert. Pas désagréable mais autant les écouter dans son salon. Deux chansons parviennent à sortir du lot : Fitzpleasure et Breezeblocks, singles imparables qui ont enfin eu un début d’énergie live. C’est toujours ça de pris.

Cet enchaînement sans break terminé, on a dû se coltiner M puis John Spencer machin bidule de suite… Autant dire, une bonne grosse douche froide : M, chanteur showman certes mais surtout insupportable et égocentrique (des restes d’une tournée trop longue de sa comédie musicale pour enfants ?). Autant le style funk et soul lui va plutôt bien, autant le délire hard rock 70s et dub/reggae nous a complètement sidéré (et pas dans le bon sens du terme). John Spencer Blues Explosion, groupe pourtant culte ne parvient pas à nous convaincre davantage. Et si les compositions du groupe semblaient chouettes en studio, le live révèle une musique bancale, pas spécialement bien construite, et qui souffre d’une voix bien trop faiblarde et manquant cruellement de charisme.

Wax Tailor avait la lourde tache de remotiver les troupes pour le dernier concert, ce que le DJ accompagné de sa troupe d’excellents musiciens n’ont parvenu qu’à faire à moitié. Fatigués, gelés et un peu gavés des concerts précédents, on n’a pas su apprécier le dernier concert à sa juste valeur, mais dans l’ensemble, les compositions du groupe et l’installation scénique rendait vraiment bien.