Beauregard jour 3, french touch etc.

Cette année JNSPUF! était présent en force et en nombre chez John Beauregard. Programmation de haut vol, météo au beau fixe, tout était réuni pour qu’on passe un sacré weekend. On vous raconte le festival avec trois articles, un par jour, nos coups de coeur, nos déceptions, tout y est !

Beauregard Jour 3

Pour ce dernier jour, on a fait tout notre possible pour arriver pour le premier concert, car on ne voulait surtout pas louper le nouveau petit prodige de l’électro caennaise Fakear. Autant les versions studios sont calmes et planantes comme du bon trip-hop, autant le live révèle un côté bien plus énergique et puissant, proche de la trap et du hip hop. Même si son copain Superpoze a bien démocratisé le genre, on est toujours aussi étonnés de voir les morceaux tronçonnés, samplés, désamplés, prendre vie grâce à la MPC, cet outil fantastique. Un live aussi prenant à 14h un dimanche est forcément signe de décollage imminent.

On passait de Caen à Rennes, en rejoignant la grande scène où les Juvéniles s’invitaient en terre normande, pour montrer que la Bretagne savait y faire niveau tubes new-wave et disco. Une bonne grosse leçon de la part de bosseurs insatiables qui s’améliorent à chaque fois qu’on les recroisent. Certes, l’ambiance n’était pas aussi déjantée que leur release party mais tout de même, pour le deuxième concert de ce 3e jour, la tension est montée d’un cran. Il est bien loin le temps où les compositions du groupe se faisaient glaciales, minimales et détachées. Ici, tout n’est que tube en devenir, chansons authentiquement entraînantes et son surpuissant (ces nappes de claviers, wow). Fantasy, l’intemporel We Are Young, Blackout, Through the Night, et tant d’autres.

On avait un peu fini par l’oublier, tant le nom de Balthazar ne nous inspirait pas tellement, leur concert nous l’aura rappelé : les Belges font de la musique vraiment originale. Même en matière de musique, le quatuor flamand a fait partager son univers – que l’on trouve parfois similaire à celui de dEus – sombre, pas nécessairement facile d’accès, mais qui finit toujours par retomber sur un refrain grandiose ou un chorus entraînant. Vraiment très bien.

Suivait ensuite deux couples assez amusant : un tandem chanson française Olivia Ruiz/Benjamin Biolay, et un tandem rock énervé The Hives/Skip The Use. Les comparaisons allant bon train, bien évidemment.

Olivia Ruiz, pour commencer, nous avions donc la version chanson française qui emploie des mots dans le style de guiboles, mariolles, casseroles. L’énergie déployée sur scène est notoire, mais on se demande parfois si ce n’est pas un peu facile de faire ce genre de choses, et d’accélérer volontairement des compositions que l’on sait fragiles et lentes pour les défendre sur scène. Le concert faisait penser à une version light de Dionysos, en somme. Sympa un peu.

Benjamin Biolay, l’anti Olivia Ruiz lui a succédé avec sa voix rauque, son charisme moyen-bof (dégaine de rappeur old school avec cheveux gominés, intéressant), et ses compositions sombres, très sombres (si Olivia Ruiz est une casserole qui traîne ses guiboles, Benjamin Biolay serait plutôt la superbe des ténèbres qui enveloppent le jour, un truc comme ça). Un concert qui confirme l’impression d’un chanteur très Télérama (sympa, mais un peu ennuyeux en concert malgré tout). On a quand même pu apprécier les textes très bien écrits.
Avis alternatif du défenseur attitré: Biolay n’est toujours pas une bête de scène malgré un succès qui se confirme depuis quelques années et de grosses tournées à travers la France. Un peu gauche, ne sachant pas trop quoi faire de son corps, il ne réussit que trop rarement à faire oublier sa personne pour laisser place à ses brillantes compositions et son talent unique qui en font le n°1 de la chanson française.

Pour se réveiller un petit peu et tâter du pogo, il y a toujours la valeur sure depuis 10 ans, The Hives. Rien n’a vraiment changé, les Hives sont toujours aussi fous furieux en concert, le chanteur Howlin’ Pelle Almqvist fait toujours son boulot, à savoir crier fort, mettre l’ambiance et sortir des conneries mégalo plus grosses que lui. La perle de cette année : les Suédois ont apparemment acheté “le chåååtøøøø” de John et prévoient de faire un concert de 355 jours, jusqu’à l’édition de l’année prochaine tellement “Herøøøøuviiille” c’est trop cool”. +1 pour l’effort de brailler en français! Sans mauvais jeu de mots, on a préféré laisser passer le concert peu utile pour nos oreilles de Skip The Use… et de se diriger vers le bar à huîtres comme de bons petits bourgeois normands, on est sûrement déjà un peu trop vieux. The Hives 1 Skip the Use 0. Nick Cave, on a essayé mais c’était vraiment trop dur de rentrer dedans, il y a de l’aura, du vécu, mais on doit être trop jeunes encore pour apprécier tout ça.

On commençait à se dire que cette édition se finissait tout doucement un peu decrescendo mais heureusement les deux derniers concerts nous on redonné le sourire. D’abord les mythiques Dead Can Dance nous ont pas mal scotché avec leurs morceaux totalement hantés, atmosphériques et lyriques au possible. Deux voix incroyables, pour une sorte de post-tout tribal, coldwave médiévale chantée en un peu toute les langues. On a aimé. Revenait donc à C2C de clôturer cette édition du festival. Un job sur-mesure pour les superstars du scratch. On est pas forcément fans à la base mais il faut avouer que live c’est assez irrésistible par moment. Un jeu de scène sympa, des battles entre team Hocus Pocus et Beat Torrent et bien sûr les tubes que tout le monde connaît. Un beau final pour une très, très bonne édition. Le défi est lancé pour faire encore mieux l’année prochaine !